La pêche à la baleine, poème de Jacques Prévert (1900-1977), dit et chanté par Agnès Capri (1907-1976).
Grande figure de l'avant-garde poétique et du cabaret parisien, Agnès Capri (née Sophie Rose Fridmann) fut actrice, chanteuse et productrice radio. Fille d'émigrés russes, elle prend des cours de théatre chez Louis Jouvet et Charles Dullin, et des cours de chant à la Schola Cantorum. Membre de l’Association des Artistes et Écrivains Révolutionnaires (AAER), et proche du groupe Octobre et des surréalistes, elle côtoie et travaille avec Jacques Prévert, Joseph Kosma, Max Jacob, Raymond Queneau, Robert Desnos, Paul Éluard, Henri Michaux (Elle travailla à une mise en scène de Plume)
Elle débute sa carrière au cabaret le Boeuf sur le toit, puis à l'A.B.C., et à l'Opéra-Bouffe, avant d'ouvrir son cabaret en 1938, qui s’appellera alternativement Le Petit Théâtre de nuit, le Capricorne et Chez Agnès Capri. Dans son cabaret, se produiront Germaine Montero, Jean Sablon, Catherine Sauvage, Cora Vaucaire, Mouloudji, Serge Reggiani, Juliette Greco, Marc Ogeret, Pierre Louki, Georges Moustaki et les Frères Jacques.
À la pêche à la baleine, à la pêche à la baleine,
Disait le père d'une voix courroucée
À son fils Prosper, sous l'armoire allongé,
À la pêche à la baleine, à la pêche à la baleine,
Tu ne veux pas aller,
Et pourquoi donc?
Et pourquoi donc que j'irais pêcher une bête
Qui ne m'a rien fait, papa,
Va la pêpé, va la pêcher toi-même,
Puisque ça te plaît,
J'aime mieux rester à la maison avec ma pauvre mère
Et le cousin Gaston.
Alors dans sa baleinière le père tout seul s'en est allé
Sur la mer démontée...
Voilà le père sur la mer,
Voilà le fils à la maison,
Voilà la baleine en colère,
Et voilà le cousin Gaston qui renverse la soupière,
La soupière au bouillon.
La mer était mauvaise,
La soupe était bonne.
Et voilà sur sa chaise Prosper qui se désole :
À la pêche à la baleine, je ne suis pas allé,
Et pourquoi donc que j'y ai pas été?
Peut-être qu'on l'aurait attrapée,
Alors j'aurais pu en manger.
Mais voilà la porte qui s'ouvre, et ruisselant d'eau,
Le père apparaît hors d'haleine,
Tenant la baleine sur son dos.
Il jette l'animal sur la table, une belle baleine aux yeux bleus,
Une bête comme on en voit peu,
Et dit d'une voix lamentable :
Dépêchez-vous de la dépecer,
J'ai faim, j'ai soif, je veux manger.
Mais voilà Prosper qui se lève,
Regardant son père dans le blanc des yeux,
Dans le blanc des yeux bleus de son père,
Bleus comme ceux de la baleine aux yeux bleus :
Et pourquoi donc je dépècerais une pauvre bête qui m'a rien fait?
Tant pis, j'abandonne ma part.
Puis il jette le couteau par terre,
Mais la baleine s'en empare, et se précipitant sur le père
Elle le transperce de père en part.
Ah, ah, dit le cousin Gaston,
On me rappelle la chasse, la chasse aux papillons.
Et voilà
Voilà Prosper qui prépare les faire-part,
La mère qui prend le deuil de son pauvre mari
Et la baleine, la larme à l'oeil contemplant le foyer détruit.
Soudain elle s'écrie :
Et pourquoi donc j'ai tué ce pauvre imbécile,
Maintenant les autres vont me pourchasser en moto-godille
Et puis ils vont exterminer toute ma petite famille.
Alors, éclatant d'un rire inquiétant,
Elle se dirige vers la porte et dit
À la veuve en passant :
Madame, si quelqu'un vient me demander,
Soyez aimable et répondez :
La baleine est sortie,
Asseyez-vous,
Attendez là,
Dans une quinzaine d'années, sans doute elle reviendra...
