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9 juin 2026

David & Dominique : "Avant le cinéma" : chanson #192 / Le cinéma en chansons



Avant le cinéma, poème de Guillaume Apollinaire (écrit en 1917), musique de David Jisse, chanté par David Jisse et Dominique Marge (1971). La chanson fut le générique du Cinéma des cinéastes de Claude-Jean Philippe, émission diffusée sur France Culture dans les années 70 (david-jisse.com)
Francis Poulenc a mis en musique Avant le cinéma en 1931 dans le cycle de mélodies Quatre poèmes de Guillaume Apollinaire, chanté notamment par Pierre Bernac 

17 août 2025

Monique Morelli "Ballade du concours de Blois" : chanson #161

Morelli - Musique de Leonardi – François Villon
Chevance, 1974

Ballade Du Concours De Blois
, poème François Villon (1431-1463?), musique de Lino Leonardi (1928-2005), adaptation Philippe Gavardin, chant Monique Morelli (1923-1993)

9 août 2025

Agnès Capri "Adrien " : chanson #160

Agnès Capri
photo : Boris Lipnitzki / Roger-Viollet - 1934

Adrien, sur un poème de Jacques Prévert ; musique de Christiane Verger ; Agnès Capri (1907-1976) ; Roger Sarbib, piano. - disque 78 tours Columbia DF2009 - enr. 1936

7 mars 2025

Ramón Muntaner : "Escric el nom" (Paul Eluard) : chanson #146


Lluis Llach, Raimon, Pau Riba, Ramon Muntaner,
Coses – La Cançó Catalana (Movieplay, 1977)

Escric el nom [J'écris ton nom], par Ramón Muntaner (1950-2021), d'après le poème Liberté de Paul Eluard (1895-1952), adaptation en catalan par Pere Quart (Joan Oliver i Sallarès) (1899-1986), musique Ramón Muntaner

4 mars 2025

Béatrice Arnac "Enfance" : chanson #145

Béatrice Arnac – N°2
(Chansons d'Orphée, 1962)


Enfance, par Béatrice Arnac, poème de Arthur Rimbaud, musique de Christiane Verger
Vidéo : RTF - Age tendre et tête de bois - 27 février 1962 - Présentateur : Albert Raisner


Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fait rougir.
Il y a une horloge qui ne sonne pas.
Il y a une fondrière avec un nid de bêtes blanches.
Il y a une cathédrale qui descend et un lac qui monte.
Il y a une petite voiture abandonnée dans le taillis, ou qui descend le sentier en courant, enrubannée.
Il y a une troupe de petits comédiens en costumes, aperçus sur la route à travers la lisière du bois.
Il y a enfin, quand l'on a faim et soif, quelqu'un qui vous chasse.
Arthur Rimbaud, Les Illuminations, Enfance, III



26 février 2025

Pierre Seghers, un poète en chansons #15

Poète et éditeur, Pierre Seghers (1906-1987), fut un résistant de la première heure, proche de Paul Eluard, Robert Desnos, Louis Aragon et René Char. A la Libération, il créé la célèbre collection de poche Poètes d'aujourd'hui. En 1962, il fait entrer la chanson dans cette collection, d'abord avec Léo Ferré, puis avec Georges Brassens, Jacques Brel et Charles Aznavour.
Ses textes furent notamment mis en musique par Louis Durey, Henri Sauguet et Joseph Kosma, et en chanson par Léo Ferré, Philippe-Gérard, Yanis Spanos, Jacques Louissier, et portés par de nombreux interprètes de la chanson poétique : Jacques Douai, Germaine Montero, Marc Ogeret, Hélène Martin, Pia Colombo, Catherine Sauvage, James Ollivier, Francesca Solleville, Juliette Gréco, Béatrice Arnac, ...  un répertoire assez conséquent qui ne se résume pas au fameux Merde à Vauban.

Tzigane : chanson #143


Hélène Martin - à travers chant - 
Disques du Cavalier, 1975

Tzigane, poème de Pierre Seghers (1906-1987), mis en chanson et chanté par Hélène Martin (1928-2021), à la guitare : Jean-Guy Coulange.

