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28 mai 2012

Quiz : Musique classique et cinéma


Le magnétophone à cassette d'Hannibal Lecter dans sa cellule
Le Silence des agneaux (1991)

10 décembre 2011

Salomé : opera incipit #5

Salomé est un opéra composé par Richard Strauss, sur un livret en allemand d'Hedwig Lachmann, adapté de la pièce d'Oscar Wilde écrite en français. L'oeuvre fut créée à Dresde, au Königgliches Opernhaus, en 1905.
L'histoire de Salomé est tirée des Évangiles : Salomé, fille d'Hérodiade accepte de danser devant Hérode, son beau-père. En échange, le tétrarque de Galilée s'engage à exaucer le voeu qu'elle formulera. Sur les instances de sa mère, Salomé réclamera la mise à mort du prophète Jean-Baptiste, et la tête du prophète lui sera apporté sur un plateau.
Variante dans l'opéra de Strauss : Salomé s’éprend d'une passion folle pour Jochanaan (Jean-Baptiste) , et tente de le séduire, mais comme celui-là la repousse en la maudissant (ce n'est pas un Saint, pour rien :-)) Salomé demandera sa mort par dépit. Elle embrassera les lèvres de la tête coupée. Et devant l'horreur de la scène, Hérode ordonnera sa mise à mort. Fin du drame.

Suivant l'analyse de Marie Christine Vila : "Orientalisme, érotisme, personnage féminin monstrueux : le thème d'Hérodias et de Salomé a tout pour séduire les artistes du XIXe siècle." En effet, il inspira ainsi Mallarmé (Hérodiade), Flaubert (Hérodias), Gustave Moreau (Salomé dansant devant Hérode), Massenet (Hérodiade) et Oscar Wilde dont la pièce fut créée à Paris en 1896 avec Sarah Bernhardt.

Salomé est un opéra en un acte et quatre scènes, que l'on a qualifié de "poème symphonique avec voix" car c'est une oeuvre dense et compacte, mais requérant un orchestre de plus de cent musiciens pour son exécution.

Comme le souligne Bruno Peeters, "avec les quatre premières répliques de l'opéra, Strauss résume idéalement l'action et surtout la personne de Salomé. Tout y est : beauté, nuit, lune, femme, tombeau, danse, mort."

Siegfried Jerusalem (Herodes), Gwyneth Jones (Herodias), Deborah Voigt (Salome), Evgeny Nikitin (Jochanaan), John Tessier (Narraboth)... [et al.] ; Verbier Festival Orchestra ; Valery Gergiev, dir. - Salle des Combins, Verbier (Suisse), 2010

(Une grande terrasse dans le palais d’Hérode. Elle donne sur la salle de festin. Des soldats sont accoudés sur le balcon. A droite il y a un énorme escalier. A gauche, au fond, une ancienne citerne entourée d’un mur de bronze vert. Clair de lune.)

Narraboth
Wie schön ist die Prinzessin Salome heute Nacht!

Page
Sieh' die Mondscheibe,wie sie seltsam aussieht.
Wie eine Frau, die aufsteigt aus dem Grab.

Narraboth
Sie ist sehr seltsam.
Wie eine kleine Prinzessin, deren Füße weiße Tauben sind.
Man könnte meinen, sie tanzt.

Page
Wie eine Frau, die tot ist.
Sie gleitet langsam dahin.

Erster Soldat
Was für ein Aufruhr!
Was sind das für wilde Tiere, die da heulen?

Zweiter Soldat
Die Juden. Sie sind immer so.
Sie streiten über ihre Religion.

Erster Soldat
Ich finde es lächerlich,
über solche Dinge zu streiten.

Narraboth
Wie schön ist die Prinzessin Salome heute Abend!

Page
Du siehst sie immer an.
Du siehst sie zuviel an.
Es ist gefährlich,
Menschen auf diese Art anzusehn.
Schreckliches kann geschehn.
[...]
Narraboth
Comme la princesse Salomé est belle ce soir!

Page
Regardez la lune. La lune a l’air très étrange.
On dirait une femme qui sort d’un tombeau.

Narraboth
Elle a l’air très étrange. Elle ressemble a une princesse qui a des pieds comme des petites colombes blanches.
On dirait qu’elle danse.

Page
Elle est comme une femme morte.
Elle va très lentement.

Premier soldat
Quel vacarme!
Qui sont ces bêtes fauves qui hurlent?

Deuxième soldat
Les Juifs.
Ils sont toujours ainsi.
C’est sur leur religion qu’ils discutent.

Premier soldat
Je trouve que c’est ridicule de discuter sur de telles choses.

Narraboth
Comme la princesse Salomé est belle ce soir!

Page
Vous la regardez toujours.
Vous la regardez trop!
Il ne faut pas regarder les gens de cette façon .
Il peut arriver un malheur.
[...]


Version proposée à la médiathèque de Dole
Salomé : opéra en 1 acte / Richard Strauss, comp. ; d'après Oscar Wilde ; Hildegard Behrens, José Van Dam, Agnès Baltsa, chant ; Wiener Philharmoniker ; Herbert von Karajan, dir. - EMI Classics. - 2 disques compact + 1 livret

Sources
Marie Christine Vila, Quatre siècles d'opéra, Larousse, 2000
Bruno Peeters, Salomé, première d'entre toutes les femmes ?, ForumOpera.com
Salomé (opéra) - Wikipédia

18 novembre 2011

Stravinski en studio

Nous avons présenté récemment L'histoire du soldat, une oeuvre scénique à mi-chemin entre un opéra de poche et un conte musical, écrite par Stravinski en 1917. Le compositeur en tira d'abord une suite instrumentale pour piano, clarinette et violon en 1919, puis l'année suivante, une seconde suite reprenant l'orchestration initiale : violon, contrebasse, basson, trompette, trombone, clarinette et percussions. Il dirigea l'enregistrement de cette dernière version dans les studios de Columbia en 1955.


