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2 juin 2011

Les ingénus : chanson de la semaine #60



Le poème de Paul Verlaine Les Ingénus appartient au recueil Fêtes galantes (1869), un cycle de 22 poèmes évoquant le XVIIIe siècle rococo tel que figuré par le peintre Antoine Watteau (1684-1721).
Claude Debussy a mis en musique quelques textes de ce recueil en deux cycles :
Fêtes galantes I (no. 1. En sourdine ; no. 2. Fantoches ; no. 3. Clair de lune) (1891)
Fêtes galantes II (no. 1. Les ingénus ; no. 2. Le faune ; no. 3. Colloque sentimental) (1904)
Interprétation : Maggie Teyte, soprano - Alfred Cortot, piano



Les ingénus

Les hauts talons luttaient avec les longues jupes,
En sorte que, selon le terrain et le vent,
Parfois luisaient des bas de jambes, trop souvent
Interceptés ! — et nous aimions ce jeu de dupes.

Parfois aussi le dard d’un insecte jaloux
Inquiétait le col des belles, sous les branches,
Et c’étaient des éclairs soudains de nuques blanches
Et ce régal comblait nos jeunes yeux de fous.

Le soir tombait, un soir équivoque d’automne :
Les belles, se pendant rêveuses à nos bras,
Dirent alors des mots si spécieux, tout bas,
Que notre âme depuis ce temps tremble et s’étonne.

Wikipédia : Paul Verlaine
Wikisource : Les fêtes galantes
Wikipédia : Claude Debussy

Illustration : Jean-Antoine Watteau, Récréation galante (1718-1720), Staatliche Museen, Berlin
http://www.deezer.com/listen-3288271

23 avril 2007

Rameau et la musique au siècle des Lumières : histoire de la musique française

Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
Rameau figure parmi les plus grands musiciens du XVIIIe siècle, c'est également un théoricien majeur de la musique. Il est contemporain de Jean-Sébastien Bach, d’Antonio Vivaldi.
Né à Dijon, où son père était organiste, Rameau voyage en Italie à l'âge de 18 ans puis s'installe à Paris où il compose son Premier Livre de pièces de clavecin (1706). Il est employé comme organiste dans plusieurs villes françaises, notamment à Dijon, et Clermont-Ferrand, où il demeure jusqu'en 1722, et rédige son Traité de l'harmonie réduite à ses principes naturels (1722). En 1723, il revient à Paris, il enseigne le clavecin et la théorie musicale, publiant en 1726 le Nouveau Système de musique théorique.
Interprète, compositeur et théoricien de la musique, il ne vient à l'opéra que tardivement, à 48 ans. Son premier opéra, Samson (1731), sur un livret proposé par Voltaire, est censuré.

Rameau se trouvera au cours de sa carrière mêlé malgré lui à deux controverses :

La querelle des lullistes et des ramistes
Sa musique est d'abord violemment critiquée par les admirateurs de Lully, qui considèrent le modernisme de Rameau comme une trahison. Rameau s'inscrit malgré ses audaces dans la continuité de Lully. C’est la tragédie en musique Dardanus qui fait donc éclater en 1739 cette polémique. Elle rappelle dans sa forme la fameuse querelle des anciens et des modernes qui avait partagée le monde littéraire vers 1670. Diderot donne de cette querelle musicale une description savoureuse dans un de ses meilleurs ouvrages : le Neveu de Rameau.
La querelle des Bouffons
Dans les années 1750, Rameau est de nouveau pris à parti lors de la querelle des Bouffons par Rousseau et d'autres partisans de la musique italienne comme le Comte de Grimm. Cette violente polémique se développe à l'occasion de la présence à Paris d'une troupe d'opéra comique italien venue représenter La Serva padrona (La maîtresse servante) de Pergolèse.

« Je crois avoir fait voir qu'il n'y a ni mesure ni mélodie dans la musique française parce que la langue n'en est pas susceptible ; que le chant français n'est qu'un aboiement continuel, insupportable à toute oreille non prévenue ; que l'harmonie en est brute, sans expression, et surtout uniquement en remplissage d'écolier ; que les airs français ne sont point des airs ; que le récitatif français n'est point du récitatif. D'où je conclu que les Français n'ont point de musique et n'en peuvent avoir, ou que, si jamais ils en ont une, ce sera tant pis pour eux. » Jean-Jacques Rousseau (1753)

Les propos de Rousseau sont surtout le signe d'une aigreur, il a composé un opéra « Le devin du village » qui n'a pas marché. Il règle ses comptes dans ses écrits sur la musique, dans des articles édités dans l'encyclopédie Diderot et d'Alembert, et dans son dictionnaire de la musique. Il écrit beaucoup sur la musique, notamment dans son traité sur l'origine des langues, dont le sous-itre est "Où il est parlé de la Mélodie et de l'Imitation musicale".
Ces virulentes polémiques n'éclipsent pas le succès de Rameau en tout cas pas dans l'immédiat. Après la Révolution de 1789, cette musique deviendra peu à peu le symbole des valeurs aristocratiques de l'ancien régime qui a été renversé : une musique décrétée précieuse, maniérée en un mot désuète.
Elle ne sera vraiment réhabilitée, (malgré l'admiration que lui vouait Debussy) qu'à la fin du 20 siècle, au début des années 1980, grâce à Philippe Beaussant et à William Christie.
Rameau meurt à 81 ans, pendant les répétitions de son dernier opéra, les Boréades (1764). Outre les tragédies lyriques comme Hippolyte et Aricie (1733), Castor et Pollux (1737), Zoroastre (1749), Rameau composa des opéras-ballets, dont les Indes galantes (1735). La musique de Rameau est dédiée à la danse. Outre ses opéras-ballets, il écrit des partitions de ballet pur, et ses quelque trente ouvrages scéniques font une large place à la chorégraphie.
Discographie disponible à la Médiathèque de Dole
Castor & Pollux : tragédie lyrique en un prologue et cinq actes / Pierre Joseph Bernard, livret ; Howard Crook, Jérôme Corréas, Agnès Mellon... [et al.], chant ; Les Arts Florissants ; William Christie, dir. - Harmonia Mundi 1993