20 janvier 2020

Propaganda "A dream within a dream" : chanson #130

Inception, symbolisme et synthpop allemande 



Propaganda est un groupe allemand de new wave synthpop originaire de Düsseldorf, formé en 1982 par la chanteuse Claudia Brücken, le batteur Michael Mertens et les claviéristes Susanne Freytag et Ralf Dorper.
Vers 1984, ils sont signé par ZZT Records, le label de Trevor Horn (Art Of Noise, Frankie Goes To Hollywood, ...) avec un 1er EP The Nine Lives Of Dr. Mabuse et partent s'installer au Royaume-Uni.
Wikipédia - Discogs - Allmusic -

Propaganda - Dream within a dream (poéme d'Edgar Allan Poe) - A Secret Wish (ZZT, 1985)



A DREAM WITHIN A DREAM 
Take this kiss upon the brow!
And, in parting from you now,
Thus much let me avow-
You are not wrong, who deem
That my days have been a dream;
Yet if hope has flown away
In a night, or in a day,
In a vision, or in none,
Is it therefore the less gone?
All that we see or seem
Is but a dream within a dream.

I stand amid the roar
Of a surf-tormented shore,
And I hold within my hand
Grains of the golden sand-
How few! yet how they creep
Through my fingers to the deep,
While I weep–while I weep!
O God! can I not grasp
Them with a tighter clasp?
O God! can I not save
One from the pitiless wave?
Is all that we see or seem
But a dream within a dream?
UN RÊVE DANS UN RÊVE
Tiens ! ce baiser sur ton front ! Et, à l’heure où je te quitte, oui, bien haut, que je te l’avoue : tu n’as pas tort, toi qui juges que mes jours ont été un rêve ; et si l’espoir s’est enfui en une nuit ou en un jour, – dans une vision ou aucune, n’en est-il pour cela pas moins PASSÉ ? Tout ce que nous voyons ou paraissons n’est qu’un rêve dans un rêve.



Je reste en la rumeur d’un rivage par le flot tourmenté et tiens dans la main des grains du sable d’or – bien peu ! encore comme ils glissent à travers mes doigts à l’abîme, pendant que je pleure – pendant que je pleure ! Ô Dieu ! ne puis-je les serrer d’une étreinte plus sûre ? Ô Dieu ! ne puis-je en sauver un de la vague impitoyable ? Tout ce que nous voyons ou paraissons, n’est-il qu’un rêve dans un rêve ?

traduction de Stéphane Mallarmé

Stéphane Mallarmé (1842-1898), qui fut professeur d'anglais, publia en 1889 une traduction en prose des poèmes d'Edgar Poe, dédiée à la mémoire de Charles Baudelaire, Que la Mort seule empêcha d’achever, en traduisant l’ensemble de ces poèmes, le monument magnifique et fraternel dédié par son génie à EDGAR POE..

Poèmes d'Edgar Poe, avec illustrations par Édouard Manet, Bruxelles, Edmond Deman, 1888 [wikisource]

1 janvier 2020

Edgar Allan Poe’s "Alone" : la chanson de la semaine #127

Poésie, romantisme et black metal norvégien 



Ihsahn - Alone titre bonus de l'album : "Àmr" (2018)
Chanteur, guitariste, claviériste, fondateur du groupe Emperor, Vegard Sverre Tveitan, alias Ihsahn, est un musicien norvégien de black metal progressif.
Wikipedia - Allmusic - Discogs



"Alone", poème d'Edgar Allan Poe (1809-1849)
traduction par Charles Baudelaire (1821-1867)

Alone 
From childhood’s hour I have not been
As others were—I have not seen
As others saw—I could not bring
My passions from a common spring—
From the same source I have not taken
My sorrow—I could not awaken
My heart to joy at the same tone—
And all I lov’d—I lov’d alone—
Then—in my childhood—in the dawn
Of a most stormy life—was drawn
From ev’ry depth of good and ill
The mystery which binds me still—
From the torrent, or the fountain—
From the red cliff of the mountain—
From the sun that ’round me roll’d
In its autumn tint of gold—
From the lightning in the sky
As it pass’d me flying by—
From the thunder, and the storm—
And the cloud that took the form
(When the rest of Heaven was blue)
Of a demon in my view—
Seul
Depuis l’heure de l’enfance, je ne suis pas
Semblable aux autres ; je ne vois pas
Comme les autres ; je ne sais pas tirer
Mes passions à la fontaine commune
D’une autre source provient
Ma douleur, jamais je n’ai pu éveiller
Mon cœur au ton de joie des autres
Et tout ce que j’aimai, je l’aimai seul
C’est alors — dans mon enfance — à l’aube
D’une vie de tumulte que fut puisé
A chaque abîme du bien et du mal,
Ce mystère qui toujours me retient –
Au torrent et à la fontaine
Dans la falaise rouge de la montagne –
Dans le soleil qui roule autour de moi
En son or automnal
Dans l’éclair qui volait au ciel et passait
Près de moi pour s’enfuir,
Dans le tonnerre et dans l’orage
Et dans la nuage qui prenait la forme
(Alors que le reste du ciel était bleu)
D’un démon à mes yeux.