Générique de début : Columbia Records presents : A recording session with a composer, Igor Stravinsky. The greatest living composer of the Twentieth century is Igor Stravinsky. He is also a spirited conductor of his works. Stravinsky’s performances, like his scores are major documents. (Le plus grand des compositeurs vivants est Igor Stravinski. Il est aussi un chef d’orchestre plein de fougue. Les exécutions d’Igor Stravinski comme ses partitions sont des documents majeurs.)





Générique de fin : David Oppenheim, recording director and clarinet ; Alexander Schneider, violin ; Loren Glickman, bassoon ; Robert Nagle, trumpet ; Erwin Price, trombone ; Alfred Howard, percussion ; Julius Levine, double-bass ; Camera Direction : Lisa Larsen, Niels Rasmussen ; Editin Aram Avakian, Henry Freeman ; Produced by Columbia Records (1955)

12 novembre 2011

L'histoire du soldat : opera incipit #4

Opera incipit, une nouvelle série qui revisite les grandes oeuvres de l'opéra de l'âge baroque à nos jours en commençant par le début... du livret.

L'Histoire du Soldat pourrait être qualifié d'opéra de chambre, tant par sa distribution (3 rôles parlés : le narrateur, le Soldat, le Diable), que par sa formation musicale (7 instruments : clarinette, basson, cornet à pistons, trombone, violon, contrebasse, percussions). Igor Stravinski, réfugié en Suisse après la Révolution russe de 1917, a conçu "une espèce de petit théâtre ambulant" avec l'écrivain suisse Charles Ferdinand Ramuz qui signe le livret. La première de l'Histoire du Soldat fut donnée le 28 septembre 1918 au Théâtre de Lausanne, avec une mise en scène assurée par George et Ludmilla Pitoëff et une direction musicale de Ernest Ansermet. Le mélodrame en deux parties, destiné à être lu, joué et dansé, est d'inspiration faustienne, mais reprend également un conte populaire russe publié par Alexandre Afanassiev : "Le déserteur et le Diable". "La partition de Stravinsky révèle une disparité des genres musicaux aussi surprenante que celle des instruments eux-mêmes : marches militaires et fanfares, paso-doble, tango argentin, valse mécanique de boîte à musique, ragtime, choral" note Jean-Michel Vaccaro (Les voies de la création théâtrale, CNRS, 1978).
L'argument : Un soldat de retour au pays rencontre sur sa route le Diable qui lui propose d'échanger son violon contre un livre magique pouvant prodiguer toutes les richesses.




LE NARRATEUR
Entre Denges et Denezy,
Un soldat qui rentre chez lui...
Quinze jours de congé qu'il a,
Marche depuis longtemps déjà.
A marché, a beaucoup marché.
S’impatiente d’arriver,
Parce qu’il a beaucoup marché.
Voilà un joli endroit...
Si on se reposait un moment ?
Mais le fichu métier qu'on a !
Toujours en route, jamais le sou...
C'est ça ! Mes affaires sens dessus dessous !
Mon Saint-Joseph qui est perdu !
(C’est une médaille en argent doré
Avec saint Joseph, son patron, dessus)
Non, tant mieux !...
Va toujours fouillant,
sort des papiers avec des choses dedans,
des cartouches, sort un miroir,
(tout juste si on peut s'y voir)
mais le portrait, où est-ce qu'il est ?
(un portrait de sa bonne amie
qui lui a donné son portrait)
Il l'a retrouvé, il va plus profond,
il sort de son sac un petit violon.

LE SOLDAT
On voit que c'est du bon marché :
il faut tout le temps l'accorder...

(Le soldat se met à jouer : musique.
Entre le diable qui s'approche du soldat par derrière.)

LE DIABLE
Donnez-moi votre violon.

LE SOLDAT
Non !

LE DIABLE
Vendez-le-moi

LE SOLDAT
Non !

[...]

Version proposée à la médiathèque de Dole :

L'histoire du Soldat / Igor Stravinsky, comp. ; texte de Charles Ferdinand Ramuz ; Roger Planchon, récitant ; Patrice Chéreau, le soldat ; Antoine Vitez, le Diable ; Ensemble Intercontemporain ; Pierre Boulez, direction. - Erato : Warner Music, 1982-1992

21 octobre 2011

Pelléas et Mélisande : opera incipit #2

Opera incipit, une nouvelle série qui revisite les grandes oeuvres de l'opéra de l'âge baroque à nos jours en commençant par le début... du livret.

Pelléas et Mélisande est une pièce de théâtre d'inspiration symboliste de l'écrivain belge Maurice Maeterlinck, créée le 13 mai 1893 au Théâtre des Bouffes-Parisiens.
La pièce fut mise en musique successivement par de grands compositeurs dont Gabriel Fauré (1898), Arnold Schönberg (1903), et Jean Sibelius (1905). Cependant, l'adaptation la plus célèbre et la plus ambitieuse de l’œuvre reste l'opéra de Claude Debussy sur un livret écrit par Maeterlinck lui-même. La première fut donnée à l'Opéra-Comique le 30 avril 1902. L’œuvre finit par faire un triomphe, malgré des premières représentations très houleuses. Debussy dut faire face au départ à l'incompréhension, aux sarcasmes et aux critiques, dont un pamphlet intitulé Pédéraste et Médisante.

