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29 avril 2010

Le Capharnaüm #61 : Après avoir été si souvent déçu, je m’assis au fond d’une vallée

J’ai fait aujourd’hui l’ascension de la plus haute montagne de cette contrée que l’on nomme avec raison le Ventoux, guidé uniquement par le désir de voir la hauteur extraordinaire du lieu.
[...]
Nous nous remîmes ensuite en marche, mais plus lentement ; moi surtout je m’acheminai d’un pas plus modéré. Mon frère, par une voie plus courte, tendait vers le haut de la montagne ; moi, plus mou, je me dirigeais vers le bas, et comme il me rappelait et me désignait une route plus directe, je lui répondis que j’espérais trouver d’un autre côté un passage plus facile, et que je ne craignais point un chemin plus long, mais plus commode. Je couvrais ma mollesse de cette excuse, et pendant que les autres occupaient déjà les hauteurs, j’errais dans la vallée sans découvrir un accès plus doux, mais ayant allongé ma route et doublé inutilement ma peine. Déjà accablé de lassitude, je regrettais d’avoir fait fausse route, et je résolus tout de bon de gagner le sommet. Lorsque, plein de fatigue et d’anxiété, j’eus rejoint mon frère, qui m’attendait et s’était reposé en restant longtemps assis, nous marchâmes quelques temps d’un pas égal. A peine avions-nous quitté cette colline, voilà qu’oubliant mon premier détour, je m’enfonce derechef vers le bas de la montagne ; je parcours une seconde fois la vallée, et, en cherchant une route longue et facile, je tombe dans une longue difficulté. Je différais la peine de monter ; mais le génie de l’homme ne supprime pas la nature des choses, et il est impossible qu’un corps parvienne en haut en descendant. Bref, cela m’arriva trois ou quatre fois en quelques heures à mon grand mécontentement, et non sans faire rire mon frère. Après avoir été si souvent déçu, je m’assis au fond d’une vallée. [...]

Pétrarque (1304-1374), L'ascension du mont Ventoux (1336), trad. Victor Develay

Milan "Mejla" Hlavsa

Milan "Mejla" Hlavsa (1951-2001), chanteur, bassiste, compositeur et leader du groupe tchèque Plastic People of the Universe, groupe phare de la contestation entre 1968 et 1988.
Article Wikipédia en anglais

Jean-Baptiste Lully Atys (L'Entrée Des Phrygiens)

Atys est un opéra composé en 1676 par Jean-Baptiste Lully (1632-1687) pour le divertissement de Louis XIV. L'oeuvre a été reprise en 1987, à l'occasion du tricentenaire de la mort de Lully sous la direction musicale de William Christie et dans une mise en scène de Jean-Marie Villégier. Cet événement mémorable marque le début de la redécouverte et la promotion du répertoire de la musique baroque française des XVIIe et XVIIIe siècles. L'enregistrement est édité chez Harmonia Mundi.

Carlo Gesualdo Beltá, poi che t'assenti

Madrigal "Beltá, poi che t'assenti" (Livre VI, n.2) de Carlo Gesualdo (1560-1613) par Il Complesso Barocco (dir. Alan Curtis). Extrait du film "Mort à cinq voix" (1995) de Werner Herzog

Béla Bartók Danses populaires roumaines

Danses populaires roumaines de Béla Bartók, par le Metropolis Ensemble, un orchestre de musique de chambre de New York, avec Avi Avital à la mandoline.

The Radio Dept. The Worst Taste In Music

The Radio Dept. est un groupe suédois de shoegaze/dream pop formé en 1995. Leur dernier album Clinging to a Scheme (2010) est édité sur le label Labrador
MySpace, Wikipédia

