Dans le cadre de la commémoration des 40 ans de la disparition de Jacques Prévert (1900-1977), voici une sélection de ses œuvres : recueils de poèmes, films et chansons.
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27 septembre 2017
15 juin 2013
Avec moi dieu-le-chien : chanson de la semaine #123
Avec moi dieu-le-chien est un poème d'Antonin Artaud, tiré du recueil L'Ombilic des limbes (1925), mis en musique et interprété par Les Têtes Raides et son chanteur Christian Olivier.Le nouvel album Corps de Mots (Tôt ou tard, 2013) est ainsi dédié aux textes de poètes, pour beaucoup écorchés ou maudits, du XIXe et du XXe siècle : Je voudrais pas crever de Boris Vian, Le Condamné à Mort de Jean Genet, On ne quitte pas son ami de Robert Desnos, et bien d'autres poèmes d 'Arthur Rimbaud, Lautréamont, Guillaume Apollinaire, Roland Dubillard, Raymond Queneau, Marina Tsvetaïeva, Philippe Soupault, sans oublier, en intrus ou en contrepoint, la reprise du Love Me Tender d'Elvis Presley.
Avec moi dieu-le-chien, et sa langue
qui comme un trait perce la croûte
de la double calotte en voûte
de la terre qui le démange.
Et voici le triangle d’eau
qui marche d’un pas de punaise,
mais qui sous la punaise en braise
se retourne en coup de couteau.
Sous les seins de la terre hideuse
dieu-la-chienne s’est retirée,
des seins de terre et d’eau gelée,
qui pourrissent sa langue creuse.
Et voici la vierge-au-marteau,
pour broyer les caves de terre
dont le crâne du chien stellaire
sent monter l’horrible niveau.
***
Antonin Artaud - Wikipédia -
Les Têtes Raides - Wikipédia -
19 octobre 2012
Phèdre : chanson de la semaine #102

Hélène Delavault interprète Phèdre. Les paroles de la chanson sont constituées de vers de la tragédie Phèdre et Hippolyte (1677) de Jean Racine.
Référence discographique : Femmes... Femmes (Mosaic Music, 2005)
Acte 1, Scène 3
PHÈDRE
N'allons point plus avant.Demeurons, chère Œnone.
Je ne me soutiens plus, ma force m'abandonne.
Mes yeux sont éblouis du jour que je revoi,
Et mes genoux tremblants se dérobent sous moi.
[...]
Que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent !
Quelle importune main, en formant tous ces nœuds,
A pris soin sur mon front d’assembler mes cheveux ?
Tout m’afflige, et me nuit, et conspire à me nuire.
[...]
Quand pourrai-je, au travers d’une noble poussière,
Suivre de l’œil un char fuyant dans la carrière ?
[...]
Ô haine de Vénus ! Ô fatale colère !
Dans quels égarements l’amour jeta ma mère !
[...]
Ariane, ma sœur ! de quel amour blessée
Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée !
[...]
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps et transir et brûler :
Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables !
[...]
Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? (Racine, Andromaque, acte V, scène 5)
[...]
C’est Vénus tout entière à sa proie attachée.
Hélène Delavault - Wikipédia - Phèdre (Racine) - Wikipédia - Wikisource (le texte)
13 juillet 2012
12 juillet 2012
Golden Hair : chanson de la semaine #99
Lean out of the window est le 5ème poème du recueil Chamber Music écrit par James Joyce (1882-1941) alors âgé d'une vingtaine d'années.
Syd Barrett (1946-2006), premier chanteur, et fondateur de Pink Floyd a mis en musique et interprété le texte. Le titre figure sur son 1er album solo, The Madcap Laughs (Harvest/EMI,1969). Syd Barrett avait quitté le groupe un an auparavant pour cause de troubles mentaux aggravés par l'usage de drogues. L'album est co-produit notamment par David Gilmour et Roger Waters.
Syd Barrett - Golden Hair
Lean out of the window,
Golden-hair,
I hear you singing
A merry air.
My book was closed;
I read no more,
Watching the fire dance
On the floor.
I have left my book,
I have left my room
For I heard you singing
Through the gloom,
Singing and singing
A merry air,
Lean out of the window,
Golden-hair.
23 janvier 2012
L'Absence: chanson de la semaine #83
L'Absence est la quatrième de six mélodies du cycle Les Nuits d'été (opus 7) composé par Hector Berlioz sur les poèmes de Théophile Gautier. La mélodie est interprétée ici par Régine Crespin (1927-2007), soprano dramatique.
>
Absence
Reviens, reviens, ma bien-aimée !
Comme une fleur loin du soleil,
La fleur de ma vie est fermée
Loin de ton sourire vermeil.
Entre nos cœurs tant de distance !
Tant d’espace entre nos baisers !
Ô sort amer ! ô dure absence !
Ô grands désirs inapaisés !
D’ici là-bas, que de campagnes,
Que de villes et de hameaux,
Que de vallons et de montagnes,
À lasser le pied des chevaux !
Disponibles à la médiathèque de Dole :
Disques compacts
>
Absence
Reviens, reviens, ma bien-aimée !
Comme une fleur loin du soleil,
La fleur de ma vie est fermée
Loin de ton sourire vermeil.
Entre nos cœurs tant de distance !
Tant d’espace entre nos baisers !
Ô sort amer ! ô dure absence !
Ô grands désirs inapaisés !
D’ici là-bas, que de campagnes,
Que de villes et de hameaux,
Que de vallons et de montagnes,
À lasser le pied des chevaux !
Disponibles à la médiathèque de Dole :
Disques compacts
- Les nuits d'été, Op. 7 / Hector Berlioz ; Théophile Gautier, aut. ; Véronique Gens, S ; Orchestre de l'Opéra National de Lyon ; Louis Langrée, dir. - Virgin Classics
- Les nuits d'été, Op. 7 : 6 mélodies sur des poèmes de Théophile Gautier / Hector Berlioz ; Barbara Hendricks, S ; English Chamber Orchestra, orch. ; Sir Colin Davis, dir. - EMI Classics
- Les nuits d'été : 6 mélodies opus 7 sur des textes de Théophile Gautier / Hector Berlioz. ; José van Dam, voix ; Orchestra della Svizzeria italiana de Lugano, orch. ; Serge Baudo, dir. - Forlane Classique
- Autour des Nuits d'été de Hector Berlioz [Cédérom] / Jean-Luc Idray, aut. ; Hyptique, conception et réal. ; Karine Deshayes, MS ; Virginie Pochon, S... [et al.] ; Iván Fischer, dir.. - Version PC/Mac. - [Paris] : Hyptique.net, 2003.
10 décembre 2011
Salomé : opera incipit #5

Salomé est un opéra composé par Richard Strauss, sur un livret en allemand d'Hedwig Lachmann, adapté de la pièce d'Oscar Wilde écrite en français. L'oeuvre fut créée à Dresde, au Königgliches Opernhaus, en 1905.
L'histoire de Salomé est tirée des Évangiles : Salomé, fille d'Hérodiade accepte de danser devant Hérode, son beau-père. En échange, le tétrarque de Galilée s'engage à exaucer le voeu qu'elle formulera. Sur les instances de sa mère, Salomé réclamera la mise à mort du prophète Jean-Baptiste, et la tête du prophète lui sera apporté sur un plateau.
Variante dans l'opéra de Strauss : Salomé s’éprend d'une passion folle pour Jochanaan (Jean-Baptiste) , et tente de le séduire, mais comme celui-là la repousse en la maudissant (ce n'est pas un Saint, pour rien :-)) Salomé demandera sa mort par dépit. Elle embrassera les lèvres de la tête coupée. Et devant l'horreur de la scène, Hérode ordonnera sa mise à mort. Fin du drame.
Salomé est un opéra en un acte et quatre scènes, que l'on a qualifié de "poème symphonique avec voix" car c'est une oeuvre dense et compacte, mais requérant un orchestre de plus de cent musiciens pour son exécution.
Siegfried Jerusalem (Herodes), Gwyneth Jones (Herodias), Deborah Voigt (Salome), Evgeny Nikitin (Jochanaan), John Tessier (Narraboth)... [et al.] ; Verbier Festival Orchestra ; Valery Gergiev, dir. - Salle des Combins, Verbier (Suisse), 2010
(Une grande terrasse dans le palais d’Hérode. Elle donne sur la salle de festin. Des soldats sont accoudés sur le balcon. A droite il y a un énorme escalier. A gauche, au fond, une ancienne citerne entourée d’un mur de bronze vert. Clair de lune.)