L'action : Golaud, un prince veuf et déjà grisonnant, vit dans un château sombre et triste où rôdent la maladie et la mort. Il est le dauphin d'un royaume où règne encore son grand-père, le vieux roi Arkel. Lors d’une chasse, Golaud rencontre une jeune fille pleurant auprès d’un lac. Elle s’appelle Mélisande. Golaud lui propose de venir habiter au château familial et l’épouse. Mais Pelléas, le frère de Golaud, s'éprend de Mélisande. Les deux jeunes gens se retrouvent en secret, Golaud les surprend et devient fou de jalousie...


George London, Victoria de los Angeles, Orchestra of the Metropolitan Opera House, Jean Morel
Scène 1. Une Forêt
(Entre Golaud.)

GOLAUD
Je ne pourrai plus sortir de cette forêt. Dieu sait jusqu'où cette bête m'a mené.
Je croyais cependant l'avoir blessée à mort; et voici des traces de sang.
Mais maintenant, je l'ai perdue de vue, je crois que je me suis perdu moi-même, et mes chiens ne me retrouvent plus. Je vais revenir sur mes pas. J'entends pleurer… Oh! oh! qu'y a-t-il là au bord de l'eau? Une petite fille qui pleure au bord de l'eau? Elle ne m'entend pas. Je ne vois pas son visage. Pourquoi pleures-tu? N'ayez pas peur vous n'avez rien à craindre. Pourquoi pleurez-vous, ici, toute seule?

MÉLISANDE
Ne me touchez pas! ne me touchez pas!

GOLAUD
N'ayez pas peur… Je ne vous ferai pas… Oh! vous êtes belle.

MÉLISANDE
Ne me touchez pas! ne me touchez pas, ou je me jette à l'eau!

GOLAUD
Je ne vous touche pas… Voyez, je resterai ici, contre l'arbre.
N'ayez pas peur. Quelqu'un vous a-t-il fait du mal?

MÉLISANDE
Oh! oui! oui! oui!

GOLAUD
Qui est-ce qui vous a fait du mal?

MÉLISANDE
Tous! tous!

GOLAUD
Quel mal vous a-t-on fait?
MÉLISANDE
Je ne veux pas le dire! je ne peux pas le dire!
[...]

Références 
Pelléas et Mélisande [film] : drame lyrique en cinq actes et douze tableaux / Claude Debussy, comp. ; sur un livret de Maurice Maeterlinck ; Peter Stein, metteur en scène ; ; Alison Hagley, Neill Archer, Donald Maxwell [et all...] ; Orchestra and CHorus of Welsh National Opera ; Pierre Boulez, dir. - Universal Music Company, 1993. - 2 DVD vidéo (158 min.)

Pelléas et Mélisande [enr. sonore] : drame lyrique en cinq actes et douze tableaux / Claude Debussy ; drame de Maurice Maeterlinck ; Jacques Jansen, Micheline Grancher, Solange Michel...[et al.], voix ; Choeur de la Radio Télévision Française ; Orchestre National ; D. E. Inghelbrecht, dir. - EMI Classics. - 3 disques compacts

Pelléas et Mélisande [enr. sonore] : drame lyrique en cinq actes / Claude Debussy ; d'après Maurice Maeterlinck ; Elisabeth Söderström, George Shirley, Donald McIntyre...[et al.], voix ; Royal Opera Chorus, choeur ; Orchestra of the Royal Opera House Covent Garden, orch. ; Pierre Boulez, dir. - Sony Classical, 1970-1991. - 3 disques compacts

Pelléas et Mélisande [enr. sonore] : opéra en 5 actes / Claude Debussy ; livret de Maurice Maeterlinck ; d'après Maurice Maeterlinck ; Mireille Delunsch, Gérard Théruel, Armand Arapian... [et al.], chant ; Choeur régional Nord-Pas-de-Calais ; Orchestre national de Lille-région Nord-Pas de Calais ; Jean-Claude Casadesus, dir. - Naxos, 1996. - 3 disques compacts

15 octobre 2011

Wozzeck : opera incipit #1

INCIPIT (in-si-pit') s. m. : Terme de paléographie.
Se dit des premiers mots par lesquels commence un manuscrit.
Étymologie : Lat. incipit, il commence, de in (voy. IN.... 2), et capere, prendre. (Littré)

Opera incipit, une nouvelle série pour revisiter les grandes oeuvres de l'opéra de l'âge baroque à nos jours en commençant par le début... du livret.

En 1837, Georg Büchner avait écrit une pièce de théâtre Woyzeck inspirée d'un fait divers, l'histoire de Johann Christian Woyzeck, un ancien soldat, coiffeur et fabricant de perruque qui assassina sa compagne. Le cinéaste Werner Herzog en tourna une adaptation en 1979 avec dans le rôle titre, l'acteur Klaus Kinski :

Alban Berg composa, d'après la même pièce de Georg Büchner, un opéra de trois actes Wozzeck qui fut créé au Staatsoper de Berlin en 1925, avant d'être interdit par le régime nazi : Franz Wozzeck, ancien soldat, sujet à des hallucinations, car ayant servit de cobaye à des expérimentations médicales, découvre l'infidélité de sa compagne...

Langsam, Wozzeck, langsam!