9 janvier 2008

Gilles Deleuze, Liebniz et l'harmonie baroque

En 1987, le philosophe Gilles Deleuze invite ses étudiants de l'Université de Vincennes à une réflexion à trois voix à la croisée de la musique et de la philosophie. Consacrant un cours à la pensée de Leibniz, Deleuze convie deux musiciens : la compositrice et musicologue Pascale [Criton] et le musicien électronique d'avant-garde Richard [Pinhas] à disserter sur l'histoire de la théorie musicale de la période Renaissance à la période classique. Les deux noms sont mis entre crochets, car nous pensons avoir identifié ces deux intervenants par recoupement.
En praticien de la maïeutique, Gilles Deleuze interroge ces spécialistes en tentant de construire des passerelles entre les pensées philosophiques et musicales des 17e et 18e siècles.
Il est ainsi question de l'harmonie par intervalle propre à la musique franco-flamande de la Renaissance, du contrepoint baroque, du passage de l'harmonie de résonance (polyphonie) à l'harmonie de consonance (basse continue), aboutissant à l'harmonie classique des accords, du rapport des voix entre elles, du rapport entre les voix et les instruments, de l’expressivité de la dissonance, du rapport des notes entre elles : tonique, dominante (quinte), octave, harmoniques, ou encore de la naissance de la musique instrumentale.
Ultime question du philosophe : quel rapport entre la nouvelle harmonie des accords et l'accord des âmes entre elles et des âmes avec les corps dont parle Leibniz ?
On l'a compris, malgré un son assez médiocre on assiste à une passionnante leçon (sans doute par moment fumeuse) donnée sous la forme d'un dialogue, et d'une pensée qui se construit à mesure. Ces archives audiovisuelles (sous-titrées en italien, car diffusées par la RAI3) témoignent d'une époque déjà historique où régnait un joyeux boxon : une salle de cours surpeuplée, des étudiants partout, assis, edbout, entourant le professeur, le bruit de la porte grinçant continuellement en raison du flux incessant des entrants et des sortants, tout le monde fumant avec application, assis à la gauche de Deleuze, un homme imperturbable, chaussé de lunettes noires mange plein cadre d'abord un sandwich à la 33ème minute, puis quelque chose s'apparentant à une pâtisserie à la 43ème minute. Richard Pinhas, au tableau, traçe à la craie le schéma de l'harmoniseur, et Gilles Deleuze se prend littéralement la tête lorsque Pascale Criton, musicologue explique quelques principes de l'harmonie, avant de conclure par : "Ecoutez, moi, je souhaite que ça se termine comme ça… Je remercie très vivement ceux qui sont intervenus dans cette histoire de musique, dont j’aime bien qu’au besoin elle nous laisse des impressions confuses, mais je crois qu’en tout cas pour moi, elle me donne des points de départ de travail que je n’aurais pas eu sans cette séance."

Gilles Deleuze 1987 cours Vincennes(durée : 51'11'')

Le site consacré à Gilles Deleuze admnistré par Richard Pinhas
http://www.webdeleuze.com/

Le site de Pascale Criton
http://www.pascalecriton.com/

Le site de Richard Pinhas
http://www.richardpinhas.com/

28 mars 2007

La Renaissance : musique française #8

Où est née la Renaissance ?
En Italie : à Florence, Rome, Venise, Milan. On peut la faire débuter vers 1350 avec 2 grands auteurs : Pétrarque et Boccace. Mais son véritable age d’or se situe entre 1450 et 1500 que l'on nomme le "Quattrocento".
Pour Jean Delumeau, la Renaissance est «l’époque où la civilisation de l’Europe a de façon décisive distancée les civilisations parallèles. » Une assertion qui pourrait être contestée par d'autres penseurs des civilisations.
La Renaissance commence d'abord avec une autre façon de concevoir l'histoire :
Les historiens de la Renaissance rejètent la division médiévale chrétienne de l'histoire, à savoir :
la Création, la venue de Jésus-Christ le Jugement dernier.
A la Renaissance, la vision de l'histoire comporte également trois parties : elle débute par l'Antiquité, suivie par le Moyen Âge (l'âge du milieu), et enfin l'âge d'or de la Renaissance qui vient de commencer.
Le terme de « Moyen Âge » » semble avoir été utilisé pour la première fois par Flavio Biondo de Forlí, secrétaire apostolique à Rome, dans Historiarum ab inclinatione Romanorum imperii decades (« Décades historiques depuis le déclin de l'Empire romain »), écrites dans les années 1450 et publiées en 1483. Pour cet historien humaniste, le terme évoque l'idée d'une mise entre parenthèses du temps, d'une interruption du progrès ; cette période de stagnation culturelle se situe entre la gloire de l'Antiquité classique et la renaissance de cette gloire, au début du monde moderne. C'est seulement au XVIIe siècle que l'emploi du terme se généralise.
Alors que les savants médiévaux condamnent le monde païen grec et romain, peuplé selon eux d'ignorants et de barbares, les savants, philosophes et historiens de la Renaissance admirent les Anciens.
Ils proclament leur propre époque comme celle de « la renaissance » des classiques grecs et Romains. C'est ce courant de pensée que l'on a appelé Humanisme.
Il faut aujourd'hui relativiser cette conception négative de la culture médiévale.