Version proposée à la médiathèque de Dole
Salomé : opéra en 1 acte / Richard Strauss, comp. ; d'après Oscar Wilde ; Hildegard Behrens, José Van Dam, Agnès Baltsa, chant ; Wiener Philharmoniker ; Herbert von Karajan, dir. - EMI Classics. - 2 disques compact + 1 livret
Sources
Marie Christine Vila, Quatre siècles d'opéra, Larousse, 2000
Bruno Peeters, Salomé, première d'entre toutes les femmes ?, ForumOpera.com
Salomé (opéra) - Wikipédia
L'histoire de Salomé est tirée des Évangiles : Salomé, fille d'Hérodiade accepte de danser devant Hérode, son beau-père. En échange, le tétrarque de Galilée s'engage à exaucer le voeu qu'elle formulera. Sur les instances de sa mère, Salomé réclamera la mise à mort du prophète Jean-Baptiste, et la tête du prophète lui sera apporté sur un plateau.
Variante dans l'opéra de Strauss : Salomé s’éprend d'une passion folle pour Jochanaan (Jean-Baptiste) , et tente de le séduire, mais comme celui-là la repousse en la maudissant (ce n'est pas un Saint, pour rien :-)) Salomé demandera sa mort par dépit. Elle embrassera les lèvres de la tête coupée. Et devant l'horreur de la scène, Hérode ordonnera sa mise à mort. Fin du drame.
Suivant l'analyse de Marie Christine Vila : "Orientalisme, érotisme, personnage féminin monstrueux : le thème d'Hérodias et de Salomé a tout pour séduire les artistes du XIXe siècle." En effet, il inspira ainsi Mallarmé (Hérodiade), Flaubert (Hérodias), Gustave Moreau (Salomé dansant devant Hérode), Massenet (Hérodiade) et Oscar Wilde dont la pièce fut créée à Paris en 1896 avec Sarah Bernhardt.
Salomé est un opéra en un acte et quatre scènes, que l'on a qualifié de "poème symphonique avec voix" car c'est une oeuvre dense et compacte, mais requérant un orchestre de plus de cent musiciens pour son exécution.
Comme le souligne Bruno Peeters, "avec les quatre premières répliques de l'opéra, Strauss résume idéalement l'action et surtout la personne de Salomé. Tout y est : beauté, nuit, lune, femme, tombeau, danse, mort."
Siegfried Jerusalem (Herodes), Gwyneth Jones (Herodias), Deborah Voigt (Salome), Evgeny Nikitin (Jochanaan), John Tessier (Narraboth)... [et al.] ; Verbier Festival Orchestra ; Valery Gergiev, dir. - Salle des Combins, Verbier (Suisse), 2010
(Une grande terrasse dans le palais d’Hérode. Elle donne sur la salle de festin. Des soldats sont accoudés sur le balcon. A droite il y a un énorme escalier. A gauche, au fond, une ancienne citerne entourée d’un mur de bronze vert. Clair de lune.)
Narraboth
Wie schön ist die Prinzessin Salome heute Nacht!
Page
Sieh' die Mondscheibe,wie sie seltsam aussieht.
Wie eine Frau, die aufsteigt aus dem Grab.
Narraboth
Sie ist sehr seltsam.
Wie eine kleine Prinzessin, deren Füße weiße Tauben sind.
Man könnte meinen, sie tanzt.
Page
Wie eine Frau, die tot ist.
Sie gleitet langsam dahin.
Erster Soldat
Was für ein Aufruhr!
Was sind das für wilde Tiere, die da heulen?
Zweiter Soldat
Die Juden. Sie sind immer so.
Sie streiten über ihre Religion.
Erster Soldat
Ich finde es lächerlich,
über solche Dinge zu streiten.
Narraboth
Wie schön ist die Prinzessin Salome heute Abend!
Page
Du siehst sie immer an.
Du siehst sie zuviel an.
Es ist gefährlich,
Menschen auf diese Art anzusehn.
Schreckliches kann geschehn.
[...]
Wie schön ist die Prinzessin Salome heute Nacht!
Page
Sieh' die Mondscheibe,wie sie seltsam aussieht.
Wie eine Frau, die aufsteigt aus dem Grab.
Narraboth
Sie ist sehr seltsam.
Wie eine kleine Prinzessin, deren Füße weiße Tauben sind.
Man könnte meinen, sie tanzt.
Page
Wie eine Frau, die tot ist.
Sie gleitet langsam dahin.
Erster Soldat
Was für ein Aufruhr!
Was sind das für wilde Tiere, die da heulen?
Zweiter Soldat
Die Juden. Sie sind immer so.
Sie streiten über ihre Religion.
Erster Soldat
Ich finde es lächerlich,
über solche Dinge zu streiten.
Narraboth
Wie schön ist die Prinzessin Salome heute Abend!
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Du siehst sie immer an.
Du siehst sie zuviel an.
Es ist gefährlich,
Menschen auf diese Art anzusehn.
Schreckliches kann geschehn.
[...]
Narraboth
Comme la princesse Salomé est belle ce soir!
Page
Regardez la lune. La lune a l’air très étrange.
On dirait une femme qui sort d’un tombeau.
Narraboth
Elle a l’air très étrange. Elle ressemble a une princesse qui a des pieds comme des petites colombes blanches.
On dirait qu’elle danse.
Page
Elle est comme une femme morte.
Elle va très lentement.
Premier soldat
Quel vacarme!
Qui sont ces bêtes fauves qui hurlent?
Deuxième soldat
Les Juifs.
Ils sont toujours ainsi.
C’est sur leur religion qu’ils discutent.
Premier soldat
Je trouve que c’est ridicule de discuter sur de telles choses.
Narraboth
Comme la princesse Salomé est belle ce soir!
Page
Vous la regardez toujours.
Vous la regardez trop!
Il ne faut pas regarder les gens de cette façon .
Il peut arriver un malheur.
[...]
Comme la princesse Salomé est belle ce soir!
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Regardez la lune. La lune a l’air très étrange.
On dirait une femme qui sort d’un tombeau.
Narraboth
Elle a l’air très étrange. Elle ressemble a une princesse qui a des pieds comme des petites colombes blanches.
On dirait qu’elle danse.
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Elle est comme une femme morte.
Elle va très lentement.
Premier soldat
Quel vacarme!
Qui sont ces bêtes fauves qui hurlent?
Deuxième soldat
Les Juifs.
Ils sont toujours ainsi.
C’est sur leur religion qu’ils discutent.
Premier soldat
Je trouve que c’est ridicule de discuter sur de telles choses.
Narraboth
Comme la princesse Salomé est belle ce soir!
Page
Vous la regardez toujours.
Vous la regardez trop!
Il ne faut pas regarder les gens de cette façon .
Il peut arriver un malheur.
[...]
Version proposée à la médiathèque de Dole
Salomé : opéra en 1 acte / Richard Strauss, comp. ; d'après Oscar Wilde ; Hildegard Behrens, José Van Dam, Agnès Baltsa, chant ; Wiener Philharmoniker ; Herbert von Karajan, dir. - EMI Classics. - 2 disques compact + 1 livret
Sources
Marie Christine Vila, Quatre siècles d'opéra, Larousse, 2000
Bruno Peeters, Salomé, première d'entre toutes les femmes ?, ForumOpera.com
Salomé (opéra) - Wikipédia
29 octobre 2011
A kékszakállú herceg vára : opera incipit #3
Opera incipit, une nouvelle série qui revisite les grandes oeuvres de l'opéra de l'âge baroque à nos jours en commençant par le début... du livret.
Le Château de Barbe-Bleue
Extrait vidéo : István Kovács (Barbe-Bleue) ; Klára Kolonits (Judith) ; Hungarian Radio Symphony Orchestra ; György Selmeci (chef d'orchestre) ; Sándor Silló (réalisateur) (2004)
Version proposée à la médiathèque de Dole
Le Château de Barbe-Bleue [enr. sonore] = Bluebeard's castle / Béla Bartok, comp. ; livret de Béla Balázs ; d'après le conte de Charles Perrault ; Eva Marton, voix ; Samuel Ramey, voix ; Hungarian State Orchestra ; Adam Fischer, dir.. - CBS, 1988
Référence : http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Château_de_Barbe-Bleue
Le Château de Barbe-BleueBéla Bartók composa Le Château de Barbe-Bleue, son unique opéra, en 1911, sur un livret de Béla Balázs, d'après le célèbre conte de Charles Perrault.