Hippolyte et Aricie : tragédie en musique en cinq actes et un prologue / Simon-Joseph Pellegrin, livret ; Véronique Gens, Jean-Paul Fouchécourt, Bernarda Fink... [et al.], chant ; Ensemble Vocal Sagittarius ; Les Musiciens du Louvre ; Marc Minkowski, dir. - Detsche Grammophon : UNiversal, 1995

Castor et Pollux : version de chambre de 1754 / Christophe Einhorn, Jérôme Corréas, Cyrille Gerstenhaber... [et al.] ; XVIII-21, Musique des Lumières, ens. instr. ; Jean-Christophe Frisch, dir.- Astrée : Naïve, 1998

Les fêtes d'Hébé ou les Talens Lyriques : opéra-ballet en un prologue et trois entrées /Daneman, Connolly, Fouchécourt...[et al.], chant ; Les Arts Florissants ; William Christie, dir. - Erato : Warner Music, 1998

Les Indes Galantes / Claron McFadden ; Sandrine Piau ; Isabelle Poulenard, chant ; Myriam Gevers, 1er violon ; Les Arts Florissants, ens. vocal et instr. ; William Christie, dir.. - Harmonia Mundi 1999

Pygmalion : acte du ballet ; Nélée et Myrtis : acte de ballet/ Choeur et orchestre Les Arts Florissants ; William Christie, dir. - Harmonia Mundi, 1999

Pièces de clavecin en concerts / Les Nièces de Rameau. - Accord, 1999

Les grands motets / Suzanne Gari, S ; Lieve Monbaliu, S ; Henri Ledroit, CT ; Guy de Mey, T ; Stephen Varcoe, BAR ; Peter Kooy, B ; La Chapelle Royale, choeur ; Philippe Herreweghe, dir. - Harmonia Mundi, 2000

Dardanus / John Mark Ainsley, Véronique Gens et Laurent Naouri, voix ; Les Musiciens du Louvre, orch. ; Marc Minkowski, dir. - Deutsche Grammophon : Universal Music, 2000

Platée : ballet bouffon en 1 prologue et 3 actes / Jean-Philippe Rameau ; Gilles Ragon, Jennifer Smith, Guy de Mey, ... et al., chant ; Ensemble vocal Françoise Herr ; Les musiciens du Louvre ; Marc Minkowski, dir. - Erat : Warner Music, 2001

Nouvelle suites / Jean-Philippe Rameau. Hommage à Rameau / Claude Debussy ; Alexandre Tharaud, p. - Harmonia Mundi, 2001

Naïs & Zoroastre : suites orchestrales / Orchestra of the Eighteen Century ; Frans Brüggen, dir. - Harmonia Munid, 2001

Une symphonie imaginaire [une sélection d'oeuvres orchestrales et de ballets] / Les Musiciens du Louvre (Grenoble) ; Marc Minkowski, dir. - Deutsche Grammophon, 2005

Le berger fidèle ; Thétis ; & pièces en concerts /Karine Deshayes, S ; Alain Buet, B ; Benjamin Lazar, récitant ; Les Musiciens de Monsieur Croche. - Alpha, 2005

28 mars 2007

La Renaissance : musique française #8

Où est née la Renaissance ?
En Italie : à Florence, Rome, Venise, Milan. On peut la faire débuter vers 1350 avec 2 grands auteurs : Pétrarque et Boccace. Mais son véritable age d’or se situe entre 1450 et 1500 que l'on nomme le "Quattrocento".
Pour Jean Delumeau, la Renaissance est «l’époque où la civilisation de l’Europe a de façon décisive distancée les civilisations parallèles. » Une assertion qui pourrait être contestée par d'autres penseurs des civilisations.
La Renaissance commence d'abord avec une autre façon de concevoir l'histoire :
Les historiens de la Renaissance rejètent la division médiévale chrétienne de l'histoire, à savoir :
la Création, la venue de Jésus-Christ le Jugement dernier.
A la Renaissance, la vision de l'histoire comporte également trois parties : elle débute par l'Antiquité, suivie par le Moyen Âge (l'âge du milieu), et enfin l'âge d'or de la Renaissance qui vient de commencer.
Le terme de « Moyen Âge » » semble avoir été utilisé pour la première fois par Flavio Biondo de Forlí, secrétaire apostolique à Rome, dans Historiarum ab inclinatione Romanorum imperii decades (« Décades historiques depuis le déclin de l'Empire romain »), écrites dans les années 1450 et publiées en 1483. Pour cet historien humaniste, le terme évoque l'idée d'une mise entre parenthèses du temps, d'une interruption du progrès ; cette période de stagnation culturelle se situe entre la gloire de l'Antiquité classique et la renaissance de cette gloire, au début du monde moderne. C'est seulement au XVIIe siècle que l'emploi du terme se généralise.
Alors que les savants médiévaux condamnent le monde païen grec et romain, peuplé selon eux d'ignorants et de barbares, les savants, philosophes et historiens de la Renaissance admirent les Anciens.
Ils proclament leur propre époque comme celle de « la renaissance » des classiques grecs et Romains. C'est ce courant de pensée que l'on a appelé Humanisme.
Il faut aujourd'hui relativiser cette conception négative de la culture médiévale.