Quand commence la Renaissance en France ?
En 1450 avec l'imprimerie par Gutemberg ?
En 1491 avec la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb ?
Réellement plus tardivement en 1515 avec le début du règne de François 1er,(1494-1547), et la victoire de Marignan. François 1er s’empare du Milanais et rapporte dans ses bagages la culture italienne.
La Renaissance française va s’étendre sur le XVIe siècle du règne de François Ier à celui d’Henri IV.
C’est une période d’intense de création littéraire et artistique (architecture, peinture, ...) :
Quelques écrivains et poètes : Ronsard, Du Bellay, Baïf, Rabelais, Montaigne, Clément Marot

Y-a-t-il une musique de la Renaissance ?
Musicalement la Renaissance n'introduit aucune réelle rupture stylistique.
Comme on l'a vu, la Renaissance musicale reste l'œuvre de l'école franco-flamande et non d'une école italienne.
En musique, la référence à l'Antiquité est une impasse ; la raison en est simple : aucun exemple de musique grecque ou romaine n'est connu à l’époque : l'imitation des anciens s'avère donc ici impossible (à l'inverse de l'architecture et de la sculpture comme le fit l’architecte Leon Battista Alberti (1404-1472) en commentant Vitruve « De architectura » ).
Cependant, les musiciens de la Renaissance connaissent le pouvoir fabuleux accordé à la musique dans la mythologie : Orphée devient à cette époque une figure emblématique.

Jean Antoine de Baïf (1532-1589) et l’académie de musique et de poésie.
L'imitation de l'Antique, impossible en musique faute de sources trouve un accomplissement en poésie.
Ainsi Jean Antoine de Baïf veut réformer la poésie en l’associant à la musique et en réhabilitant la métrique gréco-romaine (fondée sur les syllabes longues et les syllabes brèves) ainsi va-t-il travaillé avec Claude Lejeune à des chansons en vers mesurés à l’antique.




Deux musiciens représentatifs de la Renaissance Française : Clément Janequin et Claude Le Jeune

Clément Janequin (1485-1558)
Maître de la "chanson parisienne", Janequin passe les 25 premières années de sa vie dans le Bordelais. En 1549, il s'installe à Paris et devient chantre ordinaire du roi. A l'âge de soixante-dix ans, il décide de devenir étudiant et entre à l'Université de Paris. Ses fonctions à la chapelle royale assurent son existence mais ne l'empêcheront pas de mourir dans la pauvreté.
Clément Janequin apparaît comme le maître de la chanson polyphonique du XVIe siècle, surtout dans le domaine de la musique profane. Son nom reste attaché aux Amours de Ronsard, à quelques poèmes de François Ier qu'il illustre musicalement, et à ceux également de Clément Marot.
La partie la plus originale et la plus célèbre de son œuvre est la chanson descriptive. Ce sont de grandes chansons ponctuées d'interjections, de cris, de paroles et d'onomatopées qu'on peut considérer comme les ancêtres de « la musique à programme ». Parmi celles-ci, on peut citer :
Le Chant des oiseaux, La Guerre (la bataille de Marignan), un texte truffé d'onomatopées qui ressemble à du Henri Michaux, La Chasse (« Gentils veneurs », retraçant les péripéties d'une chasse de François Ier en forêt de Fontainebleau) ; Les Cris de Paris (ceux des marchands ambulants), Le Caquet des femmes...