ERSTER AKT
1. Szene ("Der Hauptmann")
Zimmer des Hauptmanns. Frühmorgens.
Der Hauptmann sitzt auf einem Stuhl vor einem Spiegel. Wozzeck rasiert ihn.HAUPTMANN
Langsam, Wozzeck, langsam! Eins nach dem Andern! Er macht mir ganz schwindlich.
(Er bedeckt Stirn und Augen mit der Hand. Wozzeck unterbricht seine Arbeit. Der Hauptmann, wieder beruhigt)
Was soll ich denn mit den zehn Minuten anfangen, die Er heut’ zu früh fertig wird? Wozzeck, bedenk’ Er, Er hat noch seine schönen dreißig Jahr’ zu leben! Dreißig Jahre: macht dreihundert und sechzig Monate und erst wieviel Tage, Stunden, Minuten! Was will Er denn mit der ungeheuren Zeit all’ anfangen? Teil’ Er sich ein, Wozzeck!
WOZZECK
Jawohl, Herr Hauptmann!
HAUPTMANN
Es wird mir ganz angst um die Welt, wenn ich an die Ewigkeit denk’. „Ewig’, das ist ewig! Das sieht Er ein. Nun ist es aber wieder nicht ewig, sondern ein Augenblick, ja, ein Augenblick! – Wozzeck, es schaudert mich, wenn ich denke, daß sich die Welt in einem Tag herumdreht: drum kann ich auch kein Mühlrad mehr sehn, oder ich werde melancholisch!
WOZZECK
Jawohl, Herr Hauptmann!
HAUPTMANN
Wozzeck, Er sieht immer so verhetzt aus! Ein guter Mensch tut das nicht. Ein guter Mensch, der sein gutes Gewissen hat, tut alles langsam… Red’ Er doch was, Wozzeck. Was ist heut’ für ein Wetter?
WOZZECK
Sehr schlimm, Herr Hauptmann! Wind!
[...]
PREMIER ACTE
Scène 1 (« Le Capitaine »)
Le chambre du capitaine. Tôt le matin
Le capitaine est assis sur une chaise devant un miroir. Wozzeck est en train de le raser.

CAPITAINE
Lentement, Wozzeck, lentement ! Une chose après l’autre ! Vous me donnez le vertige, vraiment !
(II se passe la main sur le front et les yeux. Wozzeck interrompt son travail. Le capitaine de nouveau calmé.)
Que vais-je donc faire des dix minutes que vous m’ajoutez si vous terminez trop tôt aujourd’hui ? Pensez-y, Wozzeck, vous avez bien encore trente ans à vivre! Trente ans, cela fait trois cent soixante mois, et combien donc de jours, d’heures, de minutes ! Qu’allez-vous donc faire de cette montagne de temps ? Organisez-vous, Wozzeck !
WOZZECK
Oui, mon capitaine !
CAPITAINE
J’ai vraiment peur pour le monde, lorsque je pense à l’éternité. « Éternel ! », c’est éternel ! Vous êtes bien d’accord. Mais on peut aussi dire que ce n’est pas éternel, mais un instant, oui, un instant ! – Wozzeck, je frémis d’horreur, quand je pense que le monde tourne entièrement sur lui-même en un jour : c’est pourquoi je ne peux plus voir la roue d’un moulin, sans quoi je deviens mélancolique !
WOZZECK
Oui, mon capitaine !
CAPITAINE
Wozzeck, vous avez toujours l’air si harcelé ! Un honnête homme n’est pas comme ça. Un honnête homme, qui a une bonne conscience, fait tout posément… Dites donc quelque chose, Wozzeck. Quel temps fait-il aujourd’hui ?
WOZZECK
Très mauvais, mon capitaine ! Du vent !
[...]


Discographie :

Wozzeck [enr. sonore] / Alban Berg, comp. ; Mack Harrell, Eilen Farrell, Joseph Mordino,... [et al.], voix ; High School of Music and Art Chorus and Chorus of the Schola Cantorum, ens. instr. et voc. ; New York Philharmonic, orch. ; Dimitri Mitropoulos, dir. - Sony Classical, 1951-1997

Wozzeck [enr. sonore] / Alan Berg, comp. ; Walter Berry, voix ; Isabel Strauss, voix ; Fritz Uhl, voix ; Carl Doench, voix ; Orchestre et Choeur de l'Opéra de Paris ; Pierre Boulez, dir. - CBS, 1966-1971

Wozzeck [enr. sonore] / Alan Berg ; Bo Skovhus, Jan Blinkhof, Jürgen Sacher, voix. ; Chor der Hamburgischen, choeur ; Philharmonisches Staatsorchester Hamburg, ens. instr. ; Ingo Metzmacher, dir. - EMI Classics, 1998

6 octobre 2011

À Chloris : chanson de la semaine #73

Poème de Théophile de Viau (1590-1626)
Musique de Reynaldo Hahn (1874-1947)
Interprétation : Marie-Nicole Lemieux




S'il est vrai, Chloris, que tu m'aimes,
Mais j'entends, que tu m'aimes bien,
Je ne crois point que les rois mêmes
Aient un bonheur pareil au mien.
Que la mort serait importune
De venir changer ma fortune
A la félicité des cieux!
Tout ce qu'on dit de l'ambroisie
Ne touche point ma fantaisie
Au prix des grâces de tes yeux.

(ill. Sandro BOTTICELLI Primavera (détail) c. 1482)

11 mars 2011

Le disparu : chanson de la semaine #50

Le disparu : mélodie pour voix et piano composée par Francis Poulenc en 1946, sur le poème de Robert Desnos Couplets de la rue Saint-Martin écrit en 1942, par Pierre Bernac: bariton léger

Robert Desnos entre dans la Résistance en 1942. Arrêté en 1944, il est interné d'abord à la prison de Fresnes, puis à Compiègne, avant d'être déporté dans les camps de concentration en Allemagne, successivement à Buchenwald, à Flossenburg, et à Flöha. Il meurt le 8 juin 1945 au camp de concentration de Terezin en Tchécoslovaquie.