1 novembre 2013

Veles e vents : la poésie chantée catalane #7

Vases communicants - Novembre 2013.



Marta Bramon, bibliothécaire à la bibliothèque de Banyoles, et membre de l'équipe des Musictecaris a choisi de nous présenter aujourd'hui :
Voici l'un des plus célèbres poèmes de la littérature catalane : Veles e vents [Voiles et vents] de Ausiàs March (1397-1459), mis en musique par et interprété par Raimon.



Veles e vents...

Veles e vents han mos desigs complir,
faent camins dubtosos per la mar.
Mestre i ponent contra d’ells veig armar;
xaloc, llevant los deuen subvenir
ab llurs amics lo grec e lo migjorn,
fent humils precs al vent tramuntanal
que en son bufar los sia parcial
e que tots cinc complesquen mon retorn.

Bullirà el mar com la cassola en forn
mudant color e l’estat natural,
e mostrarà voler tota res mal
que sobre si atur un punt al jorn;
grans e pocs peixs a recors correran
e cercaran amagatalls secrets:
fugint al mar, on són nodrits e fets,
per gran remei en terra eixiran.

Amor, de vós io en sent més que no en sé,
de què la part pijor me’n romandrà;
e de vós sap lo qui sens vós està.
A joc de daus vos acompararé.

[...]

Io tem la mort per no ser-vos absent,
perquè Amor per mort és anul·lats;
mas io no creu que mon voler sobrats
pusca esser per tal departiment.
Io só gelós de vostre escàs voler,
que, io morint, no meta mi en oblit;
sol est pensar me tol del món delit
-car nós vivint, no creu se pusca fer:

aprés ma mort, d’amar perdau poder,
e sia tots en ira convertit
e, io forçat d’aquest món ser eixit,
tot lo meu mal serà vós no veer.
Oh Déu, per què terme no hi ha en amor,
car prop d’aquell io em trobara tot sol?
Vostre voler sabera quant me vol,
tement, fiant de tot l’avenidor.

[...]

Amor, de vós io en sent més que no en sé,
de què la part pijor me’n romandrà;
e de vós sap lo qui sens vós està.
A joc de daus vos acompararé.

Texte établi par Oriol Bohigas, revu par Amadeu J. Soberanas et Noemí Espinàs
Voiles et vents …

Voiles et vents doivent accomplir mes désirs,
par des chemins hasardeux dans la mer.
Mistral et vent d’ouest je vois se lever contre eux
sirocco vent d’est doivent leur venir en aide
avec leurs amis vent grec et vent d’Espagne,
en priant humblement la tramontane
de souffler en leur faveur
et que tous les cinq accomplissent mon retour.

La mer se mettra à bouillir comme terrine au four
changeant de couleur et d’état naturel,
elle montrera tout le mal qu’elle veut
à ceux qui vont sur l’eau en un point du jour ;
les poissons petits et grands courront se cacher
et chercheront des refuges secrets:
fuyant la mer, qui les nourrit et les fait vivre
ils n’auront d’autre issue que la terre.

Amour, de vous je sens bien plus que je ne sais
et le pire va m’échoir ;
car, qui vous connaît, vous ignore.
Au jeu de dés je vous comparerai.

[...]

Je crains la mort pour ne pas être absent de vous,
car Amour par la mort est annulé ;
mais je ne crois pas que mon vouloir
puisse être vaincu par une telle séparation.
Je suis jaloux de votre peu de vouloir à vous
et qu’à ma mort, il ne me précipite dans l’oubli;
cette pensée seule m’ôte tout élan de vie,
car moi vivant, je ne crois pas cela possible;

Après ma mort, perdez le pouvoir d’aimer,
et que tout soit en colère changé,
et moi, contraint de quitter ce bas monde,
tout mon mal sera de ne plus jamais vous voir.
Oh, Dieu, pourquoi l’amour n’a pas de terme,
Est-ce que près de la fin, je me trouverai seul ?
Votre volonté saura quand elle voudra de moi,
craintif mais confiant dans l’avenir.

[...]

Amour, de vous je sens bien plus que je ne sais
et le pire va m’échoir ;
car, qui vous connaît, vous ignore.
Au jeu de dés je vous comparerai.