Quand commence la Renaissance en France ?
En 1450 avec l'imprimerie par Gutemberg ?
En 1491 avec la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb ?
Réellement plus tardivement en 1515 avec le début du règne de François 1er,(1494-1547), et la victoire de Marignan. François 1er s’empare du Milanais et rapporte dans ses bagages la culture italienne.
La Renaissance française va s’étendre sur le XVIe siècle du règne de François Ier à celui d’Henri IV.
C’est une période d’intense de création littéraire et artistique (architecture, peinture, ...) :
Quelques écrivains et poètes : Ronsard, Du Bellay, Baïf, Rabelais, Montaigne, Clément Marot

Y-a-t-il une musique de la Renaissance ?
Musicalement la Renaissance n'introduit aucune réelle rupture stylistique.
Comme on l'a vu, la Renaissance musicale reste l'œuvre de l'école franco-flamande et non d'une école italienne.
En musique, la référence à l'Antiquité est une impasse ; la raison en est simple : aucun exemple de musique grecque ou romaine n'est connu à l’époque : l'imitation des anciens s'avère donc ici impossible (à l'inverse de l'architecture et de la sculpture comme le fit l’architecte Leon Battista Alberti (1404-1472) en commentant Vitruve « De architectura » ).
Cependant, les musiciens de la Renaissance connaissent le pouvoir fabuleux accordé à la musique dans la mythologie : Orphée devient à cette époque une figure emblématique.

Jean Antoine de Baïf (1532-1589) et l’académie de musique et de poésie.
L'imitation de l'Antique, impossible en musique faute de sources trouve un accomplissement en poésie.
Ainsi Jean Antoine de Baïf veut réformer la poésie en l’associant à la musique et en réhabilitant la métrique gréco-romaine (fondée sur les syllabes longues et les syllabes brèves) ainsi va-t-il travaillé avec Claude Lejeune à des chansons en vers mesurés à l’antique.




Deux musiciens représentatifs de la Renaissance Française : Clément Janequin et Claude Le Jeune

Clément Janequin (1485-1558)
Maître de la "chanson parisienne", Janequin passe les 25 premières années de sa vie dans le Bordelais. En 1549, il s'installe à Paris et devient chantre ordinaire du roi. A l'âge de soixante-dix ans, il décide de devenir étudiant et entre à l'Université de Paris. Ses fonctions à la chapelle royale assurent son existence mais ne l'empêcheront pas de mourir dans la pauvreté.
Clément Janequin apparaît comme le maître de la chanson polyphonique du XVIe siècle, surtout dans le domaine de la musique profane. Son nom reste attaché aux Amours de Ronsard, à quelques poèmes de François Ier qu'il illustre musicalement, et à ceux également de Clément Marot.
La partie la plus originale et la plus célèbre de son œuvre est la chanson descriptive. Ce sont de grandes chansons ponctuées d'interjections, de cris, de paroles et d'onomatopées qu'on peut considérer comme les ancêtres de « la musique à programme ». Parmi celles-ci, on peut citer :
Le Chant des oiseaux, La Guerre (la bataille de Marignan), un texte truffé d'onomatopées qui ressemble à du Henri Michaux, La Chasse (« Gentils veneurs », retraçant les péripéties d'une chasse de François Ier en forêt de Fontainebleau) ; Les Cris de Paris (ceux des marchands ambulants), Le Caquet des femmes...

Ces oeuvres lui valurent une renommée européenne, alors que la France ne l'avait pas encore reconnu à sa mort. Hommage du poète Antoine le Baif à Janequin :
" ... Soit que représenter le vacarme il ose,
Soit qu'il joue en ses chants le caquet féminin,
Soit que des oisillons les voix il représente,
L'excellent Janequin, en tout cela qu'il chante
N'a rien qui soit mortel, mais il est tout divin. "


extrait de "La guerre", baptisée également "La bataille de Marignan"
France courage, courage
Donnez des horions
Chipe, chope, torche, lorgne
Pa ti pa toc tricque, trac zin zin
Tue ! à mort ; serre
Courage prenez frapez, tuez.
Gentilz gallans, soyez vaillans
Frapez dessus, ruez dessus
Fers émoluz, chiques dessus, alarme, alarme !
Courage prenez après suyvez, frapez, ruez
Ils sont confuz, ils sont perduz
Ils monstrent les talons.
Escampe toute frelore la tintelore
Ilz sont deffaictz
Victoire au noble roy Francoys
Escampe toute frelore bigot.


Une autre chanson dans un style grivois : "Frère Thibault, séjourné, gros et gras" (poème de Clément Marot)
Frere Thibault, sejourne, gros et gras,
Tiroit de nuyt une garse en chemise
Par le treillis de sa chambre, ou les bras
Elle passa, puis la teste y a mise
Et puis le seing, mais elle fut bien prise,
Car le fessier y passer ne peult onc :
"Par la mort bien, ce dict le moyne a donc,
Il ne m'enchault De bras, tetin ne teste ;
Passez le cul, ou vous retirez donc :
Je ne scauroys sans luy vous faire feste."



Claude Le Jeune (1528-1600)
Au service du duc d'Anjou, il devient vers 1594, compositeur de la chambre du roi Henri IV. Il compose des messes, motets, psaumes, airs, chansons spirituelles et profanes. Membre de l'Académie de musique et de poésie fondée par A. de Baïf, Le Jeune se consacre à la musique « mesurée », écrite dans un grand respect du texte.
Perdre le sens devant vous (extrait d'un poème de Jean-Antoine Le Baïf)
Perdre le sens devant vous,
Trembler, épris, et changer
tein et regard, et maintien :
D'où vient cela ie vous pri ?
Dequoy, coment, et pourquoy ?
Dite-le moy, dite-le moy ie vous pri'...