Couplets de la rue Saint-Martin

Je n'aime plus la rue Saint-Martin
Depuis qu'André Platard l'a quittée.
Je n'aime plus la rue Saint-Martin,
Je n'aime rien, pas même le vin.

Je n'aime plus la rue Saint-Martin
Depuis qu'André Platard l'a quittée.
C'est mon ami, c'est mon copain.
Nous partagions la chambre et le pain.
Je n'aime plus la rue Saint-Martin.

C'est mon ami, c'est mon copain.
Il a disparu un matin,
Ils l'ont emmené, on ne sait plus rien.
[...] (1942)

Francis Poulenc - wikipédia -
Robert Desnos - wikipédia -

25 février 2011

Soupir : chanson de la semaine #48



Poème de Stéphane Mallarmé
Musique de Maurice Ravel
Chant : Dawn Upshaw
En 1913, Maurice Ravel composa un cycle de mélodies : Trois poèmes de Stéphane Mallarmé. Chaque pièce est dédiée à un compositeur : Soupir à Igor Stravinski, Placet futile à Florent Schmitt, Surgi de la croupe et du bond à Erik Satie.
La partition est écrite pour voix et ensemble (piccolo, flûte, clarinette, clarinette basse, quintette à cordes, et piano)
La même année 1913, Claude Debussy écrivait également une oeuvre intitulée Trois Poèmes de Stéphane Mallarmé pour chant et piano (Soupir ; Placet futile ; Éventail).



SOUPIR

Mon âme vers ton front où rêve, ô calme soeur,
Un automne jonché de taches de rousseur,
Et vers le ciel errant de ton oeil angélique,
Monte, comme dans un jardin mélancolique,
Fidèle, un blanc jet d'eau soupire vers l'Azur!
- Vers l'Azur attendri d'octobre pâle et pur
Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie,
Et laisse sur l'eau morte où la fauve agonie
Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon,
Se traîner le soleil jaune d'un long rayon.

Illustration : François Boucher Un automne pastoral (1749)

3 février 2011

A la Santé ! : chanson de la semaine #45


Ce poème de Guillaume Apollinaire (1880-1818) a été publié en 1913 dans le recueil Alcools. Le texte est inspiré de l'expérience douloureuse de l'auteur qui fut incarcéré pendant une semaine à la prison de la Santé en septembre 1911. Il était accusé de complicité de vol d'objets d'art au musée du Louvre, et sera par la suite innocenté.
A la Santé ! est composé de 6 parties numérotées. Dmitri Chostakovitch en a mis en musique de larges extraits pour en faire le 7ème mouvement de la Symphonie nº 14 (op. 135) pour soprano, basse, cordes et percussions créée en 1969.
Dans cette symphonie, outre des textes de Federico García Lorca, Wilhelm Küchelbecker et Rainer Maria Rilke, on retrouve 5 autres poèmes de Guillaume Apollinaire : Loreley, Le Suicidé, Les Attentives I, Les Attentives II, Réponse des cosaques zaporogues au sultan de Constantinople qui furent traduits et adaptés en russe par Mikhail Pavlovich Kudinov (1922-1994).
Le texte original en français est interprété ici par Dietrich Fischer-Dieskau, avec le Concertgebouw Orchestra Amsterdam, dirigé par Bernard Haitink



Avant d’entrer dans ma cellule
Il a fallu me mettre nu
Et quelle voix sinistre ulule
Guillaume qu’es-tu devenu

Adieu adieu chantante ronde
Ô mes années ô jeunes filles
Le Lazare entrant dans la tombe
Au lieu d’en sortir comme il fit

Non je ne me sens plus là
Moi-même
Je suis le quinze de la
Onzième

Dans une fosse comme un ours
Chaque matin je me promène
Tournons tournons tournons toujours
Le ciel est bleu comme une chaîne
Dans une fosse comme un ours
Chaque matin je me promène

Que deviendrai-je ô Dieu qui connais ma douleur
Toi qui me l’as donnée
Prends en pitié mes yeux sans larmes ma pâleur

Et tous ces pauvres cœurs battant dans la prison
L’Amour qui m’accompagne
Prends en pitié surtout ma débile raison
Et ce désespoir qui la gagne

Le jour s’en va voici que brûle
Une lampe dans la prison
Nous sommes seuls dans ma cellule
Belle clarté Chère raison

Septembre 1911.

27 janvier 2011

Les Hiboux : chanson de la semaine #44



Poème de Charles Baudelaire (1821-1867)
Musique de Louis Vierne (1870-1937)
Mireille Delunsch, soprano ; François Kerdoncuff, piano - Timpani (1999)


Les Hiboux

Sous les ifs noirs qui les abritent
Les hiboux se tiennent rangés
Ainsi que des dieux étrangers
Dardant leur oeil rouge. Ils méditent.

Sans remuer ils se tiendront
Jusqu'à l'heure mélancolique
Où, poussant le soleil oblique,
Les ténèbres s'établiront.

Leur attitude au sage enseigne
Qu'il faut en ce monde qu'il craigne
Le tumulte et le mouvement;

L'homme ivre d'une ombre qui passe
Porte toujours le châtiment
D'avoir voulu changer de place.