Traduction: Mary Sanchiz et Miquela Valls
source : Académie de Montpellier. Espace académique catalan. Petite anthologie des littératures occitane et catalane. Ausiàs March , Veles e vents
Ausiàs March - Wikipédia -

Vases communicants : Poesia i música a França #6: Pauvre Rutebeuf

11 octobre 2013

Voleu que vos la cante? : la poésie chantée catalane #6

Vases communicants - Octobre 2013.


Marta Bramon, bibliothécaire à la bibliothèque de Banyoles, et membre de l'équipe des Musictecaris nous présente aujourd'hui :
"Voleu que vos la cante?" [Voulez-vous que je vous la chante ?] un texte de Jacint Verdaguer (1845-1902), mis en musique et interprété par Roger Mas.
Qualifié de Príncep [prince] dels poetes catalans, Jacint Verdaguer compte parmi les poètes les plus populaires.




Voleu que vos la cante?

En aquest món tothom plora,
tothom plora dia i nit,
si no les penes passades,
les penes que han de venir.
També he plorades les mies,
mes ara ja canto i ric:
canto les glòries que espero
per los treballs que passí,
en lo camp de les espines
les flors que espero collir.
Companys meus de captiveri
no voleu cantar amb mi?
Los que plorau entre els pobres,
los que frisau entre els rics,
los que els dies del desterro
contau per los del neguit,
los passos per les caigudes,
los instants per los sospirs,
los que estau amb lo front núvol,
los que teniu lo cor trist,
voleu que jo vos la cante
la cançó del Paradís?
Voulez-vous que je vous la chante ?

Dans ce monde, tout le monde pleure
Tout le monde pleure jour et nuit
Si ce n’est pas pour les peines passées,
c’est pour les peines à venir.
J’ai pleuré aussi les miennes,
Mais à présent je chante et je ris :
Je chante les gloires que j’espère,
Les problèmes que j’ai traversé,
Dans ce champ d’épines,
J’espère cueillir des fleurs.
Mes compagnons de captivité,
Ne voulez-vous pas chanter avec moi?
Ceux qui pleurent parmi les riches,
Ceux qui pleurent parmi les pauvres,
Ceux dont les jours d’exil,
Comptent comme des jours d’anxiété,
Les marches comme des chutes,
Les instants comme des soupirs,
Ceux qui ont le front soucieux,
Ceux qui ont le coeur triste,
Voulez-vous que je vous la chante
la chanson du Paradis ?



Sources et références
Jacint Verdaguer - Wikipédia -
Roger Mas - Wikipédia -

6 septembre 2013

Vinyes verdes vora el mar : la poésie chantée catalane #5

Vases communicants - septembre 2013.



Marta Bramon, bibliothécaire à la bibliothèque de Banyoles, et membre de l'équipe des Musictecaris nous présente aujourd'hui :
Vinyes verdes vora el mar, poème catalan très populaire de Josep Maria de Sagarra (1894-1961).
Il est interprété par Ovidi Montllor (1942-1995), chanteur et acteur originaire de Valence, accompagné par le guitariste Toti Soler.
Album : "Ovidi montllor diu Sagarra" (Dahíz Produccions, 2000)



Vinyes verdes vora el mar,
ara que el vent no remuga,
us feu més verdes i encar
teniu la fulla poruga,
vinyes verdes vora el mar.

Vinyes verdes del coster,
sou més fines que la userda.
Verd vora el blau mariner,
vinyes amb la fruita verda,
vinyes verdes del coster.

Vinyes verdes, dolç repòs,
vora la vela que passa;
cap al mar vincleu el cos
sense decantar-vos massa,
vinyes verdes, dolç repòs.

Vinyes verdes, soledat
del verd en l'hora calenta.
Raïm i cep retallat
damunt la terra lluenta;
vinyes verdes, soledat.

Vinyes que dieu adéu
al llagut i a la gavina,
i al fi serrellet de neu
que ara neix i que ara fina...
Vinyes que dieu adéu!

Vinyes verdes del meu cor...
Dins del cep s'adorm la tarda,
raïm negre, pàmpol d'or,
aigua, penyal i basarda.
Vinyes verdes del meu cor...

Vinyes verdes vora el mar,
verdes a punta de dia,
verd suau cap al tard...
Feu-nos sempre companyia,
vinyes verdes vora el mar!
Vignes vertes de bord de mer,
Quand le vent ne marmonne pas,
vous devenez plus vertes et plus encore
votre feuille craintive,
Vignes vertes de bord de mer

Vignes vertes des coteaux,
vous êtes plus fines que la luzerne.
Vert sur bleu marine,
vignes au fruit vert,
vignes vertes des coteaux.