Références :
La grande anthologie de la chanson française / éd. Pierre Saka, LGF, 2001
Louis-Jean Calvet, Cent ans de chanson française, Archipoche, 2008
Wikipédia : Agnès Capri
30 août 2012
19 août 2012
Plattsburgh Drive-in Blues : chanson de la semaine #101

La chanteuse, journaliste, scénariste et actrice québécoise Chantal Renaud chante Plattsburgh Drive-in Blues (1969).
(la transcription ci-dessous est partielle, une aide pour la compléter serait la bienvenue en commentaire :-))
Donne-moi, deux Michigans Red Hot*,
pis un gros sac de pinottes*.
Un cornet de crème en glace*,
eille dépêche toi la vue commence !
Ti-Gars, laverais-tu mon windshield
You take canadian money,
Lève donc ta vitre les bébittes* rentrent
Oui mais faut ben que la fumée sorte
Plattsburgh Drive-in Blues
Plattsburgh Drive-in Blues
Bebé, passe moi donc l’sac de chips,
pis mets du vinaigre* mon pit*.
Mais jette donc ta grosse gomme* dehors,
à place d’la jeter dans l’cendrier !
Viens donc te tasser* à côté de moé
Ma tout est traduit en français
C'est un film d'action, j'l'ai déjà vu
Mais y t'reste-tu un peu d'pop-corn
Plattsburgh Drive-in Blues
Plattsburgh Drive-in Blues (bis)
Expressions locales :
Michigans Red Hot = hot dog sauce chili
sac de pinottes (sack of peanuts) = sachet de cacahuètes
crème en glace = crème glacée
bébittes = insectes, moustiques
mon pit (diminutif affectueux) = mon coco, mon chou
chips au vinaigre, une recette appréciée en Amérique du Nord
gomme = chewing-gum
se tasser = se déplacer un peu sur le côté, s'assoir plus près.
Chantal Renaud - Wikipédia -
Chantal Renaud - Québec Info Musique -
16 août 2012
Le capharnaum #68 : Les archives de la débauche, le capharnaüm des rebuts
Mais voici bien autre chose. Descendons un peu plus bas. Contemplons un de ces êtres mystérieux, vivant, pour ainsi dire, des déjections des grandes villes; car il y a de singuliers métiers, le nombre en est immense. J'ai quelquefois pensé avec terreur qu'il y avait des métiers qui ne comportaient aucune joie, des métiers sans plaisir, des fatigues sans soulagement, des douleurs sans compensation, je me trompais. Voici un homme chargé de ramasser les débris d'une journée de la capitale. Tout ce que la grande cité a rejeté, tout ce qu'elle a perdu, tout ce qu'elle a dédaigné, tout ce qu'elle a brisé, il le catalogue, il le collectionne. Il compulse les archives de la débauche, le capharnaum des rebuts. Il fait un triage, un choix intelligent; il ramasse, comme un avare un trésor, les ordures qui, remâchées par la divinité de l'Industrie, deviendront des objets d'utilité ou de jouissance.[...]
Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose – Les Paradis artificiels, éd. Michel Levy Frères, 1869, p. 357-358.
Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose – Les Paradis artificiels, éd. Michel Levy Frères, 1869, p. 357-358.
Alice Cooper - The Lady Is A Tramp
Vincent Damon Furnier, alias Alice Cooper est un chanteur de hard rock né en 1948 à Détroit. Sa carrière solo commenca au début de années 1970, même si Alice Cooper était au départ le nom de son groupe, formé en 1968. Par son jeu de scène provoquant, son maquillage et ses costumes extravagants, Alice Cooper influença de nombreux artistes glam des années 70 jusqu'à aujourd'hui : Kiss, David Bowie, Twisted Sister, Mötley Crüe, Rob Zombie, Marilyn Manson.