Louis Vierne - Wikipédia -

Illustration : La science du plomb sacre des sages, ou de l'antimoine, où sont décrites ses rares& particulieres vertus, puissances et qualitez / par I. Chartier,... (1651). - Bibliothèque nationale de France, 4 Te151 82
Europeana

19 juin 2010

Le Capharnaüm #62 : Nous pouvons concevoir un cheval vertueux

Ce qu’on n’a jamais vu, ce dont on n’a jamais entendu parler, on peut pourtant le concevoir; et il n’y a rien au-dessus du pouvoir de la pensée, sauf ce qui implique une absolue contradiction.
Mais, bien que notre pensée semble posséder cette liberté, nous trouverons, à l’examiner de plus près, qu’elle est réellement resserrée en de très étroites limites et que tout ce pouvoir créateur de l’esprit ne monte à rien de plus qu’à la faculté de composer, de transposer, d’accroître ou de diminuer les matériaux que nous apportent les sens et l’expérience. Quand nous pensons à une montagne d’or, nous joignons seulement deux idées compatibles, or et montagne, que nous connaissions auparavant. Nous pouvons concevoir un cheval vertueux; car le sentiment que nous avons de nous-mêmes nous permet de concevoir la vertu; et nous pouvons unir celle-ci à la figure et à la forme d’un cheval, animal qui nous est familier. Bref, tous les matériaux de la pensée sont tirés de nos sens, externes ou internes ; c’est seulement leur mélange et leur composition qui dépendent de l’esprit et de la volonté. Ou, pour m’exprimer en langage philosophique, toutes nos idées ou perceptions plus faibles sont des copies de nos impressions, ou perceptions plus vives. [...]
David Hume (1711-1776), Enquête sur l'entendement humain ; traduction par André Leroy revue par Michelle Beyssade, Flammarion, 2006. (GF ; 1305)
Illustration : Horse class - Susan Lawson (picture-book.com)


Andrei Mironov Жестокое танго (Mauvais tango)

Extrait de "Douze chaises" (1977) série télévisée réalisée par Mark Zakharov.
Andrei Mironov (Андрей Миронов) (1941-1987), célèbre acteur russe de théâtre et de cinéma à la fin de l'ère soviétique était également un chanteur populaire.
Article Wikipédia en anglais

Amebix Arise - Axeman (1986)

Amebix est un groupe anglais formé en 1978, autour du chanteur bassiste Rob Baron. Dans le lignée de Motorhead, ou de Crass, Amebix exercera à son tour une influence majeure sur les groupes du mouvement crust punk et thrash metal en mélangeant punk hardcore et heavy metal. Wikipédia en anglais, en français
http://www.amebix.net/

Charles Ives - 4ème symphonie, 2ème mouv.,
dirigé par Leopold Stokowski et Jose Serebrier


Composée entre 1910 et 1916, La symphonie n° 4 ne fut interprétée dans son intégralité qu'en 1965, soit 50 ans plus tard, par Leopold Stokowski à la tête de l'American Symphony Orchestra au Carnegie Hall. Renommée pour sa complexité, cette symphonie est conçue pour un grand orchestre de type romantique, avec notamment deux pianos dont l'un accordé au quart de ton, et elle nécessite pour sa performance, la prestation de deux chefs d'orchestre.
Charles Ives (1874-1954) est un compositeur américain, précurseur de l'avant-garde musicale du XXème siècle par l'usage de la polytonalité et de la polyrythmie.
Articles wikipédia en anglais sur Charles Ives et sa 4ème symphonie

Radio 4 Dance to the Underground

Radio 4 est un groupe new-yorkais, formé en 1999 mêlant l'énergie sèche du punk rock avec les rythmiques dansantes du funk. Les membres du groupe sont Anthony Roman , chant, guitare basse ; Dave Milone, guitare, chœurs ; Gerard Garone, claviers, guitare, chœurs (membre jusqu'en 2008), chœurs ; P.J. O'Connor, percussions, chœurs ; Greg Collins, batterie. Dance to the Underground est édité sur leur 2ème album Gotham sorti en 2002 sur le label Gern Blandsten Records. Article Wikipédia en français, en anglais, page MySpace
http://r4ny.com/

The Field Over the Ice (mashup)

La vidéo est un extrait de Tales from the Gimli Hospital (1988) de Guy Maddin, un film en noir et blanc dans la veine surréaliste et inquiétante d'Eraserhead de David Lynch (cf. Plume noire)
Axel Willner, alias The Field est un musicien suédois compositeur de musique électronique. Over the Ice est édité sur l'album From Here We Go Sublime sur le label Kompakt. Article Wikipédia en anglais, MySpace
http://www.garmonbozia.se/thefield/

6 mars 2010

Theodor W. Adorno : "6 études pour quatuor à cordes" (écrivains compositeurs ; 1)

Theodor W. Adorno (1903-1969), fut avec Herbert Marcuse, Walter Benjamin, Jürgen Habermas l'un des plus éminents membres de l'école de Francfort, ce groupe d'intellectuels allemands réunis autour de l'Institut de Recherche sociale de l'Université Goethe fondé en 1923. Philosophe et sociologue, Adorno développa sa pensée autour du concept de culture de masse Le Caractère fétiche dans la musique et la régression de l'écoute (1938). En 1944, il introduit la notion d'industrie culturelle (Kulturindustrie) dans l'ouvrage La Dialectique de la Raison (écrit avec Max Horkheimer). Musicologue, de nature polémiste, ayant des opinions très tranchées, Adorno était un fervent défenseur de Schoenberg et de la nouvelle musique dodécaphonique, contre Stravinski dont il critiquait le néo-classicisme. Il fustigeait également la musique populaire de son temps (le jazz, la pop music) considérée comme formatée et commerciale.