Vignes vertes, doux repos,
près de la voile qui passe,
Votre corps se courbe vers la mer,
mais pas trop,
vignes vertes, doux repos.

Vignes vertes, solitude
Dans le vert à l’heure chaude.
Grappes de raisins et ceps
sur le sol lumineux;
vignes vertes, solitude.

Vignes qui disent adieu
au voilier et à la mouette,
et à la fine couche de neige
qui née et qui meurt...
Vignes qui disent adieu !

Vignes vertes de mon cœur...
Dans votre cep s’endort l’après-midi,
raisin noir, feuille d'or,
eau, roche et effroi.
Vignes vertes de mon cœur...

Vignes vertes de bord de mer,
Plus vertes au point du jour,
vert tendre dans la soirée ...
Offrez-nous toujours votre compagnie
vignes vertes de bord de mer!

2 août 2013

L'amor és Déu en barca : la poésie chantée catalane #4

Vases communicants - août 2013.



Marta Bramon, bibliothécaire à la bibliothèque de Banyoles, et membre de l'équipe des Musictecaris nous présente aujourd'hui :
L'amor és Déu en barca [L'amour c’est Dieu dans une barque], un court poème d'Enric Casasses, mis en musique et chanté par Miquel Gil. Album Orgànic (Sonifolk, 2001 ; Galileo, 2004)
Enric Casasses récite souvent sa poésie dans des spectacles surréalistes accompagné par le musicien catalan du Nord, Pascal Comelade.



L'amor és Déu en Barca

D'acord, no ens entenem
ni ens sabem estimar,
la por si l'aprofites
es torna cerimònia.

La carta que ara ve
ja la'n puc destapar,
l'amor és ritual,
el ritual és la vida,
la vida anar tirant.

La vida anar tirant,
l'amor és pa amb formatge,
el pa amb formatge és vida,
la vida anar paint.

L'amor és Déu en barca,
la vida és un naufragi
en un got de vi blanc,
l'amor és caure al toll
i trobar-hi l'amor.
L'amour c'est Dieu dans une barque

D’accord, on ne se comprend pas,
et on ne s’aime pas,
la peur si tu t’en sers
Cela devient une cérémonie.

La carte qu’on m’a donné
Je peux la découvrir maintenant,
l'amour est rituel
le rituel est la vie,
la vie défile.

La vie défile,
L’amour est pain et fromage,
Le pain et le fromage c'est la vie,
la vie on la digère.

L'amour c’est Dieu dans une barque,
la vie est un naufrage
dans un verre de vin blanc,
l’amour c'est tomber dans l’étang
et là y trouver l'amour.


Enric Casasses - Wikipédia -
Miquel Gil - Wikipédia - Site web -
Paroles de la chanson sur Viasona

5 juillet 2013

Posseït : la poésie chantée catalane #3

Avec cette édition de Juillet des Vases communicants, nous poursuivons la découverte de la poésie chantée catalane.



Marta Bramon, bibliothécaire à la bibliothèque de Banyoles, et membre de l'équipe des Musictecaris nous présente aujourd'hui Posseït [Possédé], un petit texte du poète contemporain Gabriel Ferrater (1922-1972), chanté par Miguel Poveda, sur une musique de Juan Gómez "Chicuelo".

L’album Desglaç [Dégel] de Miguel Poveda, sorti en 2005, est une collection de textes de poètes catalans contemporains (Jacint Verdaguer, Joan Margarit, Maria Mercè Marçal, Joan Brossa o Sebastià Alzamora) qui n’avaient jamais été chanté auparavant. Comme c’est l’unique fois où le chanteur de flamenco utilise la langue catalane, sa démarche a été particulièrement bien accueillie en Catalogne.


Gabriel Ferrater, s'est suicidé en 1972, il était très populaire et reconnu par le milieu intellectuel catalan.
Son oeuvre : Les dones i els dies, Da nuces pueris (1960), Menja't una cama (1962), Teoria dels cossos (1966) compte parmi les œuvres poétiques majeures de la littérature catalane de l'après-guerre.
Les dones i els dies [Les Femmes et les jours]) est disponible en édition française aux éditions du Rocher (Coll. Anatolia), traduite par William Cliff.

Montserrat Roser i Puig, Eroticism in the poetry of Gabriel Ferrater, University of Kent at Canterbury :
Dans Possédé, la mort est en même temps assimilée à la paix, et en même temps, elle se révèle incapable de la délivrer. Significativement, l’un des deux amants meurt et l’autre continue dans une quête de réalisation encore plus sexuelle.


