5 février 2026

Paradis perdu : chanson #177


Paradis perdu, musique de Hans May, paroles de Robert Fernay, chanté par Micheline Pesle et Fernand Gravey, dans le film Paradis perdu (1940) d'Abel Gance



Rêves d'amour
Bonheurs trop courts
Ô paradis perdu 
Tendres espoirs
Bouquets d'un soir
Dont le parfum n'est plus
Le coeur cherche sans cesse
L'écho de sa jeunesse
Et chaque jour
Est un retour
Au paradis perdu

Vous ne pouvez pas savoir
Comme mon pauvre cœur est noir
Pourtant je l'ai dit ce soir
Hier n'interdit pas demain
Le jeu recommence
Le printemps s'avance
Tout chante, c'est encore mon tour



***
En 1976, Claude-Jean Philippe recevait François Truffaut dans son émission "Le cinéma des cinéastes". Au cours de l'entretien, François Truffaut  se souvient des séances de cinéma en famille, pendant la Seconde guerre mondiale. Il évoque notamment le souvenir de sa découverte à six ans du Paradis perdu d’Abel Gance, avec Micheline Presle et Fernand Gravey, qui fut un moment de grande émotion

Claude-Jean Philippe : Après l'expérience du cinéma permanent il y a un souvenir qui est relativement précis qui est celui de Paradis perdu.

François Truffaut : Oui Paradis perdu, parce que c'est une séance spéciale, c'est un événement, il y a beaucoup d'émotions dans la famille. Je crois que mon père a dû être mobilisé. Il est là en permission et mes parents m'emmènent au cinéma. C'était au Palais-Rochechouart et on voit Paradis Perdu dans une salle bourrée et comportant énormément de soldats avec leurs femmes, ou leurs petites amies. Et tout le monde pleure parce que c'est un film fantastique, un extraordinaire mélodrame. Et à l'intérieur de ce film de toute façon la situation que vivent les gens dans la salle se reproduit puisque nous voyons Fernand Gravey et Micheline Presle, jeunes mariés jeunes amoureux, en voyage de noces, au bord de la mer, peut-être c'est la Côte d'Azur et on entend les cloches qui sonnent et on voit les gens du patelin qui courent devant la caméra et c'est la déclaration de guerre de 1914. Alors vous pensez : l'émotion dans la salle était prodigieuse et puis cette beauté prodigieuse, rayonnante de Micheline Presle, et la musique, et la chanson… C'est un morceau de film infaillible. Je suis contre les morceaux de films présentés à la télévision, la séquence du spectateur, les choses comme ça. Or j'ai remarqué que quand La séquence du spectateur passe ce morceau de Paradis perdu, on pleure de la même façon, c'est à dire que même isolé du contexte, ce morceau est très fort parce qu' [Abel] Gance montre dedans toutes ses possibilités émotionnelles.

Claude-Jean Philippe : Vous même,  vous avez été très sensible à cette émotion en général ?

François Truffaut  : Je crois que j'étais plus étonné, je ne me souviens pas trop.

Claude-Jean Philippe : Vous aviez quel âge ?

François Truffaut  : En 1939, j'avais 7 ans. Alors, je crois que je voyais comme un enfant qui est rarement ému à un enterrement, même un enterrement de ses grands-parents, même à l'enterrement de sa famille. Il a plutôt la surprise. Il voit ça comme une pièce de théâtre. Il voit les gens qu'il voient tous les jours qui sont habillés bizarrement. Je pense que j'étais dans cet état là, j'étais surtout surpris par cette émotion que je sentais partout mais pris par le spectacle quand même, et content. Je me souviens que le film était long et que j'étais content qu'il soit long. C'est à dire évidemment, je redoutais que ça s'arrête puisque ça me plaisait. J'étais heureux d'être là.

source : 
Claude-Jean Philippe, passeur de cinéma 3/11 : Entretien avec François Truffaut, France Culture
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-nuits-de-france-culture/claude-jean-philippe-passeur-de-cinema-3-11-francois-truffaut-j-aimais-les-films-qui-remettaient-en-question-la-morale-8617300

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La chanson interprétée par Lucienne Delyle en 1941 connaitra un énorme succès et marquera également les années d'occupation.

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