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17 mars 2007

L'ars subtilior : musique française #6

Un art ésotérique
Ce style subtil qui prolonge la tradition de l'Ars Nova, se développe à la fin du XIVe siècle jusqu'au début du XVe siècle. Il s'agit d'un art poétique et musical complexe et raffiné qui est pratiqué à la Cour du Duc de berry, à celle de Gaston Fébus (Gaston III de Foix-Béarn, prince de la Gascogne et du Languedoc), et à la cour papale d'Avignon. Cet art était donc réservé à une élite d'initiés. Certains historiens y trouvent l'expression d'une décadence "névrotique" par l’expression d’un maniérisme extravagant. Une sorte d'art fin de siècle, même si dans ce cas, il s'agit du XIVe ! Les compositeurs dont on a conservé les oeuvres se nommaient Baude Cordier, Solage, Johannes Ciconia...

Un exemple représentatif de ce style est la partition de Baude Cordier du rondeau Belle, bonne et sage écrite en forme de coeur que l'on trouve dans le Codex (manuscrit) de Chantilly :
Belle, bonne, sage, plaisant et gente
A ce jour cy que l'an se renouvelle
Vous fait le don d'une chanson nouvelle
Dedens mon cuer qui a vous se présente
De recepvoir ce don no soyés lente


Un autre exemple, le rondeau de Solage, le très étrange "fumeux fume..." :
Fumeux fume par fumee.
Fumeuse speculacion.
Qu'antre fummet sa pensee
Fumeux fume par fumee.

Discographie
Ars Subtilior, du style gothique à la Pré-Renaissance [anthologie]. - Harmonia Mundi, 2005 (La musique des siècles)

Febus avant! Musique à la Cour de Gaston Febus (1331-1391) / Huelgas Ensemble, Paul Van Nevel, dir. - Sony Classical, 1992 (Vivarte)


Source bibliographique :
>Le Manuscrit 564 du Musée Condé de Chantilly
http://www.lib.latrobe.edu.au/MMDB/Mss/CH.htm

13 mars 2007

L'ars nova et Guillaume de Machaut : musique française #5

L’ars nova : les compositeurs ont un nouveau système de notation
En France, deux personnalités dominent totalement ce XIVe siècle : Philippe de Vitry , théoricien et compositeur, puis Guillaume de Machaut, écrivain, poète et compositeur.

Philippe de Vitry (1291-1361) Il est le grand théoricien de son temps, l’auteur du traité « Ars nova » vers 1325. Il compose des motets polytextuels et isorythmiques (ce qui suppose la répétition en boucle de schémas rythmiques et mélodiques distincts, mais enchevêtrés).
L’Ars Nova va engendrer une véritable révolution, en proposant un nouveau système de notation :
>pour les valeurs rythmiques
>pour les indications de mesures
>pour les indications de changement de mode par les couleurs : rouge pour parfait, noir pour imparfait.
Avec ces possibilités d’indication de mesures, l’Ars Nova propose des combinaisons rythmiques complexes.
L’ars nova signe la première crise morale et politique du Moyen Age : déclin de l’emprise canonique de l’Eglise, et montée de la liberté d’expression. Les innovations de cette musique émeuvent à ce point les autorités de l’Église que le pape Jean XXII installé à Avignon, lance en 1324 un appel dont voici le passage essentiel :
« Certains disciples de la nouvelle école, tandis qu’ils mettent toute leur attention à mesurer les temps, s’appliquent à faire les notes de façon nouvelle, préfèrent composer leurs propres chants que chanter les anciens, divisent les pièces ecclésiastiques en semi-brèves et minimes ; ils hachent le chant avec les notes de courte durée, tronçonnent les mélodies par des hoquets, polluent les mélodies avec des déchants et vont jusqu’à les farcir de « triples » et de motets en langue vulgaire. Ils méconnaissent ainsi les principes de l’antiphonaire et du graduel, ignorent les tons qu’ils ne distinguent plus, les confondent même : sous cette avalanche de notes ; les pudiques ascensions et les discrètes retombées du plain-chant, par lesquelles se distinguent les tons eux-mêmes, deviennent méconnaissables. Ils courent sans se reposer, enivrent les oreilles au lieu de les apaiser, miment par des gestes ce qu’ils font entendre. Ainsi, la dévotion qu’il aurait fallu rechercher est ridiculisée et la lascivité qu’on aurait dû fuir est étalée au grand jour... »
Le traité de Philippe de Vitry (sur le site du Center for the History of Music Theory and Literature, Indiana University)
http://www.chmtl.indiana.edu/tml/14th/VITANV_MBAVB307.html