(Traduction proposée à titre indicatif, réalisée avec l'aide de Martha Bramon)

Posseït

Sóc més lluny que estimar-te. Quan els cucs
faran un sopar fred amb el meu cos
trobaran un regust de tu. I ets tu
que indecentment t´has estimat per mi
fins al revolt: saciada de tu,
ara t´excites, te m´en vas darrera
un altre cos, i em refuses la pau.
No sóc sinó la mà amb què tu palpeges.
Possédé

C’est beaucoup plus que de t’aimer. Quand les vers
Feront un dîner froid avec mon corps
Ils trouveront un arrière-goût de toi. Et toi
qui indécemment t’aimais toi-même par moi
jusqu'au virage : rassasiée de toi,
excitée, tu t'en vas en quête
d’un autre corps, et moi qui refuse la paix.
Je ne suis que la main avec laquelle tu touches.

Sources et références :
Wikipédia : Gabriel Ferrater - Miguel Poveda -
L'album Desglaç - Mondomix - Wikipédia -

22 juin 2013

Conneries : chanson de la semaine #124

Arthur Rimbaud - John Zorn - Mathieu Amalric


L'album Rimbaud (Tzadik, 2012) du compositeur et saxophoniste de jazz John Zorn est constitué d'une suite en 4 parties : Bateau ivre, A season in hell, Illuminations et Conneries. Alors que les 3 premiers titres sont des instrumentaux, le dernier a été enregistré avec la participation du comédien Mathieu Amalric, John Zorn assurant la partie instrumentale : saxophone alto, piano, orgue, guitare, batterie, bruitages.

Conneries est le titre générique donné par Arthur Rimbaud à trois textes : Jeune goinfre, Paris, Cocher ivre et fait partie des poèmes rassemblés sous l'appellation "poèmes zutiques". Mathieu Amalric déclame ici également des bribes et des fragments d'autres textes du même album zutique. Des pièces qui ont été écrites en 1871- 1872, juste après la Commune de Paris, au ton parodique (Fête galante), obscène et scatologique (Sonnet du trou du cul), et dont la violence transgressive annonce et ouvre la voie à Antonin Artaud, Georges Bataille, et Jean Genet, ...




(Cocher ivre)
Pouacre
Boit :
Nacre
Voit :

[...]
Femme
Tombe :
[...]
Saigne :
— Clame !
Geigne.

***
(Remembrances du vieillard idiot)
[...] — oh ! non ! —
Pour avoir le bout gros, noir et dur de mon père,
Dont la pileuse main me berçait !...
Je veux taire
[...] Pardon, mon père !

***
(Le balai)
C'est un humble balai de chiendent, trop dur
Pour une chambre ou pour la peinture d'un mur. [...]
J'aime de cet objet la saveur désolée
Et j'en voudrais laver tes larges bords de lait,[...]


***
(Les soirs d'été...)
[...] Suceurs du brûle-gueule ou baiseurs du cigare,
[...]
Les soirs d'été, sous l'œil ardent des devantures
Quand la sève frémit sous les grilles obscures
Irradiant [...] Hors [...] Dans [...] — Tandis [...]
[...] propre qui bruit [...] l'onde humaine,
— Et que l'âpre aquilon n'épargne aucune veine.

***
(Remembrances du vieillard idiot)
Pardon, mon père !
[...]
Je cherchais, non le tir banal où tout coup gagne,
Mais l'endroit plein de cris où les ânes, le flanc
Fatigué, déployaient ce long tube sanglant
[...]
Et puis ma mère,
Dont la chemise avait une senteur amère
Ma mère qui montait au lit
[...]ma mère, avec sa cuisse
De femme mûre, avec ses reins très gros où plisse
Le linge, me donna ces chaleurs que l'on tait !...
[...]
Ô pardon !
Je songeais à mon père parfois : [...]
— Car un père est troublant ! — [...]
Son genou, câlineur parfois ; son pantalon
Dont mon doigt désirait ouvrir la fente... — oh ! non !
[...]
La Sainte-Vierge et le crucifix...[...]
Puis ! — qu'il me soit permis de parler au Seigneur ! —
Pourquoi la puberté tardive et le malheur
Du gland tenace et trop consulté ?
[...] Pardonné ?... [...] Ô cette enfance !
— et tirons-nous la queue !

***
(Hypotyposes saturniennes, ex Belmontet.)
[...] Sur le volcan des nations ! [...]

***
(L'Idole - Sonnet du Trou du Cul)
Des filaments pareils à des larmes de lait
Ont pleuré, sous le vent cruel qui les repousse,
À travers de petits caillots de marne rousse
Pour s'aller perdre où la pente les appelait.