Ces oeuvres lui valurent une renommée européenne, alors que la France ne l'avait pas encore reconnu à sa mort. Hommage du poète Antoine le Baif à Janequin :
" ... Soit que représenter le vacarme il ose,
Soit qu'il joue en ses chants le caquet féminin,
Soit que des oisillons les voix il représente,
L'excellent Janequin, en tout cela qu'il chante
N'a rien qui soit mortel, mais il est tout divin. "


extrait de "La guerre", baptisée également "La bataille de Marignan"
France courage, courage
Donnez des horions
Chipe, chope, torche, lorgne
Pa ti pa toc tricque, trac zin zin
Tue ! à mort ; serre
Courage prenez frapez, tuez.
Gentilz gallans, soyez vaillans
Frapez dessus, ruez dessus
Fers émoluz, chiques dessus, alarme, alarme !
Courage prenez après suyvez, frapez, ruez
Ils sont confuz, ils sont perduz
Ils monstrent les talons.
Escampe toute frelore la tintelore
Ilz sont deffaictz
Victoire au noble roy Francoys
Escampe toute frelore bigot.


Une autre chanson dans un style grivois : "Frère Thibault, séjourné, gros et gras" (poème de Clément Marot)
Frere Thibault, sejourne, gros et gras,
Tiroit de nuyt une garse en chemise
Par le treillis de sa chambre, ou les bras
Elle passa, puis la teste y a mise
Et puis le seing, mais elle fut bien prise,
Car le fessier y passer ne peult onc :
"Par la mort bien, ce dict le moyne a donc,
Il ne m'enchault De bras, tetin ne teste ;
Passez le cul, ou vous retirez donc :
Je ne scauroys sans luy vous faire feste."



Claude Le Jeune (1528-1600)
Au service du duc d'Anjou, il devient vers 1594, compositeur de la chambre du roi Henri IV. Il compose des messes, motets, psaumes, airs, chansons spirituelles et profanes. Membre de l'Académie de musique et de poésie fondée par A. de Baïf, Le Jeune se consacre à la musique « mesurée », écrite dans un grand respect du texte.
Perdre le sens devant vous (extrait d'un poème de Jean-Antoine Le Baïf)
Perdre le sens devant vous,
Trembler, épris, et changer
tein et regard, et maintien :
D'où vient cela ie vous pri ?
Dequoy, coment, et pourquoy ?
Dite-le moy, dite-le moy ie vous pri'...


Discographie disponible à la Médiathèque de Dole
Psaumes et chansons de la réforme / Paschal de l'Estocart, Claude Le Jeune, Clément Janequin... ; Ensemble Clément Janequin, Dominique Visse, dir. - Harmonia Mundi, 2000
Jacques Moderne : Fricassées lyonnaises / Doulce Mémoire, Denis Raisin Dadre. - Astrée : naïve, 1996
Inconstance et Vanité du Monde : musique à la Cour de France et de Savoie en 1601 / Claude Le Jeune, Luca Marenzio ; programme conçu par Anne Quentin. - Astrée : Naïve, 2000
"Heureux qui comme Ulysse" : musiques et chants du XVIe siècle / Claude Gervaise, Claudin de Sermisy, Josquin des Prés, Gabriel Bataille, Pierre Attaingnant... ; Ensemble Jehan de Channey. - De Plein Vent, 1994
Pierre Attaingnant : imprimeur et libraire en musique du Roy : préludes, chansons et danses pour luth / Claudin de Sermisy, Pierre Moulu ; Hopkinson Smith, luth
La Chasse et autres chansons / Claude Janequin ; Ensemble Clément Janequin.- Harmonia Mundi, 1988
Airs et psaumes mesurés à l'Antique / Claude Le Jeune ; Claudine Ansermet, S ; Paolo Cherici, liuto
Le printans / Claude Le Jeune ; Huelgas Ensemble ; Paul Van Nevel, dir. - Sony Classical, 1996

21 mars 2007

L'école franco-flamande : musique française #7

La première Renaissance
On désigne par cette appellation, les musiciens du XVe et du début du XVIe siècle, originaires de la Bourgogne, du Luxembourg, des Pays-Bas, du Nord de la France, et de Belgique. Ces musiciens parlent souvent plusieurs langues : le français, le latin, l'italien, parfois flamand ; au XVe siècle, ils travaillent à la cour du Duché de Bourgogne, et au XVIe siècle sur le territoire de l’Empire de Charles Quint, mais aussi parfois à la cour des Rois de France.