Discographie disponible à la Médiathèque de Dole
Psaumes et chansons de la réforme / Paschal de l'Estocart, Claude Le Jeune, Clément Janequin... ; Ensemble Clément Janequin, Dominique Visse, dir. - Harmonia Mundi, 2000
Jacques Moderne : Fricassées lyonnaises / Doulce Mémoire, Denis Raisin Dadre. - Astrée : naïve, 1996
Inconstance et Vanité du Monde : musique à la Cour de France et de Savoie en 1601 / Claude Le Jeune, Luca Marenzio ; programme conçu par Anne Quentin. - Astrée : Naïve, 2000
"Heureux qui comme Ulysse" : musiques et chants du XVIe siècle / Claude Gervaise, Claudin de Sermisy, Josquin des Prés, Gabriel Bataille, Pierre Attaingnant... ; Ensemble Jehan de Channey. - De Plein Vent, 1994
Pierre Attaingnant : imprimeur et libraire en musique du Roy : préludes, chansons et danses pour luth / Claudin de Sermisy, Pierre Moulu ; Hopkinson Smith, luth
La Chasse et autres chansons / Claude Janequin ; Ensemble Clément Janequin.- Harmonia Mundi, 1988
Airs et psaumes mesurés à l'Antique / Claude Le Jeune ; Claudine Ansermet, S ; Paolo Cherici, liuto
Le printans / Claude Le Jeune ; Huelgas Ensemble ; Paul Van Nevel, dir. - Sony Classical, 1996

21 mars 2007

L'école franco-flamande : musique française #7

La première Renaissance
On désigne par cette appellation, les musiciens du XVe et du début du XVIe siècle, originaires de la Bourgogne, du Luxembourg, des Pays-Bas, du Nord de la France, et de Belgique. Ces musiciens parlent souvent plusieurs langues : le français, le latin, l'italien, parfois flamand ; au XVe siècle, ils travaillent à la cour du Duché de Bourgogne, et au XVIe siècle sur le territoire de l’Empire de Charles Quint, mais aussi parfois à la cour des Rois de France.

Le duché de Bourgogne sous le règne de Philippe le Bon
Philippe III le Bon (1396-1467), créateur d'un des États les plus puissants de l'Europe du XVe siècle. Né à Dijon, Philippe devient duc après la mort de son père Jean sans Peur, tué par les partisans du Dauphin, le futur Charles VII. En représailles, il va s'allier à Henri V d'Angleterre, l'ennemi de la France pendant la guerre de Cent Ans. En 1430, il capture Jeanne d'Arc qu'il livre aux Anglais. À la faveur d'un retournement d'alliance, il conclu en 1435 le traité d'Arras avec le roi de France, Charles VII et reçoit en retour une grande partie de la province de Picardie. Philippe étend l'autorité bourguignonne aux Pays-Bas, en acquérant le duché de Brabant-Limbourg en 1430, le Hainaut, incluant les comtés de Frise, de Hollande et de Zélande, en 1433, le Luxembourg en 1443. En 1460, il régne sur ce qui est de nos jours la Belgique et le Luxembourg, la plus grande partie des Pays-Bas et des portions importantes du Nord et de l'Est de la France. La cour de Bourgogne est alors l'une des plus brillantes d'Europe. Mécène, Philippe le Bon favorise le travail des peintres comme Jan Van Eyck et des musiciens comme Johannes Ockeghem. Attaché aux traditions chevaleresques, Philippe le Bon créé en 1429 l'ordre de la Toison d'or, l'une des plus prestigieuses confréries de chevaliers en Europe.

Le XVe siècle est une époque charnière pour la musique.
L'art musical de cette époque se présente en effet comme un adieu au Moyen Age dont ilc onserve encore une haute spiritualité et le sens du sacré, tout en s’inscrivant déjà dans la Renaissance car la culture humaniste y est déjà présente.
On peut citer cinq grands composteurs représentatifs de cette école franco-flamande :

Guillaume Dufay (1400-1474)
Employé à la chapelle papale de Rome, puis par les ducs de Savoie, avec lesquels il voyage, il se fixe finalement à Cambrai pour y passer les trente dernières années de sa vie. On lui doit la messe de l’homme armé et de nombreux motets.

discographie :
O gemma lux : intégrale des motets isorythmiques / Huelgas-Ensemble, ens. voc. ; Paul van Nevel, dir. - Harmonia Mundi, 1999
Missa se la face ay pale / Diabolus in musica ; Antoine Guerber, direction. - Alpha, 2004
Quadrivium : Motets, vol. 1 / Cantica Symphonia ; Giuseppe Maletto, direction. - Glossa, 2005

Gilles Binchois (1400 à Mons -1460 à Soignies) Compositeur flamand, il est employé en 1430 par Philippe Le Bon du duché de Bourgogne. Il écrit de la musique sacrée et des chansons polyphoniques.

Citons quelques vers de Triste plaisir, une très belle chanson pleine d’oxymorons (figure de style consistant à réunir deux mots antinomiques ou incompatibles) : sur un rondeau de Alain Chartier :
"Triste plaisir et douloureuse joie
Apre douceur, réconfort ennuyeux,
Ris en pleurant, souvenir oublieux
M’accompagnent, combien que seul, je sois,..."

discographie :
Mon souverain desir : chansons / Ensemble Gilles Binchois ; Dominique Vellard, direction. - Virgin Classics, 1998

Johannes Ockeghem (1420 à Siant-Ghislain près de Mons -1497 à Tours)
Après avoir été chantre à la Cathédrale d'Anvers, il passe au service du duc de Bourbon, puis à la Cour de France sous le règne de plusieurs Rois (Charles VII, Louis XI, Charles VIII). Il finit sa vie, à Tours où il occupe les fonctions de chanoine et de trésorier.

discographie :
Motets ; Missa "Caput" ; Requiem (extrait) / Laudantes Consort ; Guy Janssens. - Musicalis, 1996