***
(Lys)
Ô balançoirs ! ô lys ! clysopompes d'argent !
[...]
L'aurore [...]
Une douceur de ciel beurre vos étamines !

***
(Les Lèvres closes - Vu à Rome)
Il est, à Rome, à la Sixtine,
Couverte d'emblèmes chrétiens,
Une cassette écarlatine
Où sèchent des nez [...]
De l'immondice [...]
Tous les matins, on introduit [...] schismatique [...] livide [...]

***
(Je préfère sans doute...)
[...]
Où des marronniers nains bourgeonne la baguette,
Vers la prairie étroite et communale, au mois
De mai. [...]

***
(Fête galante)
Rêveur, Scapin
Gratte un lapin
Sous sa capote.

Colombina,
— Que l'on pina ! —
— Do, mi, — tapote

L'œil du lapin
Qui tôt, tapin,
Est en ribote...

***
(J'occupais un wagon de troisième)
J'occupais un wagon de troisième ; un vieux prêtre
Sortit un brûle-gueule et mit à la fenêtre,
Vers les brises, son front très calme aux poils pâlis.
Puis ce chrétien, bravant les brocards impolis,
S'étant tourné, me fit la demande énergique
Et triste en même temps d'une petite chique
De caporal, — ayant été l'aumônier-chef
D'un rejeton royal condamné derechef ; —
Pour malaxer l'ennui d'un tunnel, sombre veine
Qui s'offre aux voyageurs, [...].

***
(État de siège ?)
La lune se bercer parmi la verte ouate,
Malgré l'édit et l'heure encore délicate,
Et que l'omnibus rentre à l'Odéon, impur
Le débauché glapit au carrefour obscur !

***
(Vieux de la vieille !)
Aux paysans de l'empereur !
À l'empereur des paysans !
Au fils de Mars,
Au glorieux 18 mars !
Où le ciel d'Eugénie a béni les entrailles !

***
(Hypotyposes saturniennes, ex Belmontet.)
Quel est donc ce mystère impénétrable et sombre ?
Pourquoi [...]
L'amour veut vivre aux dépens de sa sœur,
L'amitié vit aux dépens de son frère.

***
(Les anciens animaux...)
Au moyen âge pour la femelle, ange ou pource,
Il fallait un gaillard de solide grément :
[...]
D'ailleurs l'homme au plus fier mammifère est égal ;
L'énormité de leur membre à tort nous étonne ;
Mais une heure stérile a sonné : le cheval

Et le bœuf ont bridé leurs ardeurs, et personne
N'osera plus dresser son orgueil génital
Dans les bosquets ou grouille une enfance bouffonne.

***
(Nos fesses ne sont pas les leurs.)
Nos fesses ne sont pas les leurs.
[..]
Plus ferme, blême en bien des cas, il est pourvu
De méplats évidents que tapisse la claie
Des poils ; [...]

Wikipédia - Rimbaud (Album)
Arthur Rimbaud - Poèmes zutiques et para-zutiques

15 juin 2013

Avec moi dieu-le-chien : chanson de la semaine #123

Avec moi dieu-le-chien est un poème d'Antonin Artaud, tiré du recueil L'Ombilic des limbes (1925), mis en musique et interprété par Les Têtes Raides et son chanteur Christian Olivier.
Le nouvel album Corps de Mots (Tôt ou tard, 2013) est ainsi dédié aux textes de poètes, pour beaucoup écorchés ou maudits, du XIXe et du XXe siècle : Je voudrais pas crever de Boris Vian, Le Condamné à Mort de Jean Genet, On ne quitte pas son ami de Robert Desnos, et bien d'autres poèmes d 'Arthur Rimbaud, Lautréamont, Guillaume Apollinaire, Roland Dubillard, Raymond Queneau, Marina Tsvetaïeva, Philippe Soupault, sans oublier, en intrus ou en contrepoint, la reprise du Love Me Tender d'Elvis Presley.

Avec moi dieu-le-chien, et sa langue
qui comme un trait perce la croûte
de la double calotte en voûte
de la terre qui le démange.

Et voici le triangle d’eau
qui marche d’un pas de punaise,
mais qui sous la punaise en braise
se retourne en coup de couteau.

Sous les seins de la terre hideuse
dieu-la-chienne s’est retirée,
des seins de terre et d’eau gelée,
qui pourrissent sa langue creuse.