Alice Cooper dans le film Good to See You Again, Alice Cooper (1974) interprète, à contre-emploi, The Lady Is A Tramp (Lorenz Hart / Richard Rodgers, 1937) un standard incontournable du great american songbook, une chanson au répertoire des plus grands crooners, tels Frank Sinatra et Tony Bennett.
Dread Zeppelin - Black Dog
Dread Zeppelin est un groupe de rock califonien formé en 1989. Emmené par le chanteur Tortelvis (Greg Tortell) en sosie d'Elvis Presley période Las Vegas, et par le guitariste Jah Paul Jo "cosmic guitar" (Joe Ramsey), le groupe s'est fait connaître en reprenant le répertoire de Led Zeppelin, arrangé à la sauce reggae.
- Article Wikipédia -
http://www.dreadzeppelin.com/
Ceephax Acid Crew - Mediterranean Acid
Andy Jenkinson alias Ceephax Acid Crew est un producteur et musicien britannique d'electro acid house. Il est le frère de Squarepusher (Tom Jenkinson).
- Article Wikipédia -
http://www.ceephax.co.uk/
Paul Anka - Jump
Paul Anka est un chanteur, auteur, compositeur canadien, d'origine libano-syrienne né en 1941.
En 2005, il sort l'album Rock sings (Universal) composé de reprises de titres pop/rock réarrangés avec un grand orchestre de jazz swing : Wonderwall d'Oasis, Smells Like Teen Spirit de Nirvana, et Jump de Van Halen.
http://paulanka.com/
Paradis - Je m'ennuie
Film en found footage réalisé par Arthur Naulot et Aurel Rotival à partir d'extraits de films d'Alain Resnais : Le Chant du styrène (1958), Je t'aime, je t'aime (1968) et d'Alain Robbe-Grillet : L'Eden et après (1970), N. a pris les dés (1971) dans lesquels figure l'acteur Claude Rich.
Paradis est un duo parisien constitué par Simon Mény et Pierre Rousseau.
http://www.paradis.fm/
3 août 2012
Exposition "Femmes compositrices" à la Bibliothèque d'Eger
Les vases communicants #2.8
Sur le principe des Vases Communicants, Mediamus et Hangtárnok (le blog du Département Musique de la bibliothèque d'Eger en Hongrie) s'invitent mutuellement chaque premier vendredi du mois, chacun publiant sur le blog de l'autre.
"Peut-on caractériser le style d'une musique composée par une femme ? Et le style d'une musique composée par un homme ? La personnalité et le talent sont bien plus importants que le genre."
Le mois dernier, le Département Musique et langues étrangères de la bibliothèque Bródy Sándor d'Eger (Hongrie) a accueilli du 29 juin au 27 juillet 2012, une exposition dédiée aux femmes compositrices.
L'opportunité de mieux connaître les grandes compositrices qui ont marqué l'histoire de la musique, de l'Antiquité jusqu'à nos jours : Hildegarde de Bingen (1098-1179), Isabella Leonarda (1620-1704), Barbara Strozzi (1619-1677), Élisabeth Jacquet de La Guerre (1665-1729), Hélène de Montgeroult (1764-1836), Clara Schumann (1819-1896), Ethel Smyth (1858-1954), Lili Boulanger (1893-1918), Sofia Goubaïdoulina (1931- ), ...
Être une femme compositrice, ce fut souvent un combat contre les conventions et les préjugés du temps pour imposer son talent et faire entendre son œuvre dans un monde où le génie ne s'accordait pas au féminin.
Deux références à consulter :
sources : Női zeneszerzők kiállítás trailer - „….mindezt a hatalmas hangzavart egy nő csinálta…” : Női zeneszerzők

"Peut-on caractériser le style d'une musique composée par une femme ? Et le style d'une musique composée par un homme ? La personnalité et le talent sont bien plus importants que le genre."
Le mois dernier, le Département Musique et langues étrangères de la bibliothèque Bródy Sándor d'Eger (Hongrie) a accueilli du 29 juin au 27 juillet 2012, une exposition dédiée aux femmes compositrices.