L'oeuvre fut créée à l'Opéra de Budapest en 1918.
L'action : Le drame en 1 acte met en scène deux personnages : Barbe-Bleue et sa nouvelle épouse Judith. L'intrigue est rythmée par l'ouverture successive de sept portes sur la demande de Judith.
Dans le prologue parlé, alors que le rideau se lève sur un décor froid et lugubre, le narrateur conseille à l'auditoire de regarder au-delà de l'apparence superficielle des choses.
Extrait vidéo : István Kovács (Barbe-Bleue) ; Klára Kolonits (Judith) ; Hungarian Radio Symphony Orchestra ; György Selmeci (chef d'orchestre) ; Sándor Silló (réalisateur) (2004)
(Hatalmas kerek gotikus csarnok. Balra meredek lépcsô vezet fel egy kis vasajtóhoz. A lépcsôtôl jobbra hét nagy ajtó van a falban; négy még szemben, kettô már egész jobboldalt. Különben sem ablak, se dísz. A csarnok üres, sötét, rideg, sziklabarlanghoz hasonlatos. Mikor a függöny szétválik, teljes sötetség van a szinpadon. Hirtelen kinyílik fent a kis vasajtó és a vakító fehér négyszögben megjelenik a kékszakállú és Judit fekete sziluettje.)
Kékszakállú
Megérkeztünk. – Ime lassad:
Ez a Kékszakállú vára.
Nem tündököl, mint atyádé.
Judit, jössz-e még utánam?
Judit
Megyek, megyek Kékszakállú.
Kékszakállú
(lejön néhány lépcsôt)
Nem hallod a vészharangot?
Anyád gyászba öltözködött,
Atyád éles kardot szíjjaz,
Testvérbátyád lovat nyergel.
Judit, jössz-e még utánam?
Judit
Megyek, megyek Kékszakállú.
(A kékszakállú lejön egészen és visszafordul Judit felé, aki a lépcsô közepén megállt. Az ajtón beesô fénykéve megvilágítja a lépcsôöt és kettôjük alakját.)
Kékzakállú
Megállsz Judit? Mennél vissza?
Judit
(mellre szorított kézzel)
Nem. A szoknyám akadt csak fel,
Felakadt szép selyem szoknyám
Kékszakállú
Megérkeztünk. – Ime lassad:
Ez a Kékszakállú vára.
Nem tündököl, mint atyádé.
Judit, jössz-e még utánam?
Judit
Megyek, megyek Kékszakállú.
Kékszakállú
(lejön néhány lépcsôt)
Nem hallod a vészharangot?
Anyád gyászba öltözködött,
Atyád éles kardot szíjjaz,
Testvérbátyád lovat nyergel.
Judit, jössz-e még utánam?
Judit
Megyek, megyek Kékszakállú.
(A kékszakállú lejön egészen és visszafordul Judit felé, aki a lépcsô közepén megállt. Az ajtón beesô fénykéve megvilágítja a lépcsôöt és kettôjük alakját.)
Kékzakállú
Megállsz Judit? Mennél vissza?
Judit
(mellre szorított kézzel)
Nem. A szoknyám akadt csak fel,
Felakadt szép selyem szoknyám
(Une grande salle ronde, de style gothique. À gauche, un escalier monte à une petite porte de fer. À droite de cet escalier, sept grandes portes closes, dont quatre face à la rampe et trois face à l’escalier. Point de fenêtres ni d’ornements. La salle ressemble à une caverne sombre, vide, taillée en plein roc. Au lever du rideau, la scène est plongée dans l’obscurité. Soudain, la petite porte s’ouvre et dans le rectangle de lumière, les silhouettes noires de Barbe-Bleue et de Judith apparaissent.)
Barbe-Bleue
Nous voici au but. Ce château de Barbe-Bleue est la demeure. Il fait plus clair chez ton père. Me suis-tu, Judith, ma femme ?
Judith
Je viens, je viens, Barbe-Bleue.
Barbe-Bleue
(descendant lentement les marches)
Le tocsin là-bas résonne, là,
Ta mère en deuil sanglote,
Ton vieux père a pris ses armes
Et ton frère monte en selle.
Me suis-tu, Judith, ma femme ?
Judith
Je viens, je viens, Barbe-Bleue.
(Barbe-Bleue est arrivé au bas et se tourne vers Judith, qui s’est arrêtée à mi-chemin. La lumière de la porte éclaire les deux personnages.)
Barbe-Bleue
Tu hésites ? Tu recules ?
Judith
(portant les deux mains à son cœur)
Non. Ma robe s’était prise,
Un clou l’avait accrochée
Barbe-Bleue
Nous voici au but. Ce château de Barbe-Bleue est la demeure. Il fait plus clair chez ton père. Me suis-tu, Judith, ma femme ?
Judith
Je viens, je viens, Barbe-Bleue.
Barbe-Bleue
(descendant lentement les marches)
Le tocsin là-bas résonne, là,
Ta mère en deuil sanglote,
Ton vieux père a pris ses armes
Et ton frère monte en selle.
Me suis-tu, Judith, ma femme ?
Judith
Je viens, je viens, Barbe-Bleue.
(Barbe-Bleue est arrivé au bas et se tourne vers Judith, qui s’est arrêtée à mi-chemin. La lumière de la porte éclaire les deux personnages.)
Barbe-Bleue
Tu hésites ? Tu recules ?
Judith
(portant les deux mains à son cœur)
Non. Ma robe s’était prise,
Un clou l’avait accrochée
Version proposée à la médiathèque de Dole
Le Château de Barbe-Bleue [enr. sonore] = Bluebeard's castle / Béla Bartok, comp. ; livret de Béla Balázs ; d'après le conte de Charles Perrault ; Eva Marton, voix ; Samuel Ramey, voix ; Hungarian State Orchestra ; Adam Fischer, dir.. - CBS, 1988
Référence : http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Château_de_Barbe-Bleue
21 octobre 2011
Pelléas et Mélisande : opera incipit #2
Opera incipit, une nouvelle série qui revisite les grandes oeuvres de l'opéra de l'âge baroque à nos jours en commençant par le début... du livret.
George London, Victoria de los Angeles, Orchestra of the Metropolitan Opera House, Jean Morel
Scène 1. Une Forêt
(Entre Golaud.)
GOLAUD
Je ne pourrai plus sortir de cette forêt. Dieu sait jusqu'où cette bête m'a mené.
Je croyais cependant l'avoir blessée à mort; et voici des traces de sang.
Mais maintenant, je l'ai perdue de vue, je crois que je me suis perdu moi-même, et mes chiens ne me retrouvent plus. Je vais revenir sur mes pas. J'entends pleurer… Oh! oh! qu'y a-t-il là au bord de l'eau? Une petite fille qui pleure au bord de l'eau? Elle ne m'entend pas. Je ne vois pas son visage. Pourquoi pleures-tu? N'ayez pas peur vous n'avez rien à craindre. Pourquoi pleurez-vous, ici, toute seule?
MÉLISANDE
Ne me touchez pas! ne me touchez pas!
GOLAUD
N'ayez pas peur… Je ne vous ferai pas… Oh! vous êtes belle.
MÉLISANDE
Ne me touchez pas! ne me touchez pas, ou je me jette à l'eau!
GOLAUD
Je ne vous touche pas… Voyez, je resterai ici, contre l'arbre.
N'ayez pas peur. Quelqu'un vous a-t-il fait du mal?
MÉLISANDE
Oh! oui! oui! oui!
GOLAUD
Qui est-ce qui vous a fait du mal?
MÉLISANDE
Tous! tous!
GOLAUD
Quel mal vous a-t-on fait?
MÉLISANDE
Je ne veux pas le dire! je ne peux pas le dire!
[...]
Références
Pelléas et Mélisande [film] : drame lyrique en cinq actes et douze tableaux / Claude Debussy, comp. ; sur un livret de Maurice Maeterlinck ; Peter Stein, metteur en scène ; ; Alison Hagley, Neill Archer, Donald Maxwell [et all...] ; Orchestra and CHorus of Welsh National Opera ; Pierre Boulez, dir. - Universal Music Company, 1993. - 2 DVD vidéo (158 min.)