Guillaume de Machaut (Reims 1300-Reims 1373)
Machaut est un homme de synthèse, délibérément engagé dans le mouvement moderniste. Il demeure aussi le dernier "trouvère", continuant sur le plan littéraire l’œuvre des poètes courtois. Attaché à Jean de Luxembourg, roi de Bohême, dont il sera le secrétaire jusqu’à la mort de ce dernier à la bataille de Crécy (1346), Guillaume de Machaut voyagera à travers l’Europe avant de se fixer en 1340 à Reims.
Il fut aussi au service de : Bonne de Luxembourg, épouse de Jean II le Bon et mère de Charles le Sage, du roi de Navarre Charles le Mauvais, du roi Charles V et du duc de Berry.
Il est un maître de la polyphonie et un grand poète. Ses vingt-trois motets, en majorité profanes, souvent de rythmes identiques et à trois ou quatre parties, sont écrits sur un texte, soit français, soit latin, voire en superposant les deux langues.
L’unique messe qu’il compose : « La messe Notre-Dame » assurera la pérennité de son nom. Écrite à quatre voix, avec, pour certains mouvements, un accompagnement instrumental, elle demeure l’une des premières à grouper tous les éléments de l’ordinaire du service liturgique : Ite missa est, Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus Dei. En apportant tous ses soins au rythme poétique, Machaut contribua à accélérer la transformation de la poésie lyrique en un genre purement littéraire.
Pour accéder à l’intégralité des textes de Guillaume de Machaud sur le site Medieval.org


Discographie disponible à la Médiathèque de Dole :
Ars Nova : une révolution de l'esprit et de la musique (XIVe siècle) / Machaut, Jacopo da Bologna, Landini. - Harmonia Mundi.
Guillaume de Machaut : "Mercy ou mort : chansons et motets d'amour" (Ferrara Ensemble, Crawford Young, dir.- Arcana, 2001
Guillaume de Machaut : "Les motets" (Ensemble Musica Nova). - Zig Zag Territoire : Harmonia Mundi, 2002
Guillaume de Machaut : "Messe Nostre Dame ; Motets et estampies du XIVe siècle" (Obsidienne, ens. voc. et instr. ; Emmanuel Bonnardot, dir.). -Harmonic Records
Guillaume de Machaut "Le jugement du Roi de Navarre" (Ensemble Gilles Binchois, orch. et choeur ; Dominique Vellard, dir). - Cantus, 1998


Ill. n° 1 : Prologue des Œuvres complètes de Machaut : Nature présentant à Machaut ses enfants, Sens, Réthorique et Musique Paris, Bibliothèque nationale de France

Ill. n° 2 : Philippe de Vitry, Traité Ars Nova, Rome, Biblioteca Apostolica Vaticana

Ill. n° 3 : Guillaume de Machaut, Messe. Reims, vers 1372-1377. Paris, BNF, département des Manuscrits, Français 1584, fol. 448v.

6 mars 2007

Naissance de la polyphonie : musique française #4

L'école de Notre-Dame : naissance de la polyphonie
On pourrait résumer l’évolution de la musique vocale sacrée au Moyen-Age, en la comparant à l’évolution de l’architecture de la même époque. Les églises romanes de style sobre et dépouillé vont peu à peu laisser place aux cathédrales gothiques, au style flamboyant et foisonnant. En musique, la pratique du plain-chant va s’effacer progressivement au profit d’une polyphonie aux audaces de plus en plus exubérantes et luxuriantes.
L’organum est la 1ère manifestation de la polyphonie occidentale. Les écarts autorisés sont la quarte, la quinte ou l’octave.
L’ars antiqua (art ancien) signifie l’apogée de la première polyphonie au XIIe et XIIIe siècle notamment par les compositeurs qui travaillaient à la Cathédrale de Paris.
Leoninus (1140 ?- 1210 ?) et l’organum mélismatique
Premier grand représentant de l’Ecole de Notre-Dame. Il est le plus grand compositeur d’organa (organum) de son temps. Ce sont des compositions à deux voix. La mélodie du chant tirée du répertoire grégorien est placée à la basse, elle est lente et solennelle ; elle est appelée la « teneur ». La voix dite « organale » au-dessus est plus mobile et rythmée, elle brode ; elle déploie des mélismes (plusieurs notes chantées sur une syllabe).
D’où le nom d’ « organum mélismatique » . Léonin préfigure les développements de la polyphonie française dont l’apogée sera atteint par l’école franco-flamande.
Pérotin (1160 ?- 1230 ?) et le motet
Il remplace Léonin et exerce à la cathédrale Notre-Dame de la fin du XIIe à environ 1230. Avec lui, l’organum prend de l’ampleur : Pérotin augmente le nombre de voix dans la polyphonie de 2 à 4, superposant ainsi jusqu’à 3 parties mélismatiques. La voix principale (la teneur) est toujours choisie dans le répertoire grégorien.
Il participe au développement d’une forme vocale : le motet. Le motet est constitué d’un psaume (d’où mot-et), ou de paroles de dévotion. Mis en musique, il est destiné à être chanté à l’Eglise.
Pérotin compose notamment des motets polytextuels (le texte est différent pour chaque voix). Cette caractéristique consiste à superposer plusieurs textes, religieux et profanes, parfois dans des langues différentes (latin, français).L’utilisation d’un fragment de chant grégorien pour la voix la plus grave va subsister jusqu’à la fin de la Renaissance.
Discographie disponible à la médiathèque de Dole
La naissance de la polyphonie : La fin du chant à l'unisson, ou le passage à l'ère gothique / Ensemble Organum, Theatre of Voices, Anonymous 4. - Harmonia Mundi - (La musique des siècles ; 5)
Magister Leoninus : sacred music from 12th-century Paris / Red Byrd and YorVox, John Potter, Richard Wistreich.- Hyperion Records, 2001
Vox sonora : Conduits de l'école de Notre Dame (XIIe et XIIIe siècle) / Pérotin ; Diabolus in Musica, ens. voc.. - Studio SM