L'opportunité de mieux connaître les grandes compositrices qui ont marqué l'histoire de la musique, de l'Antiquité jusqu'à nos jours : Hildegarde de Bingen (1098-1179), Isabella Leonarda (1620-1704), Barbara Strozzi (1619-1677), Élisabeth Jacquet de La Guerre (1665-1729), Hélène de Montgeroult (1764-1836), Clara Schumann (1819-1896), Ethel Smyth (1858-1954), Lili Boulanger (1893-1918), Sofia Goubaïdoulina (1931- ), ...
Être une femme compositrice, ce fut souvent un combat contre les conventions et les préjugés du temps pour imposer son talent et faire entendre son œuvre dans un monde où le génie ne s'accordait pas au féminin.
Deux références à consulter :
- New Grove Dictionary of Women Composers et
- Women of note "Celebrating two hundred and fifty years of music by women"
sources : Női zeneszerzők kiállítás trailer - „….mindezt a hatalmas hangzavart egy nő csinálta…” : Női zeneszerzők
27 juillet 2012
La maxi-revue de presse, revue de blogs du 14 juin au 27 juillet 2012
James Iron Head Baker - Black Betty (1933), enregistré dans un champs par les musicologues John et Alan Lomax en 1933
Ram Jam - "Black Betty" (1977)
Parce qu'en été, les glaces sont king size, les romans plus épais, les journées plus longues, ... la revue de presse passe au format maxi ! :-)
1. Petit message à Robert Plant : le droit d’auteur aurait empêché Led Zeppelin d’exister aujourd’hui ! - S.I.Lex, 26/07
A lire aussi : Des rock stars britanniques réclament une meilleure protection du copyright (PCInpact),
Les ténors du rock anglais écrivent une lettre anti-piratage à David Cameron (Les Inrocks)
Une réclamation qui ne manque pas de culot, lorsque l'on sait tout ce que les rockeurs anglais et américains doivent aux bluesmen, avec d'importants emprunts rarement crédités.
2. La pop music de plus en plus forte et uniforme (étude) - France Info, 26/07
3. Remix, playlists, mashup: les nouveaux modes de diffusions pour les artistes - Don't believe the hype, 26/07
4. SFR coupe le son de Neuf Music - PC Inpact, 25/07
5. Débat : Que faire de la Hadopi ? - Le Monde, 24/07
5. Le numérique pour le patrimoine : expérimentations & dispositifs innovants - Knowtex
6. Musique et numérique sont dans un bateau : les multiples enjeux du Centre National de la Musique par Gilles Castagnac, Directeur de l’Irma - cblog.culture.fr, 24/07
7. Orange met progressivement fin à sa stratégie musicale - Vialet.org, 21/07
8. LibraryBox, boîte à merveille des bibliothèques, inspirée de la PirateBox - Actualitté, 20/12
9. La discothèque de Radio France : Chacun son tour - Écrans, 20/07
10. Le back catalogue dépasse les nouveautés pour la première fois... - Don't believe the hype, 20/07
11. Quand l'informatique maîtrise le temps de l'interprétation musicale - France-Culture? 19/07
12. Promouvoir la musique libre en bibliothèque : l’exemple de Pacé, Ille-et-Vilaine - Le monde du livre, 18/07
13. Google Play ouvre sa librairie en ligne, accessible sur smartphone, tablette et PC - Presse-Citron, 18/07
A lire aussi : Des livres de la BM de Lyon dans Google Play sur Actualitté
14. Le centenaire d'une autre Amérique: Woody Guthrie - Les mots sont importants, 14/07
15. Les dangers de la musique romantique allemande : fortune littéraire d’un topos - Germanica, 13/07
16. Les 10 romans de science-fiction à (re)lire cet été - knowtex, 13/07
17. Face à l’Hadopi, les échanges retournent dans la rue - Ecrans, 09/07
18. The CD: It Still Has 10 Years to Go... - Digital Music News, 08/07
Le CD pourrait encore durer 10 ans
19. Les sociabilités numériques par Dominique Cardon [conférence vidéo] - Bammbou, 06/07