Pelléas et Mélisande [enr. sonore] : drame lyrique en cinq actes et douze tableaux / Claude Debussy ; drame de Maurice Maeterlinck ; Jacques Jansen, Micheline Grancher, Solange Michel...[et al.], voix ; Choeur de la Radio Télévision Française ; Orchestre National ; D. E. Inghelbrecht, dir. - EMI Classics. - 3 disques compacts
Pelléas et Mélisande [enr. sonore] : drame lyrique en cinq actes / Claude Debussy ; d'après Maurice Maeterlinck ; Elisabeth Söderström, George Shirley, Donald McIntyre...[et al.], voix ; Royal Opera Chorus, choeur ; Orchestra of the Royal Opera House Covent Garden, orch. ; Pierre Boulez, dir. - Sony Classical, 1970-1991. - 3 disques compacts
Pelléas et Mélisande [enr. sonore] : opéra en 5 actes / Claude Debussy ; livret de Maurice Maeterlinck ; d'après Maurice Maeterlinck ; Mireille Delunsch, Gérard Théruel, Armand Arapian... [et al.], chant ; Choeur régional Nord-Pas-de-Calais ; Orchestre national de Lille-région Nord-Pas de Calais ; Jean-Claude Casadesus, dir. - Naxos, 1996. - 3 disques compacts
Pelléas et Mélisande est une pièce de théâtre d'inspiration symboliste de l'écrivain belge Maurice Maeterlinck, créée le 13 mai 1893 au Théâtre des Bouffes-Parisiens.
La pièce fut mise en musique successivement par de grands compositeurs dont Gabriel Fauré (1898), Arnold Schönberg (1903), et Jean Sibelius (1905). Cependant, l'adaptation la plus célèbre et la plus ambitieuse de l’œuvre reste l'opéra de Claude Debussy sur un livret écrit par Maeterlinck lui-même. La première fut donnée à l'Opéra-Comique le 30 avril 1902. L’œuvre finit par faire un triomphe, malgré des premières représentations très houleuses. Debussy dut faire face au départ à l'incompréhension, aux sarcasmes et aux critiques, dont un pamphlet intitulé Pédéraste et Médisante.
L'action : Golaud, un prince veuf et déjà grisonnant, vit dans un château sombre et triste où rôdent la maladie et la mort. Il est le dauphin d'un royaume où règne encore son grand-père, le vieux roi Arkel. Lors d’une chasse, Golaud rencontre une jeune fille pleurant auprès d’un lac. Elle s’appelle Mélisande. Golaud lui propose de venir habiter au château familial et l’épouse. Mais Pelléas, le frère de Golaud, s'éprend de Mélisande. Les deux jeunes gens se retrouvent en secret, Golaud les surprend et devient fou de jalousie...
La pièce fut mise en musique successivement par de grands compositeurs dont Gabriel Fauré (1898), Arnold Schönberg (1903), et Jean Sibelius (1905). Cependant, l'adaptation la plus célèbre et la plus ambitieuse de l’œuvre reste l'opéra de Claude Debussy sur un livret écrit par Maeterlinck lui-même. La première fut donnée à l'Opéra-Comique le 30 avril 1902. L’œuvre finit par faire un triomphe, malgré des premières représentations très houleuses. Debussy dut faire face au départ à l'incompréhension, aux sarcasmes et aux critiques, dont un pamphlet intitulé Pédéraste et Médisante.
L'action : Golaud, un prince veuf et déjà grisonnant, vit dans un château sombre et triste où rôdent la maladie et la mort. Il est le dauphin d'un royaume où règne encore son grand-père, le vieux roi Arkel. Lors d’une chasse, Golaud rencontre une jeune fille pleurant auprès d’un lac. Elle s’appelle Mélisande. Golaud lui propose de venir habiter au château familial et l’épouse. Mais Pelléas, le frère de Golaud, s'éprend de Mélisande. Les deux jeunes gens se retrouvent en secret, Golaud les surprend et devient fou de jalousie...George London, Victoria de los Angeles, Orchestra of the Metropolitan Opera House, Jean Morel
Scène 1. Une Forêt
(Entre Golaud.)
GOLAUD
Je ne pourrai plus sortir de cette forêt. Dieu sait jusqu'où cette bête m'a mené.
Je croyais cependant l'avoir blessée à mort; et voici des traces de sang.
Mais maintenant, je l'ai perdue de vue, je crois que je me suis perdu moi-même, et mes chiens ne me retrouvent plus. Je vais revenir sur mes pas. J'entends pleurer… Oh! oh! qu'y a-t-il là au bord de l'eau? Une petite fille qui pleure au bord de l'eau? Elle ne m'entend pas. Je ne vois pas son visage. Pourquoi pleures-tu? N'ayez pas peur vous n'avez rien à craindre. Pourquoi pleurez-vous, ici, toute seule?
MÉLISANDE
Ne me touchez pas! ne me touchez pas!
GOLAUD
N'ayez pas peur… Je ne vous ferai pas… Oh! vous êtes belle.
MÉLISANDE
Ne me touchez pas! ne me touchez pas, ou je me jette à l'eau!
GOLAUD
Je ne vous touche pas… Voyez, je resterai ici, contre l'arbre.
N'ayez pas peur. Quelqu'un vous a-t-il fait du mal?
MÉLISANDE
Oh! oui! oui! oui!
GOLAUD
Qui est-ce qui vous a fait du mal?
MÉLISANDE
Tous! tous!
GOLAUD
Quel mal vous a-t-on fait?
MÉLISANDE
Je ne veux pas le dire! je ne peux pas le dire!
[...]
Références
Pelléas et Mélisande [film] : drame lyrique en cinq actes et douze tableaux / Claude Debussy, comp. ; sur un livret de Maurice Maeterlinck ; Peter Stein, metteur en scène ; ; Alison Hagley, Neill Archer, Donald Maxwell [et all...] ; Orchestra and CHorus of Welsh National Opera ; Pierre Boulez, dir. - Universal Music Company, 1993. - 2 DVD vidéo (158 min.)
Pelléas et Mélisande [enr. sonore] : drame lyrique en cinq actes et douze tableaux / Claude Debussy ; drame de Maurice Maeterlinck ; Jacques Jansen, Micheline Grancher, Solange Michel...[et al.], voix ; Choeur de la Radio Télévision Française ; Orchestre National ; D. E. Inghelbrecht, dir. - EMI Classics. - 3 disques compacts
Pelléas et Mélisande [enr. sonore] : drame lyrique en cinq actes / Claude Debussy ; d'après Maurice Maeterlinck ; Elisabeth Söderström, George Shirley, Donald McIntyre...[et al.], voix ; Royal Opera Chorus, choeur ; Orchestra of the Royal Opera House Covent Garden, orch. ; Pierre Boulez, dir. - Sony Classical, 1970-1991. - 3 disques compacts
Pelléas et Mélisande [enr. sonore] : opéra en 5 actes / Claude Debussy ; livret de Maurice Maeterlinck ; d'après Maurice Maeterlinck ; Mireille Delunsch, Gérard Théruel, Armand Arapian... [et al.], chant ; Choeur régional Nord-Pas-de-Calais ; Orchestre national de Lille-région Nord-Pas de Calais ; Jean-Claude Casadesus, dir. - Naxos, 1996. - 3 disques compacts
20 octobre 2011
The dream before : chanson de la semaine #74
Figurant dans l'album Strange angels (1989), la chanson The dream before interprétée par Laurie Anderson fait référence à une allégorie du philosophe Walter Benjamin définissant le concept d'Histoire. Cette description est elle-même inspirée par une aquarelle du peintre Paul Klee Angelus Novus.


[...]
She said: What is history?
She said: What is history?