Josquin des Prés (ou Desprez, ou Jodocus Pratensis, ou Jodocus a Prato, ou simplement Josquin) (1440 à Beaurevoir-1524)
Musicien européen, Josquin des Prés voyagea beaucoup : Saint-Quentin, Milan, Paris, Rome.
Génie universel, Josquin occupe une position d’équilibre entre Moyen Âge et Renaissance. «Il possède dans leur plénitude, écrit Jacques Chailley, tous les caractères que l’on attribue à l’une et l’autre époque.»
Il appartient, certes, au temps des humanistes, mais il conserve une spiritualité, un sens du sacré, qui le rattache aux conceptions médiévales. Il a marqué de son empreinte profonde tous les genres qu’il a abordés (messes, motets, chansons). Une grande partie de cette production a été publiée au XVIe siècle, d’abord par le premier éditeur de l’histoire, le Vénitien Ottaviano dei Petrucci, qui réserva une place d’honneur à Josquin dans son Harmonice musices Odhecaton (à partir de 1501)

discographie :
Motets ; Missa "L'homme armé sexti toni / Laudantes Consort ; Guy Janssens. - Musicalis, 1996
Missa Pange Lingua & Motets / A Sei Voci, Maîtrise des Pays de Loire ; Bernard Fabre-Garrus. - Astrée : Naïve, 2000
Messa Ave maris Stella ; Motets à la Vièrge / ASei Voci ; Bernard Fabre-Garrus. - Astrée : Auvidis, 1993




Roland de Lassus (Orlando di Lasso) (1532 à Mons-1594 à Munich)
Très célèbre en son temps, Roland de Lassus était surnommé l'"Orphée belge" et également le "Prince de la Musique". Il accompagna Charles Quint dans ses déplacements, notamment à la Cour de Fontainebleau. Il il voyagea ensuite à travers toute l'Europe au service de nombreux protecteurs, accumulant la gloire et les honneurs. Naples, Rome, Londres, Anvers, Paris, Munich...

discographie :
Missa pro defunctis ; Prophetia Sibyllarum / The Hilliard Ensemble. - ECM, 1998
Les larmes de saint Pierre : 20 madrigaux spirituels sur des poèmes de Luigi Tansillo / Ensemble Vocal Européen ; Philippe Herreweghe, dir. - Harmonia Mundi, 2002
Les lamentations du Prophète Jérémie / Ensemble vocal européen de la Chapelle Royale, Philippe Herreweghe. - Harmonia Mundi, 1989



Les liens historiques sont dirigés vers le site wikipédia, les liens biographiques vers le site musicologie.org

17 mars 2007

L'ars subtilior : musique française #6

Un art ésotérique
Ce style subtil qui prolonge la tradition de l'Ars Nova, se développe à la fin du XIVe siècle jusqu'au début du XVe siècle. Il s'agit d'un art poétique et musical complexe et raffiné qui est pratiqué à la Cour du Duc de berry, à celle de Gaston Fébus (Gaston III de Foix-Béarn, prince de la Gascogne et du Languedoc), et à la cour papale d'Avignon. Cet art était donc réservé à une élite d'initiés. Certains historiens y trouvent l'expression d'une décadence "névrotique" par l’expression d’un maniérisme extravagant. Une sorte d'art fin de siècle, même si dans ce cas, il s'agit du XIVe ! Les compositeurs dont on a conservé les oeuvres se nommaient Baude Cordier, Solage, Johannes Ciconia...

Un exemple représentatif de ce style est la partition de Baude Cordier du rondeau Belle, bonne et sage écrite en forme de coeur que l'on trouve dans le Codex (manuscrit) de Chantilly :
Belle, bonne, sage, plaisant et gente
A ce jour cy que l'an se renouvelle
Vous fait le don d'une chanson nouvelle
Dedens mon cuer qui a vous se présente
De recepvoir ce don no soyés lente


Un autre exemple, le rondeau de Solage, le très étrange "fumeux fume..." :
Fumeux fume par fumee.
Fumeuse speculacion.
Qu'antre fummet sa pensee
Fumeux fume par fumee.

Discographie
Ars Subtilior, du style gothique à la Pré-Renaissance [anthologie]. - Harmonia Mundi, 2005 (La musique des siècles)

Febus avant! Musique à la Cour de Gaston Febus (1331-1391) / Huelgas Ensemble, Paul Van Nevel, dir. - Sony Classical, 1992 (Vivarte)


Source bibliographique :
>Le Manuscrit 564 du Musée Condé de Chantilly
http://www.lib.latrobe.edu.au/MMDB/Mss/CH.htm

13 mars 2007

L'ars nova et Guillaume de Machaut : musique française #5

L’ars nova : les compositeurs ont un nouveau système de notation
En France, deux personnalités dominent totalement ce XIVe siècle : Philippe de Vitry , théoricien et compositeur, puis Guillaume de Machaut, écrivain, poète et compositeur.

Philippe de Vitry (1291-1361) Il est le grand théoricien de son temps, l’auteur du traité « Ars nova » vers 1325. Il compose des motets polytextuels et isorythmiques (ce qui suppose la répétition en boucle de schémas rythmiques et mélodiques distincts, mais enchevêtrés).
L’Ars Nova va engendrer une véritable révolution, en proposant un nouveau système de notation :
>pour les valeurs rythmiques
>pour les indications de mesures
>pour les indications de changement de mode par les couleurs : rouge pour parfait, noir pour imparfait.
Avec ces possibilités d’indication de mesures, l’Ars Nova propose des combinaisons rythmiques complexes.
L’ars nova signe la première crise morale et politique du Moyen Age : déclin de l’emprise canonique de l’Eglise, et montée de la liberté d’expression. Les innovations de cette musique émeuvent à ce point les autorités de l’Église que le pape Jean XXII installé à Avignon, lance en 1324 un appel dont voici le passage essentiel :
« Certains disciples de la nouvelle école, tandis qu’ils mettent toute leur attention à mesurer les temps, s’appliquent à faire les notes de façon nouvelle, préfèrent composer leurs propres chants que chanter les anciens, divisent les pièces ecclésiastiques en semi-brèves et minimes ; ils hachent le chant avec les notes de courte durée, tronçonnent les mélodies par des hoquets, polluent les mélodies avec des déchants et vont jusqu’à les farcir de « triples » et de motets en langue vulgaire. Ils méconnaissent ainsi les principes de l’antiphonaire et du graduel, ignorent les tons qu’ils ne distinguent plus, les confondent même : sous cette avalanche de notes ; les pudiques ascensions et les discrètes retombées du plain-chant, par lesquelles se distinguent les tons eux-mêmes, deviennent méconnaissables. Ils courent sans se reposer, enivrent les oreilles au lieu de les apaiser, miment par des gestes ce qu’ils font entendre. Ainsi, la dévotion qu’il aurait fallu rechercher est ridiculisée et la lascivité qu’on aurait dû fuir est étalée au grand jour... »
Le traité de Philippe de Vitry (sur le site du Center for the History of Music Theory and Literature, Indiana University)
http://www.chmtl.indiana.edu/tml/14th/VITANV_MBAVB307.html