20. Comment consommer la musique à l’ère du numérique ? - Rue89, 06/07
entretien avec Jérôme Rastoldo
21. Ping : premier échec d’Apple dans le web social Ithink.fr, 04/07
22. Chansons et histoire: ressources web - Samarra, 04/07
23. Henri Texier : « En France, le jazz est attaqué de partout » - Rue89, 04/07
à lire aussi (surtout) pour les commentaires
24. Faute de pouvoir négocier les droits, pas de chansons d'Hendrix dans le biopic sur sa vie - Le Huffington Post, 04/07
25. Les chanteurs français et la guerre d’Algérie : De Mouloudji à Enrico Macias - RFI Musique, 04/07
26. Awesome desktop music player Tomahawk relaunches, and there’s a new Web version too The Next Web, 07/03
27. Musique : décryptage des dix plus grands tubes du siècle - Le Vif.be, 04/07
28. Naxos Music Library Subscribers Now Have Access to the Warner Classics, Teldec, and Erato Catalogs - Market Watch, 02/07
29. Daniel Barenboïm: Pourquoi Staline et Hitler aimaient-ils la musique? - Le Huffington Post, 28/06
30. Luth, guitare électrique et guerre... la musique afghane dans tous ses états - Le Nouvel Obs, 26/06
31. L’informatique à l’école : il ne suffit pas de savoir cliquer sur une souris - Rue 89, 28/06
32. Yahoo et Spotify main dans la main -Fredzone, 27/06
33. De la qualité sonore en compte-rendu vidéo - IRMA, 26/06
34. La musique, un révélateur des disparités économiques - Le Figaro, 18/06
A l'énoncé du titre, on pouvait s'attendre à quelques considérations sociologiques sur l'inégalité sociale dans l'accès à la culture musicale, étayées de références aux travaux de Pierre Bourdieu, Bernard Lahire ou Antoine Hennion. A la place, un salmigondis de citations ajustées sans raccords pour discuter des mérites comparés du catalogue d'oiseaux de Messiaen et du design de la Porsche 911, la fusée se terminant par un éloge de la qualité allemande. En bref, une copie fumeuse digne d'un bachelier devant au mieux retenter sa chance à l'oral. Démontage en règle sur le blog Sun Ship, la qualité française dans la finition ;-)
35. Le transmédia : entre narration augmentée et logiques immersives … - INA, 18/06
36. Littérature et chanson, des liens plus complexes qu’il n’y paraît - Les Inrocks, 16/06
37. Believe pour l’exemple - La Guerre du Bouton, 14/06
38. Lecture numérique, lecture sociale - Klog, 13/06
39. L'économie de la production musicale, SNEP, ed. 2012 … (pdf, juin 2012)
21 juillet 2012
La fille au rasoir : chanson de la semaine #100
La fille au rasoir figure sur le cinquième album de Serge Gainsbourg, Gainsbourg confidentiel (Mercury, 1963). Cette chanson puise son inspiration au cinéma. Et la référence est plutôt inattendue :
[Transcription d'un entretien avec Pierre Grimblat, archive du 23 février 1964, source France-Culture, Hors-champs, 29/06/2012]
P. Grimblat : Serge Gainsbourg, quels sont les sujets, les thèmes, les images qui déclenchent votre volonté d’écrire une chanson.
S. Gainsbourg : Les ressorts seraient plus justes car il y a quelque chose d’érotique dans le ressort (rires)… Les obsessions amoureuses, dirons-nous, c’est le thème éternel, on peut dire ça à perpétuité, sans trop se renouveler.
P. Grimblat : Et puis ?
S. Gainsbourg : L’humour… noir, ce que l’on appelle l’humour noir. Il faut une bonne dose de mépris. Parce que l’humour noir cela sous-entend le mépris, la froideur, la lucidité, et un peu de méchanceté.
S. Grimblat : Je crois savoir que ce n’est pas seulement le mépris des autres. C’est une arme que l’on retourne un peu contre soi.
S. Gainsbourg : Mais bien sûr, faut être beau joueur quand même.
P Grimblat : La chanson que vous nous proposez ce soir est une chanson d’humour noir ?