Et voici la vierge-au-marteau,
pour broyer les caves de terre
dont le crâne du chien stellaire
sent monter l’horrible niveau.

***

Antonin Artaud - Wikipédia -
Les Têtes Raides - Wikipédia -

7 juin 2013

"Cançó de Na Ruixa Mantells" : la poésie chantée catalane #2

L' édition de juin des Vases communicants nous permet de poursuivre notre découverte de la poésie chantée catalane. Marta Bramon, bibliothécaire à la bibliothèque de Banyoles, et membre de l'équipe des Musictecaris nous présente ainsi une nouvelle chanson manquante du patrimoine culturel catalan :

"Cançó de Na Ruixa Mantells" est un poème de Miquel Costa i Llobera (1854-1922), mis en musique et interprété par Maria del Mar Bonet.


"Ruixa Mantells" est le nom d'une grotte sur le rivage de l'île de Majorque (Mallorca). Une ancienne croyance populaire rapporte qu'une sorcière vivait là, portant aussi le nom de "Ruixa Mantells". Elle ensorcelait les marins pour les emmener à leur perte. Si le poème original parle davantage de la sorcière, son adaptation en chanson par Maria del Mar Bonet s'attache particulièrement au tourment d'une femme de marin conduite à la folie et à la mort par la disparition de son amant.
Une belle chanson sur le thème du naufrage, une manière poétique et fantastique d'évoquer la mort des marins disparus en mer.

La vidéo présente un extrait du ballet "Jardí Tancat" (Jardin fermé) créé en 1983 par le chorégraphe espagnol Nacho Duato sur les musiques de Maria del Mar Bonet.



Cançó de Na Ruixa-mantells

Passant gemegosa, com fa la gavina,
qui volta riberes i torna a voltar,
anava la boja del Camp de Marina,
vorera del mar.

Descalça i coberta de roba esquinçada,
corria salvatge, botant pels esculls;
i encara era bella sa testa colrada,
la flor de sos ulls.


Color de mar fonda tenia a les nines,
corona se feia de lliris de mar,
i arreu enfilava cornets i petxines,
per fer-se'n collars.

Així tota sola, ran ran de les ones,
ja en temps de bonança, ja en temps de maror,
anava la trista cantant per estones
l'estranya cançó.

"La mar jo avorria, mes ja l'estim ara,
des que hi té l'estatge l'amor que em fugí.
No tenc en la terra ni pare ni mare,
mes ell és aquí!"

"La mar el volia, jamai assaciada
de vides, fortunes, tresors i vaixells;
i d'ell va fer presa dins forta ventada
Na Ruixa-mantells".

Un vespre d'oratge finí son desvari:
son cos a una cala sortí l'endemà;
i en platja arenosa, redós solitari,
qualcú l'enterrà.

No té ja sa tomba la creu d'olivera,
mes lliris de platja bé en té cada estiu,
i sols ja hi senyala sa petja lleugera
l'aucell fugitiu...

Cançó de Na Ruixa-mantells

Passant gémissante, comme fait la mouette, qui tourne allant et venant au rivage,
La folle du Camp de Marina,
Est venue sur la plage.

Les pieds nus et vêtue d’une robe en lambeaux,
elle courrait comme une sauvage, sautant aux travers des récifs,
Sa figure halée était encore belle,
avec une fleur dans ses yeux.

Le bleu profond de la mer avait la couleur de ses pupilles,
Elle portait une couronne de lys de mer,
Et ramassait des coquillages pour s’en faire des colliers.

Si seule, elle traversait les vagues,
Par beau temps comme par mauvaise marée,
Triste, et parfois chantant
cette étrange chanson :

“Je haissais la Mer, mais je la chéris à présent,
Car elle est la demeure de l’amant qui m’a fui.
Je n'ai pas dans les terres, ni père, ni mère
mais lui, il est là! "

"La mer l'a voulu, la mer veut toujours plus
de vies, de fortunes, de trésors et de navires;
et il a été emmené dans le vent fort
par Ruixa-mantells. "

Son délire s’acheva un soir de beau temps:
son corps apparu dans une crique le lendemain;
sur une plage de sable, dans un refuge solitaire,
quelqu'un l'a enterré.

Il n’y a plus de croix d’olivier sur sa tombe,
mais il s’y dépose des lys de mer chaque été,
et l'empreinte légère
de l'oiseau fugitif...

Références :

Miquel Costa i Llobera - Wikipédia - Catalan Literature Online
Maria del Mar Bonet - Wikipédia - Nacho Duato - Wikipédia - Le poème dans sa version complète -