And he said: History is an angel
being blown backwards into the future
He said: History is a pile of debris
And the angel wants to go back and fix things
To repair the things that have been broken
But there is a storm blowing from Paradise
And the storm keeps blowing the angel
backwards into the future
And this storm, this storm
is called
Progress
Angelus Novus
"Es gibt ein Bild von Klee, das Angelus Novus heißt. Ein Engel ist darauf dargestellt, der aussieht, als wäre er im Begriff, sich von etwas zu entfernen, worauf er starrt. Seine Augen sind aufgerissen, sein Mund steht offen und seine Flügel sind ausgespannt. Der Engel der Geschichte muß so aussehen. Er hat das Antlitz der Vergangenheit zugewendet. Wo eine Kette von Begebenheiten vor uns erscheint, da sieht er eine einzige Katastrophe, die unablässig Trümmer auf Trümmer häuft und sie ihm vor die Füße schleudert. Er möchte wohl verweilen, die Toten wecken und das Zerschlagene zusammenfügen. Aber ein Sturm weht vom Paradiese her, der sich in seinen Flügeln verfangen hat und so stark ist, daß der Engel sie nicht mehr schließen kann. Dieser Sturm treibt ihn unaufhaltsam in die Zukunft, der er den Rücken kehrt, während der Trümmerhaufen vor ihm zum Himmel wächst. Das, was wir den Fortschritt nennen, ist dieser Sturm."
Walter Benjamin - Über den Begriff der Geschichte (Wikipedia)
"Es gibt ein Bild von Klee, das Angelus Novus heißt. Ein Engel ist darauf dargestellt, der aussieht, als wäre er im Begriff, sich von etwas zu entfernen, worauf er starrt. Seine Augen sind aufgerissen, sein Mund steht offen und seine Flügel sind ausgespannt. Der Engel der Geschichte muß so aussehen. Er hat das Antlitz der Vergangenheit zugewendet. Wo eine Kette von Begebenheiten vor uns erscheint, da sieht er eine einzige Katastrophe, die unablässig Trümmer auf Trümmer häuft und sie ihm vor die Füße schleudert. Er möchte wohl verweilen, die Toten wecken und das Zerschlagene zusammenfügen. Aber ein Sturm weht vom Paradiese her, der sich in seinen Flügeln verfangen hat und so stark ist, daß der Engel sie nicht mehr schließen kann. Dieser Sturm treibt ihn unaufhaltsam in die Zukunft, der er den Rücken kehrt, während der Trümmerhaufen vor ihm zum Himmel wächst. Das, was wir den Fortschritt nennen, ist dieser Sturm."
Walter Benjamin - Über den Begriff der Geschichte (Wikipedia)
Angelus Novus
"Il existe un tableau de Klee qui s'intitule Angelus Novus. Il représente un ange qui semble avoir dessein de s'éloigner de ce à quoi son regard semble rivé. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. Tel est l'aspect que doit avoir nécessairement l'ange de l'histoire. Il a le visage tourné vers le passé. Où paraît devant nous une suite d'événements, il ne voit qu'une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d'amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds. Il voudrait bien s'attarder, réveiller les morts et rassembler les vaincus. Mais du paradis souffle une tempête qui s'est prise dans ses ailes, si forte que l'ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse incessamment vers l'avenir auquel il tourne le dos, cependant que jusqu'au ciel devant lui s'accumulent les ruines. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès."
Walter Benjamin - "Thèses sur le concept d’histoire" (Wikipédia)
"Il existe un tableau de Klee qui s'intitule Angelus Novus. Il représente un ange qui semble avoir dessein de s'éloigner de ce à quoi son regard semble rivé. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. Tel est l'aspect que doit avoir nécessairement l'ange de l'histoire. Il a le visage tourné vers le passé. Où paraît devant nous une suite d'événements, il ne voit qu'une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d'amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds. Il voudrait bien s'attarder, réveiller les morts et rassembler les vaincus. Mais du paradis souffle une tempête qui s'est prise dans ses ailes, si forte que l'ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse incessamment vers l'avenir auquel il tourne le dos, cependant que jusqu'au ciel devant lui s'accumulent les ruines. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès."
Walter Benjamin - "Thèses sur le concept d’histoire" (Wikipédia)
15 octobre 2011
Wozzeck : opera incipit #1
INCIPIT (in-si-pit') s. m. : Terme de paléographie.
Se dit des premiers mots par lesquels commence un manuscrit.
Étymologie : Lat. incipit, il commence, de in (voy. IN.... 2), et capere, prendre. (Littré)
Se dit des premiers mots par lesquels commence un manuscrit.
Étymologie : Lat. incipit, il commence, de in (voy. IN.... 2), et capere, prendre. (Littré)
Opera incipit, une nouvelle série pour revisiter les grandes oeuvres de l'opéra de l'âge baroque à nos jours en commençant par le début... du livret.
En 1837, Georg Büchner avait écrit une pièce de théâtre Woyzeck inspirée d'un fait divers, l'histoire de Johann Christian Woyzeck, un ancien soldat, coiffeur et fabricant de perruque qui assassina sa compagne. Le cinéaste Werner Herzog en tourna une adaptation en 1979 avec dans le rôle titre, l'acteur Klaus Kinski :
Alban Berg composa, d'après la même pièce de Georg Büchner, un opéra de trois actes Wozzeck qui fut créé au Staatsoper de Berlin en 1925, avant d'être interdit par le régime nazi : Franz Wozzeck, ancien soldat, sujet à des hallucinations, car ayant servit de cobaye à des expérimentations médicales, découvre l'infidélité de sa compagne...
Langsam, Wozzeck, langsam!
ERSTER AKT
1. Szene ("Der Hauptmann")
Zimmer des Hauptmanns. Frühmorgens.
Der Hauptmann sitzt auf einem Stuhl vor einem Spiegel. Wozzeck rasiert ihn.HAUPTMANN
Langsam, Wozzeck, langsam! Eins nach dem Andern! Er macht mir ganz schwindlich.
(Er bedeckt Stirn und Augen mit der Hand. Wozzeck unterbricht seine Arbeit. Der Hauptmann, wieder beruhigt)
Was soll ich denn mit den zehn Minuten anfangen, die Er heut’ zu früh fertig wird? Wozzeck, bedenk’ Er, Er hat noch seine schönen dreißig Jahr’ zu leben! Dreißig Jahre: macht dreihundert und sechzig Monate und erst wieviel Tage, Stunden, Minuten! Was will Er denn mit der ungeheuren Zeit all’ anfangen? Teil’ Er sich ein, Wozzeck!
WOZZECK
Jawohl, Herr Hauptmann!
HAUPTMANN
Es wird mir ganz angst um die Welt, wenn ich an die Ewigkeit denk’. „Ewig’, das ist ewig! Das sieht Er ein. Nun ist es aber wieder nicht ewig, sondern ein Augenblick, ja, ein Augenblick! – Wozzeck, es schaudert mich, wenn ich denke, daß sich die Welt in einem Tag herumdreht: drum kann ich auch kein Mühlrad mehr sehn, oder ich werde melancholisch!
WOZZECK
Jawohl, Herr Hauptmann!
HAUPTMANN
Wozzeck, Er sieht immer so verhetzt aus! Ein guter Mensch tut das nicht. Ein guter Mensch, der sein gutes Gewissen hat, tut alles langsam… Red’ Er doch was, Wozzeck. Was ist heut’ für ein Wetter?
WOZZECK
Sehr schlimm, Herr Hauptmann! Wind!
[...]
1. Szene ("Der Hauptmann")
Zimmer des Hauptmanns. Frühmorgens.
Der Hauptmann sitzt auf einem Stuhl vor einem Spiegel. Wozzeck rasiert ihn.HAUPTMANN
Langsam, Wozzeck, langsam! Eins nach dem Andern! Er macht mir ganz schwindlich.
(Er bedeckt Stirn und Augen mit der Hand. Wozzeck unterbricht seine Arbeit. Der Hauptmann, wieder beruhigt)
Was soll ich denn mit den zehn Minuten anfangen, die Er heut’ zu früh fertig wird? Wozzeck, bedenk’ Er, Er hat noch seine schönen dreißig Jahr’ zu leben! Dreißig Jahre: macht dreihundert und sechzig Monate und erst wieviel Tage, Stunden, Minuten! Was will Er denn mit der ungeheuren Zeit all’ anfangen? Teil’ Er sich ein, Wozzeck!
WOZZECK
Jawohl, Herr Hauptmann!
HAUPTMANN
Es wird mir ganz angst um die Welt, wenn ich an die Ewigkeit denk’. „Ewig’, das ist ewig! Das sieht Er ein. Nun ist es aber wieder nicht ewig, sondern ein Augenblick, ja, ein Augenblick! – Wozzeck, es schaudert mich, wenn ich denke, daß sich die Welt in einem Tag herumdreht: drum kann ich auch kein Mühlrad mehr sehn, oder ich werde melancholisch!