S. Gainsbourg : D’humour noir ou plutôt grisâtre. J’ai vu l’Ange exterminateur de Buñuel, dans un coin, y a une femme qui est effondrée, qui se passe un rasoir électrique sur les jambes, ça m’a donné l’image de l’incommunicabilité de deux êtres.
Le rasoir électrique
Couvrait la chanson de Clara
La jolie musique
Qui sortait de cet engin-là
C'était sa faiblesse
Elle aimait ses caresses
Le rasoir électrique
Frôlait la jambe de Clara
Ce bruit métallique
Avait l'don de me mettre hors de moi
Ce n'était pas drôle
De garder mon self-control
Le rasoir électrique
Me rendait dingue mais Clara
N'prenait au tragique
Ni mes angoisses ni mes a-
Mours un jour quand même
Je lui ai dit je t'aime
Sous l'rasoir électrique
Tu n'as rien entendu Clara
Tu n'as rien entendu Clara
Tu n'as rien entendu Clara
Note :
El ángel exterminador (1962) de Luis Buñuel, est consultable en VO, non-sous titré sur Youtube, sauf erreur, dans la séquence à laquelle Serge Gainsbourg fait référence, il s'agit en fait d'un homme qui se passe un rasoir électrique sur la jambe ! La mémoire enjolive les détails :-)
Sources et références :
Wikipédia - L'ange exterminateur - Le disque Gainsbourg confidentiel -
[Transcription d'un entretien avec Pierre Grimblat, archive du 23 février 1964, source France-Culture, Hors-champs, 29/06/2012]
P. Grimblat : Serge Gainsbourg, quels sont les sujets, les thèmes, les images qui déclenchent votre volonté d’écrire une chanson.
S. Gainsbourg : Les ressorts seraient plus justes car il y a quelque chose d’érotique dans le ressort (rires)… Les obsessions amoureuses, dirons-nous, c’est le thème éternel, on peut dire ça à perpétuité, sans trop se renouveler.
P. Grimblat : Et puis ?
S. Gainsbourg : L’humour… noir, ce que l’on appelle l’humour noir. Il faut une bonne dose de mépris. Parce que l’humour noir cela sous-entend le mépris, la froideur, la lucidité, et un peu de méchanceté.
S. Grimblat : Je crois savoir que ce n’est pas seulement le mépris des autres. C’est une arme que l’on retourne un peu contre soi.
S. Gainsbourg : Mais bien sûr, faut être beau joueur quand même.
P Grimblat : La chanson que vous nous proposez ce soir est une chanson d’humour noir ?
S. Gainsbourg : D’humour noir ou plutôt grisâtre. J’ai vu l’Ange exterminateur de Buñuel, dans un coin, y a une femme qui est effondrée, qui se passe un rasoir électrique sur les jambes, ça m’a donné l’image de l’incommunicabilité de deux êtres.
Le rasoir électrique
Couvrait la chanson de Clara
La jolie musique
Qui sortait de cet engin-là
C'était sa faiblesse
Elle aimait ses caresses
Le rasoir électrique
Frôlait la jambe de Clara
Ce bruit métallique
Avait l'don de me mettre hors de moi
Ce n'était pas drôle
De garder mon self-control
Le rasoir électrique
Me rendait dingue mais Clara
N'prenait au tragique
Ni mes angoisses ni mes a-
Mours un jour quand même
Je lui ai dit je t'aime
Sous l'rasoir électrique
Tu n'as rien entendu Clara
Tu n'as rien entendu Clara
Tu n'as rien entendu Clara
Note :
El ángel exterminador (1962) de Luis Buñuel, est consultable en VO, non-sous titré sur Youtube, sauf erreur, dans la séquence à laquelle Serge Gainsbourg fait référence, il s'agit en fait d'un homme qui se passe un rasoir électrique sur la jambe ! La mémoire enjolive les détails :-)
Sources et références :
Wikipédia - L'ange exterminateur - Le disque Gainsbourg confidentiel -
19 juillet 2012
13 juillet 2012
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