Le duché de Bourgogne sous le règne de Philippe le Bon
Philippe III le Bon (1396-1467), créateur d'un des États les plus puissants de l'Europe du XVe siècle. Né à Dijon, Philippe devient duc après la mort de son père Jean sans Peur, tué par les partisans du Dauphin, le futur Charles VII. En représailles, il va s'allier à Henri V d'Angleterre, l'ennemi de la France pendant la guerre de Cent Ans. En 1430, il capture Jeanne d'Arc qu'il livre aux Anglais. À la faveur d'un retournement d'alliance, il conclu en 1435 le traité d'Arras avec le roi de France, Charles VII et reçoit en retour une grande partie de la province de Picardie. Philippe étend l'autorité bourguignonne aux Pays-Bas, en acquérant le duché de Brabant-Limbourg en 1430, le Hainaut, incluant les comtés de Frise, de Hollande et de Zélande, en 1433, le Luxembourg en 1443. En 1460, il régne sur ce qui est de nos jours la Belgique et le Luxembourg, la plus grande partie des Pays-Bas et des portions importantes du Nord et de l'Est de la France. La cour de Bourgogne est alors l'une des plus brillantes d'Europe. Mécène, Philippe le Bon favorise le travail des peintres comme Jan Van Eyck et des musiciens comme Johannes Ockeghem. Attaché aux traditions chevaleresques, Philippe le Bon créé en 1429 l'ordre de la Toison d'or, l'une des plus prestigieuses confréries de chevaliers en Europe.

Le XVe siècle est une époque charnière pour la musique.
L'art musical de cette époque se présente en effet comme un adieu au Moyen Age dont ilc onserve encore une haute spiritualité et le sens du sacré, tout en s’inscrivant déjà dans la Renaissance car la culture humaniste y est déjà présente.
On peut citer cinq grands composteurs représentatifs de cette école franco-flamande :

Guillaume Dufay (1400-1474)
Employé à la chapelle papale de Rome, puis par les ducs de Savoie, avec lesquels il voyage, il se fixe finalement à Cambrai pour y passer les trente dernières années de sa vie. On lui doit la messe de l’homme armé et de nombreux motets.

discographie :
O gemma lux : intégrale des motets isorythmiques / Huelgas-Ensemble, ens. voc. ; Paul van Nevel, dir. - Harmonia Mundi, 1999
Missa se la face ay pale / Diabolus in musica ; Antoine Guerber, direction. - Alpha, 2004
Quadrivium : Motets, vol. 1 / Cantica Symphonia ; Giuseppe Maletto, direction. - Glossa, 2005

Gilles Binchois (1400 à Mons -1460 à Soignies) Compositeur flamand, il est employé en 1430 par Philippe Le Bon du duché de Bourgogne. Il écrit de la musique sacrée et des chansons polyphoniques.

Citons quelques vers de Triste plaisir, une très belle chanson pleine d’oxymorons (figure de style consistant à réunir deux mots antinomiques ou incompatibles) : sur un rondeau de Alain Chartier :
"Triste plaisir et douloureuse joie
Apre douceur, réconfort ennuyeux,
Ris en pleurant, souvenir oublieux
M’accompagnent, combien que seul, je sois,..."

discographie :
Mon souverain desir : chansons / Ensemble Gilles Binchois ; Dominique Vellard, direction. - Virgin Classics, 1998

Johannes Ockeghem (1420 à Siant-Ghislain près de Mons -1497 à Tours)
Après avoir été chantre à la Cathédrale d'Anvers, il passe au service du duc de Bourbon, puis à la Cour de France sous le règne de plusieurs Rois (Charles VII, Louis XI, Charles VIII). Il finit sa vie, à Tours où il occupe les fonctions de chanoine et de trésorier.

discographie :
Motets ; Missa "Caput" ; Requiem (extrait) / Laudantes Consort ; Guy Janssens. - Musicalis, 1996