Quelques-uns de ses ouvrages sur la musique :
  • Philosophie de la nouvelle musique (1948)
  • Essai sur Wagner (1952)
  • Dissonanzen. Musik in der verwalteten Welt (1956)
  • Figures sonores (1959)
  • Gustav Mahler : une physionomie musicale (1960)
  • Introduction à la sociologie de la musique (1962)

Dans les années 20, et jusqu'au début des années 40, Theodor Adorno a composé une trentaine d'œuvres musicales, essentiellement des lieder, des pièces pour piano, violon, et pour formation de chambre dont les Six études pour quatuor à cordes (1920) qui furent enregistrées pour le disque par le Leipziger Streichquartett (label CPO)



Theodor W. Adorno http://fr.wikipedia.org/wiki/Theodor_W._Adorno

5 octobre 2009

Alexandre Scriabine : "Vers la flamme" op. 72

"le feu, les flammes cosmiques étaient des vibrations, semblables à celles des sons et des couleurs, destinées à se rencontrer, à se fondre dans l'embrasement final de l'univers"
Alexandre Scriabine, cité par Manfred Kelkel, Alexandre Scriabine, Fayard, 1999

"Cette géographie des abîmes se montrent en mots chez Hölderlin, Nietzsche et Artaud ; elle s'épanouit en couleurs, lumières et violences chromatiques chez Van Gogh ; elle se fait entendre chez Scriabine, plus encore dans ses dernières œuvres. [...] On ignore pas sa passion pour le soleil et la brûlure, son tropisme violent pour la lumière et l'incandescence, sa folie furieuse pour l'extase et la couleur - et l'on imagine ce qu'auraient pu être ses extases colorées, allumées aux feux contemporains des débuts de l'humanité, ou frères des apocalypses dans lesquelles se consumait enfin le monde."
Michel Onfray


Vladimir Horowitz interprète Vers La Flamme d'Alexandre Scriabine

C'est un poème musical d'une densité exceptionnelle, parfaitement équilibré entre l'architecture et la formulation évolutive des idées. Des lents accords du débuts qui semblent s'interroger avec insistance sur la voie à suivre, naît une mouvance qui se transforme rapidement en frémissements incandescents et réalise la vision d'un brasier apocalyptique. [...] Par son idée et son message, Vers la flamme cherche pourtant à dépasser le stade d'expression pianistique de son auteur et fait office de « pont » entre le poème symphonique Prométhée (ou Poème du Feu) et cet Acte préalable que méditait Scriabine à la fin de sa vie.
A.L.
Guide de la musique de piano et de clavecin, sous la dir. de François-René Tranchefort, Fayard, 1987, p. 775

La partition synchronisée à la lecture de l'enregistrement de l'œuvre interprétée par Vladimir Horowitz

D'abord cantonné au centre du clavier, dans un sombre pianissimo, le ressassement de quelques accords ; la question s'éveille à la mes. 27 sous la forme d'une seconde descendante, unique motif générateur du morceau. Le deuxième partie [...] sort graduellement de ces limbes de la conscience ; l'interrogeante seconde est maintenant soutenue de triolets de croches à droite, de quintolets de noires à gauche, mouvement d'abord confus, qui va s'exaspérer, la main gauche lançant vers le bas des jets d'arpèges de plus en plus sonores [...]. La troisième partie multiplie encore ce remuement de matière [...], cependant que la « question » devient, dans l'aigu, une certitude, une affirmation péremptoire. Le comble de l'exaltation est enfin atteint dans la dernière partie emplie de trémolos, de triomphaux accords de quarte, de plus en plus haut dans le suraigu [...]. Fin éblouie, sur un lumineux arpège de mi majeur, avec la quarte augmentée la #.
Guy Sacre, La musique de piano : dictionnaire des compositeurs et des oeuvres.[vol.2], J-Z, Robert Laffont, 1998 (Bouquins) p. 2654.



source de la partition : http://imslp.org/wiki/Main_Page

[ill. Vincent Van Gogh Nuit étoilée (Saint-Rémy-de-Provence - 1889)]

19 juin 2009

Jean Sibelius : Sonatine pour piano en fa dièse mineur, Op. 67, N° 1, II & III

Sonatine n° 1 de Jean Sibelius par Glenn Gould
Mouvements II : Largo & III : Allegro moderato


"Écrites en 1912 - année qui suivit celle de la création de la Quatrième Symphonie et qui précède la composition de cet extraordinaire poème que sera Luonnotar -, ce sont là des œuvres d'une toute autre importance en dépit de leur brièveté : des deux partitions citées, elles partagent l'esthétique de dépouillement et d'ascèse [...]. Cette esthétique même semble avoir été gage de réussite : on sent les trois Sonatines véritablement écrites pour l'instrument, qui ne tente pas - cette fois - de se substituer à l'orchestre ; et la faible durée de chacun des trois mouvements qui les constituent provoque une concentration de l'expression à laquelle se montra sensible Glenn Gould : ... « Les trois Sonatines me fascinent. Elles ont la même concision spartiate que les symphonies, mais leur style est presque néo-classique. » [...] En particulier la première sonatine, en fa dièse mineur [...], dont on remarque d'emblée la maîtrise formelle (de courtes idées, aucun développement inutile), l'aisance inaccoutumée de l'écriture, très linéaire, l'absence d'empâtements sonores, les proportions équilibrées."
Guide de la musique de piano et de clavecin, sous la dir. de François-René Tranchefort, Fayard, 1998 (Les indispensables de la musique), p. 782