WOZZECK
Jawohl, Herr Hauptmann!
HAUPTMANN
Wozzeck, Er sieht immer so verhetzt aus! Ein guter Mensch tut das nicht. Ein guter Mensch, der sein gutes Gewissen hat, tut alles langsam… Red’ Er doch was, Wozzeck. Was ist heut’ für ein Wetter?
WOZZECK
Sehr schlimm, Herr Hauptmann! Wind!
[...]
PREMIER ACTE
Scène 1 (« Le Capitaine »)
Le chambre du capitaine. Tôt le matin
Le capitaine est assis sur une chaise devant un miroir. Wozzeck est en train de le raser.
CAPITAINE
Lentement, Wozzeck, lentement ! Une chose après l’autre ! Vous me donnez le vertige, vraiment !
(II se passe la main sur le front et les yeux. Wozzeck interrompt son travail. Le capitaine de nouveau calmé.)
Que vais-je donc faire des dix minutes que vous m’ajoutez si vous terminez trop tôt aujourd’hui ? Pensez-y, Wozzeck, vous avez bien encore trente ans à vivre! Trente ans, cela fait trois cent soixante mois, et combien donc de jours, d’heures, de minutes ! Qu’allez-vous donc faire de cette montagne de temps ? Organisez-vous, Wozzeck !
WOZZECK
Oui, mon capitaine !
CAPITAINE
J’ai vraiment peur pour le monde, lorsque je pense à l’éternité. « Éternel ! », c’est éternel ! Vous êtes bien d’accord. Mais on peut aussi dire que ce n’est pas éternel, mais un instant, oui, un instant ! – Wozzeck, je frémis d’horreur, quand je pense que le monde tourne entièrement sur lui-même en un jour : c’est pourquoi je ne peux plus voir la roue d’un moulin, sans quoi je deviens mélancolique !
WOZZECK
Oui, mon capitaine !
CAPITAINE
Wozzeck, vous avez toujours l’air si harcelé ! Un honnête homme n’est pas comme ça. Un honnête homme, qui a une bonne conscience, fait tout posément… Dites donc quelque chose, Wozzeck. Quel temps fait-il aujourd’hui ?
WOZZECK
Très mauvais, mon capitaine ! Du vent !
[...]
Scène 1 (« Le Capitaine »)
Le chambre du capitaine. Tôt le matin
Le capitaine est assis sur une chaise devant un miroir. Wozzeck est en train de le raser.
CAPITAINE
Lentement, Wozzeck, lentement ! Une chose après l’autre ! Vous me donnez le vertige, vraiment !
(II se passe la main sur le front et les yeux. Wozzeck interrompt son travail. Le capitaine de nouveau calmé.)
Que vais-je donc faire des dix minutes que vous m’ajoutez si vous terminez trop tôt aujourd’hui ? Pensez-y, Wozzeck, vous avez bien encore trente ans à vivre! Trente ans, cela fait trois cent soixante mois, et combien donc de jours, d’heures, de minutes ! Qu’allez-vous donc faire de cette montagne de temps ? Organisez-vous, Wozzeck !
WOZZECK
Oui, mon capitaine !
CAPITAINE
J’ai vraiment peur pour le monde, lorsque je pense à l’éternité. « Éternel ! », c’est éternel ! Vous êtes bien d’accord. Mais on peut aussi dire que ce n’est pas éternel, mais un instant, oui, un instant ! – Wozzeck, je frémis d’horreur, quand je pense que le monde tourne entièrement sur lui-même en un jour : c’est pourquoi je ne peux plus voir la roue d’un moulin, sans quoi je deviens mélancolique !
WOZZECK
Oui, mon capitaine !
CAPITAINE
Wozzeck, vous avez toujours l’air si harcelé ! Un honnête homme n’est pas comme ça. Un honnête homme, qui a une bonne conscience, fait tout posément… Dites donc quelque chose, Wozzeck. Quel temps fait-il aujourd’hui ?
WOZZECK
Très mauvais, mon capitaine ! Du vent !
[...]
Discographie :
Wozzeck [enr. sonore] / Alban Berg, comp. ; Mack Harrell, Eilen Farrell, Joseph Mordino,... [et al.], voix ; High School of Music and Art Chorus and Chorus of the Schola Cantorum, ens. instr. et voc. ; New York Philharmonic, orch. ; Dimitri Mitropoulos, dir. - Sony Classical, 1951-1997
Wozzeck [enr. sonore] / Alan Berg, comp. ; Walter Berry, voix ; Isabel Strauss, voix ; Fritz Uhl, voix ; Carl Doench, voix ; Orchestre et Choeur de l'Opéra de Paris ; Pierre Boulez, dir. - CBS, 1966-1971
Wozzeck [enr. sonore] / Alan Berg ; Bo Skovhus, Jan Blinkhof, Jürgen Sacher, voix. ; Chor der Hamburgischen, choeur ; Philharmonisches Staatsorchester Hamburg, ens. instr. ; Ingo Metzmacher, dir. - EMI Classics, 1998
Wozzeck [enr. sonore] / Alan Berg, comp. ; Walter Berry, voix ; Isabel Strauss, voix ; Fritz Uhl, voix ; Carl Doench, voix ; Orchestre et Choeur de l'Opéra de Paris ; Pierre Boulez, dir. - CBS, 1966-1971
Wozzeck [enr. sonore] / Alan Berg ; Bo Skovhus, Jan Blinkhof, Jürgen Sacher, voix. ; Chor der Hamburgischen, choeur ; Philharmonisches Staatsorchester Hamburg, ens. instr. ; Ingo Metzmacher, dir. - EMI Classics, 1998
27 juillet 2011
At the venture : chanson de la semaine #67
Eté, saison propice au farniente, à la lecture et à l'imagination...
... Une voix féminine récite, dans l'ordre chronologique de leur parution, une liste de romans et de nouvelles de Jules Verne. Autant de suggestions de lectures estivales !
Shipping News - At the venture
Shipping News est un groupe de post-rock originaire du Kentucky. At the venture figure sur l'album Save Everything (Quarterstick, 1997)

Shipping News : LastFm, Allmusic, wikipédia
Jules Verne : wikipédia
... Une voix féminine récite, dans l'ordre chronologique de leur parution, une liste de romans et de nouvelles de Jules Verne. Autant de suggestions de lectures estivales !
Shipping News - At the venture
Shipping News est un groupe de post-rock originaire du Kentucky. At the venture figure sur l'album Save Everything (Quarterstick, 1997)

Cinq semaines en ballon (1863)
Paris au XXe siècle (1863)
Voyage au centre de la Terre (1864)
De la Terre à la Lune (1865)
Voyages et aventures du capitaine Hatteras (1866)
Les Enfants du capitaine Grant (1868)
Autour de la Lune (1870)
Vingt mille lieues sous les mers (1870)
Une ville flottante (1871)
Aventures de trois Russes et de trois Anglais dans l'Afrique australe (1872)
Le Tour du monde en quatre-vingts jours (1873)
Maître Zacharius ou l'horloger qui avait perdu son âme (1874)
Paris au XXe siècle (1863)
Voyage au centre de la Terre (1864)
De la Terre à la Lune (1865)
Voyages et aventures du capitaine Hatteras (1866)
Les Enfants du capitaine Grant (1868)
Autour de la Lune (1870)
Vingt mille lieues sous les mers (1870)
Une ville flottante (1871)
Aventures de trois Russes et de trois Anglais dans l'Afrique australe (1872)
Le Tour du monde en quatre-vingts jours (1873)
Maître Zacharius ou l'horloger qui avait perdu son âme (1874)
Un voyage en ballon [Un drame dans les airs] (1974)
Un hivernage dans les glaces (1874)
Quarantième ascension française au mont Blanc (1974)
L'Île mystérieuse (1874-1875)
Les Indes noires (1877)
Un capitaine de quinze ans (1878)
Les Tribulations d'un Chinois en Chine (1879)
Les Cinq Cents Millions de la Bégum (1879)
La Maison à vapeur (1880)
Le Rayon vert (1882)
Kéraban-le-Têtu (1883)
L'Archipel en feu (1884)
L'Étoile du sud (1884)
L'Épave du Cynthia (1886)
Un hivernage dans les glaces (1874)
Quarantième ascension française au mont Blanc (1974)
L'Île mystérieuse (1874-1875)
Les Indes noires (1877)
Un capitaine de quinze ans (1878)
Les Tribulations d'un Chinois en Chine (1879)
Les Cinq Cents Millions de la Bégum (1879)
La Maison à vapeur (1880)
Le Rayon vert (1882)
Kéraban-le-Têtu (1883)
L'Archipel en feu (1884)
L'Étoile du sud (1884)
L'Épave du Cynthia (1886)
Shipping News : LastFm, Allmusic, wikipédia
Jules Verne : wikipédia
13 juillet 2011
Omar Khayyâm : la caravane : chanson de la semaine #65
Omar Khayyām (1048-1131) (persan :عمر خیام) fut l'un des plus grands mathématiciens et astronome du Moyen-Âge et l'un des plus grands poètes de la langue perse. Son oeuvre poétique est constituée de quatrains, littéralement les rubaiyat (persan: رباعى رباعیات [rubāʿiyāt]). Le compositeur et musicien Ali Ghamsary a mis en musique quelques-uns de ces poèmes pour un spectacle et un enregistrement édité par le label Accords croisés. Les deux quatrains réunis ici sous le titre La caravane sont interprétés en persan par le chanteur Alizera Ghorbani.