Josquin des Prés (ou Desprez, ou Jodocus Pratensis, ou Jodocus a Prato, ou simplement Josquin) (1440 à Beaurevoir-1524)
Musicien européen, Josquin des Prés voyagea beaucoup : Saint-Quentin, Milan, Paris, Rome.
Génie universel, Josquin occupe une position d’équilibre entre Moyen Âge et Renaissance. «Il possède dans leur plénitude, écrit Jacques Chailley, tous les caractères que l’on attribue à l’une et l’autre époque.»
Il appartient, certes, au temps des humanistes, mais il conserve une spiritualité, un sens du sacré, qui le rattache aux conceptions médiévales. Il a marqué de son empreinte profonde tous les genres qu’il a abordés (messes, motets, chansons). Une grande partie de cette production a été publiée au XVIe siècle, d’abord par le premier éditeur de l’histoire, le Vénitien Ottaviano dei Petrucci, qui réserva une place d’honneur à Josquin dans son Harmonice musices Odhecaton (à partir de 1501)

discographie :
Motets ; Missa "L'homme armé sexti toni / Laudantes Consort ; Guy Janssens. - Musicalis, 1996
Missa Pange Lingua & Motets / A Sei Voci, Maîtrise des Pays de Loire ; Bernard Fabre-Garrus. - Astrée : Naïve, 2000
Messa Ave maris Stella ; Motets à la Vièrge / ASei Voci ; Bernard Fabre-Garrus. - Astrée : Auvidis, 1993




Roland de Lassus (Orlando di Lasso) (1532 à Mons-1594 à Munich)
Très célèbre en son temps, Roland de Lassus était surnommé l'"Orphée belge" et également le "Prince de la Musique". Il accompagna Charles Quint dans ses déplacements, notamment à la Cour de Fontainebleau. Il il voyagea ensuite à travers toute l'Europe au service de nombreux protecteurs, accumulant la gloire et les honneurs. Naples, Rome, Londres, Anvers, Paris, Munich...

discographie :
Missa pro defunctis ; Prophetia Sibyllarum / The Hilliard Ensemble. - ECM, 1998
Les larmes de saint Pierre : 20 madrigaux spirituels sur des poèmes de Luigi Tansillo / Ensemble Vocal Européen ; Philippe Herreweghe, dir. - Harmonia Mundi, 2002
Les lamentations du Prophète Jérémie / Ensemble vocal européen de la Chapelle Royale, Philippe Herreweghe. - Harmonia Mundi, 1989



Les liens historiques sont dirigés vers le site wikipédia, les liens biographiques vers le site musicologie.org

17 mars 2007

L'ars subtilior : musique française #6

Un art ésotérique
Ce style subtil qui prolonge la tradition de l'Ars Nova, se développe à la fin du XIVe siècle jusqu'au début du XVe siècle. Il s'agit d'un art poétique et musical complexe et raffiné qui est pratiqué à la Cour du Duc de berry, à celle de Gaston Fébus (Gaston III de Foix-Béarn, prince de la Gascogne et du Languedoc), et à la cour papale d'Avignon. Cet art était donc réservé à une élite d'initiés. Certains historiens y trouvent l'expression d'une décadence "névrotique" par l’expression d’un maniérisme extravagant. Une sorte d'art fin de siècle, même si dans ce cas, il s'agit du XIVe ! Les compositeurs dont on a conservé les oeuvres se nommaient Baude Cordier, Solage, Johannes Ciconia...

Un exemple représentatif de ce style est la partition de Baude Cordier du rondeau Belle, bonne et sage écrite en forme de coeur que l'on trouve dans le Codex (manuscrit) de Chantilly :
Belle, bonne, sage, plaisant et gente
A ce jour cy que l'an se renouvelle
Vous fait le don d'une chanson nouvelle
Dedens mon cuer qui a vous se présente
De recepvoir ce don no soyés lente


Un autre exemple, le rondeau de Solage, le très étrange "fumeux fume..." :
Fumeux fume par fumee.
Fumeuse speculacion.
Qu'antre fummet sa pensee
Fumeux fume par fumee.

Discographie
Ars Subtilior, du style gothique à la Pré-Renaissance [anthologie]. - Harmonia Mundi, 2005 (La musique des siècles)

Febus avant! Musique à la Cour de Gaston Febus (1331-1391) / Huelgas Ensemble, Paul Van Nevel, dir. - Sony Classical, 1992 (Vivarte)


Source bibliographique :
>Le Manuscrit 564 du Musée Condé de Chantilly
http://www.lib.latrobe.edu.au/MMDB/Mss/CH.htm