Enfance, par Béatrice Arnac, poème de Arthur Rimbaud, musique de Christiane Verger Vidéo : RTF - Age tendre et tête de bois - 27 février 1962 - Présentateur : Albert Raisner
Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fait rougir.
Il y a une horloge qui ne sonne pas.
Il y a une fondrière avec un nid de bêtes blanches.
Il y a une cathédrale qui descend et un lac qui monte.
Il y a une petite voiture abandonnée dans le taillis, ou qui descend le sentier en courant, enrubannée.
Il y a une troupe de petits comédiens en costumes, aperçus sur la route à travers la lisière du bois.
Il y a enfin, quand l'on a faim et soif, quelqu'un qui vous chasse.
Come il mare [Comme la mer], par Alice et Mino Di Martino, d'après des fragments de poèmes d'Arthur Rimbaud et de Paul Verlaine, librement adaptés en italien par Mino Di Martino, et Terra Di Benedetto
Sur la place taillée en mesquines pelouses, Square où tout est correct, les arbres et les fleurs, Tous les bourgeois poussifs qu'étranglent les chaleurs Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses.
− L'orchestre militaire, au milieu du jardin, Balance ses schakos dans la Valse des fifres : − Autour, aux premiers rangs, parade le gandin ; Le notaire pend à ses breloques à chiffres.
Des rentiers à lorgnons soulignent tous les couacs : Les gros bureaux bouffis traînent leurs grosses dames Auprès desquelles vont, officieux cornacs, Celles dont les volants ont des airs de réclames ;
Sur les bancs verts, des clubs d'épiciers retraités Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme, Fort sérieusement discutent les traités, Puis prisent en argent, et reprennent : "En somme !..."
Épatant sur son banc les rondeurs de ses reins, Un bourgeois à boutons clairs, bedaine flamande, Savoure son onnaing d'où le tabac par brins Déborde − vous savez, c'est de la contrebande ; −
Le long des gazons verts ricanent les voyous ; Et, rendus amoureux par le chant des trombones, Très naïfs, et fumant des roses, les pioupious Caressent les bébés pour enjôler les bonnes...
− Moi, je suis, débraillé comme un étudiant, Sous les marronniers verts les alertes fillettes : Elles le savent bien ; et tournent en riant, Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes.
Je ne dis pas un mot : je regarde toujours La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles : Je suis, sous le corsage et les frêles atours, Le dos divin après la courbe des épaules.
J'ai bientôt déniché la bottine, le bas... − Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres. Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas... − Et mes désirs brutaux s'accrochent à leurs lèvres...
Arthur Rimbaud, Poésies (vers 1870)
"A la musique" chanté et mis en musique par Kirjuhel
source : Arthur Rimbaud : Poètes & chansons (par Chris Papin, Catherine Le Forestier, Patrick Janvier, ... [et al.], EMP, 2004