Tous nos amis s'en sont allés, un à un
Résidant maintenant avec l'Ange de la Mort,
Au banquet de la vie, ils ont bu le même vin,
Vidant leurs coupes avant nous pour glisser dans le sommeil.
این قافله عمر عجب می گذرد
دریاب دمی که با طرب می گذرد
ساقی غم فردای حریفان چه خوری
پیش آر پیاله را که شب می گذرد
دریاب دمی که با طرب می گذرد
ساقی غم فردای حریفان چه خوری
پیش آر پیاله را که شب می گذرد
Regarde, c'est la caravane de la vie qui passe
Soit conscient et apprécie chaque instant
Ne te soucie pas tant de demain
Remplis mon verre, cette nuit s'achève déjà.
Soit conscient et apprécie chaque instant
Ne te soucie pas tant de demain
Remplis mon verre, cette nuit s'achève déjà.
Ivresses : le sacre de Khayyam [Rapture : the rite of Khayyam] / Ali Ghamsary, comp., tar, divan ; quatrains d’Omar Khayyam ; Alizera Ghorbani, chant persan & Dorsaf Hamdani, chant arabe. – Accords croisés : Harmonia Mundi, 2010.http://fr.wikipedia.org/wiki/Omar_Khayyam
http://www.alighamsari.com/
http://www.alirezaghorbani.com/
Merci à Ayeh Howaizi pour son aide précieuse :-)
16 juin 2011
Paul Verlaine, un poète en chansons et en musique #13
« Verlaine, que de fois je l’ai vu passé devant ma porte, furieux, riant, jurant, frappant le sol d’un gros bâton d’infirme ou de vagabond menaçant. Comment imaginer que ce cheminot, parfois si brutal d’aspect et de parole, sordide à la fois inquiétant et inspirant la compassion, fut pourtant l’auteur des musiques poétiques les plus délicates, des mélodies verbales les plus neuves et les plus touchantes qu’il y ait dans notre langue. »
Paul Valéry, Variétés
Les multiples vies poétiques de Verlaine
Contre les épanchements du Romantisme, Verlaine fut d’abord avec ses premiers recueils Poèmes saturniens (1966) et Fêtes galantes (1967) un poète parnassien défenseur de l’Art pour l’Art, dans la lignée de Gautier, De Banville, Lecomte de l’Isle et Coppée. Avec La bonne chanson il développa un style d'inspiration hugolienne (1872), puis une sensibilité impressionniste avec Romances sans paroles (1874).Sa conversion au catholicisme empreint de religiosité Sagesse (1881) , un recueil en partie écrit en prison.
Enfin, il se rapprochera dans ses derniers recueils Chansons pour elle (1891), Chair (1896) du lyrisme et du ton gaulois de Villon.
A la suite de Baudelaire, Verlaine sera considéré comme le précurseur et la figure de référence du mouvement symboliste (Villiers de L'Isle-Adam, Laforgue, Mallarmé, Maeterlinck, Moréas) et du mouvement décadent (Huysmans, Lorrain).
Ses différentes périodes stylistiques reflètent l’évolution du poète dans son passage de la jeunesse à la maturité : « Plusieurs […] regrettent que j’ai aussi renoncé à ces sujets « gracieux » de comédie italienne et bergerades contournées, oubliant que je n’ai plus vingt ans et que je ne jouis pas de l’éternelle jeunesse ». Toutefois ce parcours poétique se construit dans la continuité. Dans la préface de 1890 à la 2ème édition des Poèmes saturniens, Verlaine écrit : « Une sorte d’unité relie mes choses premières à celles de mon âge mûr. Les paysages tristes ne sont-ils pas en quelque sorte l’œuf de toute sorte de vers chanteurs, vagues ensembles et définis, dont je suis peut-être le premier en date l’oiselier? ».
Comme l'indiquent les titres des recueils La Bonne Chanson, Romances sans paroles, Ariettes oubliées, Chansons pour elle, l’un des vecteurs de l'unité poétique verlainienne est certainement la musique.
(mis à jour 15/01/2025)
15 juin 2011
L'art poétique : chanson de la semaine #62
Paul Verlaine (1844-1896) a écrit L'art poétique en 1874, le texte sera publié en 1884 dans le recueil Jadis et naguère. Léo Ferré (1916-1993) l'a mis en musique pour le disque Léo Ferré – Chante Verlaine Et Rimbaud sorti en 1964 chez Barclay.

De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l’Impair
Plus vague et plus soluble dans l’air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.
Il faut aussi que tu n’ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l’Indécis au Précis se joint.
C’est des beaux yeux derrière des voiles,
C’est le grand jour tremblant de midi,
C’est, par un ciel d’automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles !
Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !
Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L’Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l’Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !
Prends l’éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d’énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l’on n’y veille, elle ira jusqu’où ?
Ô qui dira les torts de la Rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d’un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?
De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée
Vers d’autres cieux à d’autres amours.
Que ton vers soit la bonne aventure
Éparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym…
Et tout le reste est littérature.
Source : Jadis et naguère (1884) sur Wikisource
Analyse et commentaire du poème sur Verlaine expliqué
Photographie par Paul Marsan dit Dornac (1858-1941) (à propos de Dornac sur le site d'Yves Di Maria)

De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l’Impair
Plus vague et plus soluble dans l’air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.
Il faut aussi que tu n’ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l’Indécis au Précis se joint.
C’est des beaux yeux derrière des voiles,
C’est le grand jour tremblant de midi,
C’est, par un ciel d’automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles !
Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !
Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L’Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l’Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !
Prends l’éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d’énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l’on n’y veille, elle ira jusqu’où ?
Ô qui dira les torts de la Rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d’un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?
De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée
Vers d’autres cieux à d’autres amours.
Que ton vers soit la bonne aventure
Éparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym…
Et tout le reste est littérature.
Source : Jadis et naguère (1884) sur Wikisource
Analyse et commentaire du poème sur Verlaine expliqué
Photographie par Paul Marsan dit Dornac (1858-1941) (à propos de Dornac sur le site d'Yves Di Maria)
2 juin 2011
Les ingénus : chanson de la semaine #60

Le poème de Paul Verlaine Les Ingénus appartient au recueil Fêtes galantes (1869), un cycle de 22 poèmes évoquant le XVIIIe siècle rococo tel que figuré par le peintre Antoine Watteau (1684-1721).
Claude Debussy a mis en musique quelques textes de ce recueil en deux cycles :
Fêtes galantes I (no. 1. En sourdine ; no. 2. Fantoches ; no. 3. Clair de lune) (1891)
Fêtes galantes II (no. 1. Les ingénus ; no. 2. Le faune ; no. 3. Colloque sentimental) (1904)
Interprétation : Maggie Teyte, soprano - Alfred Cortot, piano
Les ingénus
Les hauts talons luttaient avec les longues jupes,
En sorte que, selon le terrain et le vent,
Parfois luisaient des bas de jambes, trop souvent
Interceptés ! — et nous aimions ce jeu de dupes.
Parfois aussi le dard d’un insecte jaloux
Inquiétait le col des belles, sous les branches,
Et c’étaient des éclairs soudains de nuques blanches
Et ce régal comblait nos jeunes yeux de fous.