Guillaume de Machaut (Reims 1300-Reims 1373)
Machaut est un homme de synthèse, délibérément engagé dans le mouvement moderniste. Il demeure aussi le dernier "trouvère", continuant sur le plan littéraire l’œuvre des poètes courtois. Attaché à Jean de Luxembourg, roi de Bohême, dont il sera le secrétaire jusqu’à la mort de ce dernier à la bataille de Crécy (1346), Guillaume de Machaut voyagera à travers l’Europe avant de se fixer en 1340 à Reims.
Il fut aussi au service de : Bonne de Luxembourg, épouse de Jean II le Bon et mère de Charles le Sage, du roi de Navarre Charles le Mauvais, du roi Charles V et du duc de Berry.
Il est un maître de la polyphonie et un grand poète. Ses vingt-trois motets, en majorité profanes, souvent de rythmes identiques et à trois ou quatre parties, sont écrits sur un texte, soit français, soit latin, voire en superposant les deux langues.
L’unique messe qu’il compose : « La messe Notre-Dame » assurera la pérennité de son nom. Écrite à quatre voix, avec, pour certains mouvements, un accompagnement instrumental, elle demeure l’une des premières à grouper tous les éléments de l’ordinaire du service liturgique : Ite missa est, Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus Dei. En apportant tous ses soins au rythme poétique, Machaut contribua à accélérer la transformation de la poésie lyrique en un genre purement littéraire.
Pour accéder à l’intégralité des textes de Guillaume de Machaud sur le site Medieval.org


Discographie disponible à la Médiathèque de Dole :
Ars Nova : une révolution de l'esprit et de la musique (XIVe siècle) / Machaut, Jacopo da Bologna, Landini. - Harmonia Mundi.
Guillaume de Machaut : "Mercy ou mort : chansons et motets d'amour" (Ferrara Ensemble, Crawford Young, dir.- Arcana, 2001
Guillaume de Machaut : "Les motets" (Ensemble Musica Nova). - Zig Zag Territoire : Harmonia Mundi, 2002
Guillaume de Machaut : "Messe Nostre Dame ; Motets et estampies du XIVe siècle" (Obsidienne, ens. voc. et instr. ; Emmanuel Bonnardot, dir.). -Harmonic Records
Guillaume de Machaut "Le jugement du Roi de Navarre" (Ensemble Gilles Binchois, orch. et choeur ; Dominique Vellard, dir). - Cantus, 1998


Ill. n° 1 : Prologue des Œuvres complètes de Machaut : Nature présentant à Machaut ses enfants, Sens, Réthorique et Musique Paris, Bibliothèque nationale de France

Ill. n° 2 : Philippe de Vitry, Traité Ars Nova, Rome, Biblioteca Apostolica Vaticana

Ill. n° 3 : Guillaume de Machaut, Messe. Reims, vers 1372-1377. Paris, BNF, département des Manuscrits, Français 1584, fol. 448v.

6 mars 2007

Naissance de la polyphonie : musique française #4

L'école de Notre-Dame : naissance de la polyphonie
On pourrait résumer l’évolution de la musique vocale sacrée au Moyen-Age, en la comparant à l’évolution de l’architecture de la même époque. Les églises romanes de style sobre et dépouillé vont peu à peu laisser place aux cathédrales gothiques, au style flamboyant et foisonnant. En musique, la pratique du plain-chant va s’effacer progressivement au profit d’une polyphonie aux audaces de plus en plus exubérantes et luxuriantes.
L’organum est la 1ère manifestation de la polyphonie occidentale. Les écarts autorisés sont la quarte, la quinte ou l’octave.
L’ars antiqua (art ancien) signifie l’apogée de la première polyphonie au XIIe et XIIIe siècle notamment par les compositeurs qui travaillaient à la Cathédrale de Paris.
Leoninus (1140 ?- 1210 ?) et l’organum mélismatique
Premier grand représentant de l’Ecole de Notre-Dame. Il est le plus grand compositeur d’organa (organum) de son temps. Ce sont des compositions à deux voix. La mélodie du chant tirée du répertoire grégorien est placée à la basse, elle est lente et solennelle ; elle est appelée la « teneur ». La voix dite « organale » au-dessus est plus mobile et rythmée, elle brode ; elle déploie des mélismes (plusieurs notes chantées sur une syllabe).
D’où le nom d’ « organum mélismatique » . Léonin préfigure les développements de la polyphonie française dont l’apogée sera atteint par l’école franco-flamande.
Pérotin (1160 ?- 1230 ?) et le motet
Il remplace Léonin et exerce à la cathédrale Notre-Dame de la fin du XIIe à environ 1230. Avec lui, l’organum prend de l’ampleur : Pérotin augmente le nombre de voix dans la polyphonie de 2 à 4, superposant ainsi jusqu’à 3 parties mélismatiques. La voix principale (la teneur) est toujours choisie dans le répertoire grégorien.
Il participe au développement d’une forme vocale : le motet. Le motet est constitué d’un psaume (d’où mot-et), ou de paroles de dévotion. Mis en musique, il est destiné à être chanté à l’Eglise.
Pérotin compose notamment des motets polytextuels (le texte est différent pour chaque voix). Cette caractéristique consiste à superposer plusieurs textes, religieux et profanes, parfois dans des langues différentes (latin, français).L’utilisation d’un fragment de chant grégorien pour la voix la plus grave va subsister jusqu’à la fin de la Renaissance.
Discographie disponible à la médiathèque de Dole
La naissance de la polyphonie : La fin du chant à l'unisson, ou le passage à l'ère gothique / Ensemble Organum, Theatre of Voices, Anonymous 4. - Harmonia Mundi - (La musique des siècles ; 5)
Magister Leoninus : sacred music from 12th-century Paris / Red Byrd and YorVox, John Potter, Richard Wistreich.- Hyperion Records, 2001
Vox sonora : Conduits de l'école de Notre Dame (XIIe et XIIIe siècle) / Pérotin ; Diabolus in Musica, ens. voc.. - Studio SM