Le soir tombait, un soir équivoque d’automne :
Les belles, se pendant rêveuses à nos bras,
Dirent alors des mots si spécieux, tout bas,
Que notre âme depuis ce temps tremble et s’étonne.
Wikipédia : Paul Verlaine
Wikisource : Les fêtes galantes
Wikipédia : Claude Debussy
Illustration : Jean-Antoine Watteau, Récréation galante (1718-1720), Staatliche Museen, Berlin
http://www.deezer.com/listen-3288271
25 mai 2011
Alphonse de Lamartine : Poètes en musique #12
Comme un enfant bercé par un chant monotone,
Mon âme s'assoupit au murmure des eaux.
Le vallon
Mon âme s'assoupit au murmure des eaux.
Le vallon

Il y a chez Alphonse de Lamartine, une discordance entre le poète et l'homme public. Il a 30 ans lorsqu'il publie les Méditations , un recueil de poèmes empreint de mélancolie, évoquant l'Isolement, le Souvenir, la Retraite, l'Automne, la fleur séchée, le Désespoir, etc. Une telle poésie de la douleur et du recueillement contraste avec le parcours de sa vie : Lamartine fut un homme plein de vigueur et d'énergie, amateur de chasse, il meurt à 79 ans, après avoir mené carrière dans la diplomatie en Italie, puis comme député, portant des convictions royalistes puis républicaines. Ministre des affaires étrangères pendant le gouvernement provisoire après la révolution de 1848, il essuiera la même année une défaite cuisante lors de sa candidature malheureuse à l'élection présidentielle qui amena au pouvoir le futur Napoléon III. Lamartine est, avec Victor Hugo, l'un des poètes les plus influents du Romantisme français, possédant une double ambition littéraire et politique. Il côtoya dans les salons, les compositeurs Sigismund Neukomm et Franz Liszt. Son oeuvre fut beaucoup mis en musique au XIXe siècle, notamment le Lac par Louis Niedermeyer (que vous avons présenté précédemment). Au XXe siècle, Georges Brassens fit une très belle adaptation en chanson de la Pensée des Morts.
14 mai 2011
Le lac : chanson de la semaine #57
On a essayé mille fois d'ajouter la mélodie plaintive de la musique au gémissement de ces strophes. On a réussi une seule fois : Niedermeyer a fait de cette ode une touchante traduction en notes. J'ai entendu chanter cette romance, et j'ai vu les larmes qu'elle faisait répandre.
Lamartine.

Le lac est un poème d'Alphonse de Lamartine constitué de seize quatrains appartenant au recueil des Méditations poétiques. L'ouvrage publié en 1820 est considéré comme le premier manifeste du Romantisme français.
Louis Niedermeyer compose une romance en mettant en musique Le lac. La partition imprimée en 1825 rencontre un très grand succès et sera l’une des mélodies les plus chantées dans les salons au cours du XIXe siècle.
Gustave Flaubert évoque l’œuvre dans Madame Bovary : Lors de l’épisode de la promenade en barque avec Léon, Emma chante un couplet du Lac : "Une fois, la lune parut ; alors ils ne manquèrent pas à faire des phrases, trouvant l'astre mélancolique et plein de poésie ; même elle se mit à chanter : Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions, etc. ."
Camille Saint-Saëns voit en cette romance l'un des actes de naissance de la mélodie française : "Niedermeyer a été surtout un précurseur en écrivant Le Lac ... il a créé un genre nouveau, d'un art supérieur, analogue au Lied allemand et le succès retentissant de cette oeuvre a frayé le chemin à Charles Gounod et à tous ceux qui l'ont suivi dans cette voie."
Le lac est interprété par le chanteur lyrique basse Just Nivette, un enregistrement datant de 1906 (Odéon Brun 60053)
Louis Niedermeyer compose une romance en mettant en musique Le lac. La partition imprimée en 1825 rencontre un très grand succès et sera l’une des mélodies les plus chantées dans les salons au cours du XIXe siècle.
Gustave Flaubert évoque l’œuvre dans Madame Bovary : Lors de l’épisode de la promenade en barque avec Léon, Emma chante un couplet du Lac : "Une fois, la lune parut ; alors ils ne manquèrent pas à faire des phrases, trouvant l'astre mélancolique et plein de poésie ; même elle se mit à chanter : Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions, etc. ."
Camille Saint-Saëns voit en cette romance l'un des actes de naissance de la mélodie française : "Niedermeyer a été surtout un précurseur en écrivant Le Lac ... il a créé un genre nouveau, d'un art supérieur, analogue au Lied allemand et le succès retentissant de cette oeuvre a frayé le chemin à Charles Gounod et à tous ceux qui l'ont suivi dans cette voie."
Le lac est interprété par le chanteur lyrique basse Just Nivette, un enregistrement datant de 1906 (Odéon Brun 60053)
Just Nivette - Le lac (Lamartine/Niedermeyer) - 1906
Un soir, t’en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.
Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !
Sources et références
Études littéraires - Alphonse de Lamartine (1790-1869) : Méditations poétiques (1820)
http://www.etudes-litteraires.com/lamartine.php
Musica et Memoria - Louis Niedermeyer
http://www.musimem.com/niedermeyer.htm
Université de Rouen - Centre Flaubert - L’atelier Bovary : La musique
http://flaubert.univ-rouen.fr/bovary/atelier/noms_propres/musique.htm
Wikipédia : Alphonse de Lamartine - Louis Niedermeyer
Illustration : Jean-Baptiste Camille Corot Paysage près de Riva sur le lac de Garde (1835)
8 avril 2011
Paul Valéry : Poètes en musique #11
« La poésie est l’ambition d’un discours qui soit chargé de plus de sens et mêlé de plus de musique que le langage ordinaire n’en porte et n’en peut porter. »
Variété , 1921
Paul Valéry (1871-1945) est un écrivain, et philosophe dont la poésie s'inscrit dans le prolongement du mouvement symboliste, plus particulièrement dans l'héritage du projet mallarméen : " [...] « Que peut un homme ?». Dans la conception et la poursuite de cette recherche, musique, mystique et mathématiques ont constitué pour Valéry des expériences formatrices. Toutes les trois ont présidé, dans la dernière décennie du dix-neuvième siècle, à la genèse même de son Système. La musique, alors incarnée à ses yeux par le « dieu Richard Wagner», figure d'emblée l'art suprême [...] La grande affaire pour les poètes disciples de Mallarmé est de "reprendre à la musique [leur] bien", acte de défense autant que d'imitation par lequel ils cherchaient à définir une esthétique adéquate à leur désir : l'état poétique devait être calculé avec une exactitude quasi-scientifique."
Alain Buisine, Paul Valéry : Musique, Mystique, Mathématique (1993)2 avril 2011
Louis Aragon, un poète en chansons et en musique #10
Cette espèce de douleur que j’ai, que je promène au plus profond de moi, parfois s’éteint, s’endort. On dirait que je ne sais quelle chanson la berce, la vainc, la surmonte. Une chanson pourtant oubliée mais qui se réveille. Une chanson de mon enfance. J’essaie d’en retrouver les mots, la musique. D’où vient-elle ?
La valse des adieux (1972)
Poète dadaïsme et surréaliste au côté d'André Breton, puis faisant carrière dans le journalisme et adhérant au Parti Communiste, Louis Aragon (1897-1982) s'engagea dans la lutte contre l'occupant nazi et fut avec Paul Éluard et René Char, l'un des chantres de la Résistance (L'Affiche rouge, La rose et le réséda). Si son oeuvre inspira les compositeurs de musique savante (Poulenc, Auric, Duhamel), elle fut surtout portée, diffusée de manière retentissante par la chanson : on compte ainsi plus de cent interprètes d’Aragon. Parmi eux, on retiendra d'abord le remarquable travail de mise en chansons réalisé par Léo Ferré (L'affiche rouge, Est-ce ainsi que les hommes vivent?, L'étrangère) et par Jean Ferrat (Que serais-je sans toi, Aimer à perdre la raison), mais aussi les albums dédiés au poète par Marc Ogeret, Francesca Solleville, Monique Morelli, Hélène Martin, Catherine Sauvage, sans oublier Georges Brassens (Il n'y a pas d'amour heureux), ... et beaucoup d'autres à réécouter ou à découvrir...
- mis à jour le 16/02/2025 -
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