26 février 2007

Les Trouvères : musique française #3

Les trouvères et la langue d’Oïl
Sous le terme de langue d’oïl, on rassemble différents dialectes dont les principaux sont : le normand à l’ouest, le picard et le wallon au nord, le champenois, le lorrain et le bourguignon à l’est, et au centre le francien (dialecte de l’Île-de-France). Ces dialectes vont constitueront les bases de l’ancien français. L’unification d’un modèle linguistique commun et unique à tout le royaume s’effectue à partir du domaine d’oïl, plus proche du pouvoir central.
Les trouvères qui composent les chansons de geste et la poésie de cour sont influencés par les troubadours qu’Aliénor d’Aquitaine, après son mariage avec Louis VII, a emmené avec elle à Paris. Les trouvères adaptent les œuvres des troubadours en écrivant sur le thème de « la fine amor ».
Avec les trouvères, musique et poésie restent toujours intimement liées. La poésie ne se détachera du chant que vers la fin du XIIIe siècle.
Adam de la Halle (né à Arras en 1245-mort à Naples en 1287)
Il fait partie de la compagnie des jongleurs d’Arras. On le désigna parfois comme Adam d'Arras ou encore le bossu d'Arras (Ce qui est moins valorisant"On m'appelle Bochu, mais je ne le suis mie !"). Il entre au service de Robert II d’Artois qu’il suit en Italie. Auteur de chansons, de motets, de rondeaux, il restera comme l’auteur de deux œuvres dramatiques, particulièrement importantes dans l’histoire du théâtre médiéval : Le Jeu d’Adam ou de la feuillée et Le Jeu de Robin et de Marion.
Le Jeu de Robin et de Marion
Cette œuvre se rattache au genre de la pastourelle ou pastorale.
La pastourelle est une chanson dans laquelle le poète gentilhomme raconte sa rencontre avec une bergère dans la campagne, alors qu’il se promène à cheval ; il narre les épisodes de sa tentative de séduction et le succès qu’il en tire, bon ou mauvais suivant les cas.
Résumé du Jeu de Robin et de Marion :
Une jeune bergère, Marion (Marotte), rêve dans un champ à son promis, le jeune et beau Robin. Arrive alors un chevalier, parti à la chasse avec son faucon ; apercevant la belle, il l’aborde et lui propose une escapade. Marion refuse, et le chevalier s’éloigne. Marion part alors chercher de l’aide : elle appelle Robin et ses amis, Gautier, Baudon et Peronelle. Le chevalier revient et enlève Marion sans que Robin ni ses amis interviennent. Apeurés par le chevalier, Robin et ses amis préfèrent se cacher. Marion, ne pouvant dès lors compter que sur elle, arrive à se débarrasser toute seule du chevalier. Elle retrouve ses amis et, pas rancunière, décide de faire la fête avec eux. Curieuse morale !
Petit extrait du livret :
Li chevaliers : Bergiere diex vous doinst bon jour
Marions : Diex vous gart sire
Li chevaliers : Par amour douche puchele / or me contés / Pour coi ceste canchon cantés / Si volentiers et si souvent / Hé : robin se tu m’aimes Par amours maine m’ent...
Bibliographie en ligne :
>LI GIEUS DE ROBIN ET DE MARION
>Le Jeu de Marion et Robin Bibliothèque Méjanes (Aix-en Provence)
>La fiche du site Musicologie
Discographie : Adam de la Halle "Le jeu de Robin et Marion" (Ensemble Perceval ; Guy Robert, dir.), Arion.

< Les Troubadours - A venir Naissance de la polyphonie>

20 février 2007

Les troubadours : musique française #2

Du latin à l'ancien français
Le Moyen Age voit s’opérer un profond changement linguistique : on passe du latin classique à l’ancien français, après une période de transition par le roman. Les premiers documents connus écrits en roman sont :
Les Serments de Strasbourg, un texte politique datant de 842. Ces serments ont été prononcés par les petits-fils de Charlemagne : Charles le Chauve et Louis le Germanique lors du partage de l’empire (déjà l’alliance franco-allemande !) et Le Cantilène de sainte Eulalie, un document religieux écrit aux environs de l’an 878.
Langue d'oc et langue d'oïl
À partir du IXe siècle, on décèle une ligne de démarcation linguistique correspondant au tracé de la Loire et séparant la langue d’oïl, au Nord, de la langue d’oc, au Sud.
La langue d'oc et les troubadours
La langue d’oc comprend de très nombreux dialectes : provençal, languedocien, gascon, limousin, auvergnat, dauphinois et savoisien. Le mot « troubadour » appartient à la langue d’oc : il désigne les poètes du Sud de la Loire. Troubar, (même racine que trouver) signifie composer des vers. Les troubadours sont des poètes lyriques qui accompagnent leurs poèmes de musique. Ils exercent leur art auprès des grands seigneurs du sud de la France, entre la fin du XIe siècle jusqu’à la fin du XIIIe siècle. Le mot « trouvère », qui signifie la même chose en langue "oïl", désignera les poètes du Nord de la Loire, héritiers des troubadours. La plupart des troubadours sont à l’origine, non pas des baladins itinérants, mais des seigneurs, certains comme Guillaume IX d’Aquitaine, possédant même le titre de prince ou de roi. La cour d’Aliénor d’Aquitaine et celle des comtes de Toulouse apparaissent comme les plus brillantes en matière de poésie.
Les poèmes lyriques des troubadours, nouveaux par leur forme, leurs mélodies et leurs rythmes, restent parmi les premiers textes écrits en langue d’oc.
La poésie chantée courtoise
La poésie des troubadours célèbre l’amour courtois, et manifeste l’idéal chevaleresque.
Ces poèmes peuvent prendre diverses formes :le canso (chanson à strophes), le tenso (dialogue ou controverse), le sirvente (canso politique ou satirique), le planh (complainte ou chant funèbre), l’alba (chant matinal), et la serena (chant du soir).
Cette poésie courtoise des trouvères et des troubadours est contemporaine des Croisades. Rappelons que les croisades furent des expéditions militaires entreprises par les chrétiens d’Occident à partir de 1095, habituellement à la demande du pape, pour soustraire de la domination des musulmans les lieux saints de Palestine, et notamment le tombeau du Christ à Jérusalem. Les croisades, au nombre de huit, se sont achevées en 1270.
Jaufré Rudel (v.1120-v.1160) troubadour
J. Rudel est le plus ancien troubadour dont on a pu conservé un nombre conséquent d’œuvres.
Au Moyen Age, sa vie a fait l’objet d’une biographie légendaire.
"Jaufres Rudels de Blaia si fo mout gentils hom, princes de Blaia. Et enamoret se de la comtessa de Tripol, ses vezer, per lo ben qu’el n’auzi dirc als pelerins que venguen d’Antiocha."
Seigneur de Blaye (Gironde), Jaufré Rudel part pour la 2e croisade en 1147, emmenée par Charles VII, roi de France et Conrad III, empereur du Saint Empire germanique. Il mène une vie mouvementée, dont une partie appartient peut-être à la légende : il tombe amoureux de la princesse de Tripoli (Liban), se languit d’elle toute sa vie, et finit par la rencontrer pour mourir dans ses bras.
Jamais d'amour je ne jouirai
Se non jausis d'amors de loing,
Et bien sait que grievment l'aurai
Car trop sint nostres terres loing.
Jamais d'amour je ne jouirai / si je ne jouis d'amour lointain, / mais je sais bien que difficilement l'aurai / car nos terres sont trop éloignées. (extrait de La que li jor)
Discographie :
Manuscrit du Roi : trouvères et troubadours / Gérard Zuchetto & Katia Caré, Ensemble Perceval. - Arion, 1993
Trob'art concept 1 / Gérard Zuchetto, Troubadours Art Ensemble. Alienor : Harmonia Mundi, 2000

13 février 2007

Le chant grégorien : musique française #1

Le Moyen Age est une époque immense et complexe de plus d’un millénaire qui commence avec la chute de l’empire romain d’Occident au Ve siècle, en 476.
Clovis Ier
(v. 465-511), roi des Francs (481-511) est le véritable fondateur de la dynastie mérovingienne. Il est souvent présenté dans la tradition historique française comme l’ancêtre de la nation, et dans la littérature religieuse, comme celui qui, de par son baptême, a fait de la France la « fille aînée de l’Église ». Cependant il demeure un personnage mal connu. Entre 495 et 505, Clovis se fait baptiser à Reims par l’archevêque Remi, et associe pour longtemps l’Eglise catholique et les Rois de France.

Le chant grégorien : le ciment de la liturgie
Appelé également chant ecclésiastique ou plain-chant, c’est le chant de la liturgie catholique romaine dont les textes sont extraits des saintes écritures. Cette tradition musicale à des sources multiples venant de Syrie, de Palestine, de Grèce antique et de Rome .Le chant grégorien est monodique (tous les moines chantent à l’unisson), et sans accompagnement instrumental.
Pourquoi « grégorien » ?
Parce que l’on attribue sa création au pape Grégoire 1er (540-604), qui n’est pas compositeur, mais qui aurait décidé de collecter tous les chants liturgiques chantés aux 4 coins de l’Europe. Il aurait ainsi effectuer sa sélection, et estampiller de grégoriens tous les chants qui lui convenaient. Deux siècles plus tard, en 813 Charlemagne, au concile de Tours, impose le grégorien à tout l’Empire, contre d’autres formes de chant ecclésiastique de rite non romain, comme le chant mozarabe d’Espagne, le chant celtique d’Irlande, le chant ambrosien au Nord de l’Italie, ou le gallican de Gaule. C’est à partir du IXe siècle que l’on trouve sa trace dans les manuscrits liturgiques.
Le chant grégorien se pratique et se perpétue ainsi jusqu’au Xe siècle. Il est "récitatif", et reste inséparable du texte : une syllabe = une note.
Au fil des siècles, il sera sapé de l’intérieur par : les sophistications progressives de la polyphonie : ars antiqua, ars nova et école franco-flamande et les nouvelles influences musicales , ainsi que les nouveaux instruments à cordes et à vent que les troubadours rapporteront des croisades. Mais nous verrons cela une prochaine fois... ;-).
Sélection discographique disponible à la Médiathèque de Dole :
1000 ans de chant grégorien / Dominique Vellard ; Deller Consort ; Anonymous 4 ; Ensemble Organum ; Theatre of Voices. - Harmonia Mundi (La musique des siècles)
Cantus aeternus : splendeur du chant grégorien / Moines de l'abbaye de Solesmes . - Accord : Universal


Bibliographie : Les voix du plain-chant / Marcel Pérès, Jacques Cheyronnaud. - Desclée de Brouwer, 2001 (+ 1 CD)
L'essai est le fruit d'une rencontre, celle d'un musicien et d'un ethonologue est souligne l'impossibilité de réduire aujourd'hui le chant d'église au seul chant grégorien, tel qu'il a été consigné au 19e siècle dans le modèle solesmien.
A lire également sur le site Musicologie, l'article sur le Plain-chant