« Sur le plan stylistique, ses œuvres pour piano sont caractérisées par un contre-point parcimonieux et morne, aux motifs retenus, bref, un contrepoint que personne ne semble pourvoir écrire au Sud de la Baltique. »
Glenn Gould, cité par Michael Stegemann, livret du double CD The Glenn Gould Edition : Grieg, Bizet, Sibelius : piano works, Sony, 1992 (SM2K 52 654)

"Sonatine n° 1 (en fa dièse mineur). - La plus réussie des trois. [...] Accents religieux du largo, comme un cantique, où les cadences évoquent des vapeurs d'encens. Dans l'allegro moderato final tinte la clochette d'une octave brisée, au-dessus d'un petit thème pensif, qui lambine et s'engourdit, et dont on arrive pas à décider s'il est gai ou triste."
Guy Sacre, La musique de piano : dictionnaire des compositeurs et des œuvres. [2], J-Z, R.Laffot (Bouquins), p. 2699



Enregistrement disponible à la Médiathèque de Dole :

Sonate pour piano en mi mineur, Op. 7
[enr. sonore] / Edvard Grieg, comp. Premier Nocturne en fa majeurVariations chromatiques / Georges Bizet, comp. Sonatines pour piano en fa dièse mineur, Op. 61 No. 1, en mi majeur, Op. 67 No. 2, en si bémol mineur, Op. 67 No. 3. Trois pièces lyriques pour piano, Op. 41 "Kyllikki" / Jean Sibélius, comp. ; Glenn Gould, p. - Sony Classical, 1992. - 2 disques compacts + 1 livret. - (The Glenn Gould Edition)

20 avril 2009

The Rest Is Noise : Audio Guide

Un guide d'écoute en ligne de la musique du XXe siècle
Alex Ross, critique musical au journal The New Yorker a publié en 2008 The Rest Is Noise: Listening to the Twentieth Century. [Critique du livre dans le New York Times]
L'ouvrage, destiné à un lectorat anglophone, a pour but de faire découvrir et apprécier la musique du XXe siècle au plus grand nombre. Un défi de taille, car le siècle dernier a été le siècle de toutes les avant-gardes et de toutes les ruptures stylistiques. Et ces révolutions esthétiques successives ont laissé une grande partie des auditeurs sur le bord de la route. Même les amateurs de musique classique, aimant se définir comme des mélomanes manifestent souvent à l'égard de la musique moderne et contemporaine des sentiments mêlés d'hostilité, d'indifférence et de perplexité !
Ainsi le Pierrot Lunaire (1912) d'Arnold Schoenberg , une œuvre presque aujourd'hui centenaire, n'a pas encore trouvé les faveurs du public.

Pour compléter et donner de l'écho à son ouvrage, Alex Ross a eu la bonne idée de proposer sur son blog un guide audio de la musique du XXe siècle divisé chronologiquement en 3 parties et 15 chapitres.
Il est ainsi possible d'écouter de courts extraits sonores de quelques œuvres représentatives de chaque période. Il a également illustré le texte de sa présentation de vidéos en widget, de reproductions d'œuvres d'art et de liens vers des ressources disponibles en ligne.
Les extraits sonores proposés à l'écoute sur ces pages sont autorisés dans le cadre de la licence ASCAP de diffusion sur Internet, et par l'accord qu'il a obtenu de plusieurs éditeurs discographiques.

LE SOMMAIRE (trad. en français)

PARTIE I: 1900-1933
1. L'ÂGE D'OR : Mahler, Strauss, et la Fin de Siècle
2. DOCTEUR FAUST: Schoenberg, Debussy, et l'atonalité
3. DANSE DE LA TERRE : Le Rituel, le Folklore, le Jazz
4. LES HOMMES INVISIBLES : Compositeurs américains, de Charles Ives à Duke Ellington
5. APPARITION DANS LES BOIS: La solitude de Jean Sibelius
6. LES FILETS DE LA VILLE : le Berlin des années 20

PARTIE II: 1933-1945
7. L'ART DE LA PEUR : La musique dans la Russie de Staline
8. MUSIQUE POUR TOUS : La musique dans l’Amérique de Roosevelt (1932-1945)
9. FUGUE DE MORT (titre d’un poème de Paul Celan) : La musique dans l’Allemagne hitlérienne

PARTIE III: 1945-2000
10. L’HEURE ZÉRO : L’armée américaine et la musique allemande, 1945-1949
11. LE MEILLEUR DES MONDES: La Guerre Froide et l’avant-garde des années 50.
12. “GRIMES! GRIMES!”: La Passion de Benjamin Britten
13. ZION PARK: Messiaen, Ligeti, et l’Avant-Garde des années 60
14. BEETHOVEN AVAIT TORD : Bebop, Rock, et les Minimalistes
15. CATHÉDRALES ENGLOUTIES



Et le reste n'est que bruit ! :-)


merci à Insula Dulcamara pour la découverte de ce site.

18 avril 2009

Anton Webern : Pièce pour orchestre III Opus 10 : une mélodie de timbres et de couleurs

Paul Klee Ad Parnassum


"Je ne puis admettre sans réserves la différence que l'on a coutume d'établir entre couleur sonore (timbre) et hauteur sonore. C'est en effet par sa couleur sonore - dont une dimension est la hauteur - que le son se signale. La couleur du son est donc le grand territoire dont une région est constituée par la hauteur du son. Cette dernière n'est rien d'autre que la couleur du son mesurée dans une direction. S'il est possible maintenant, à partir de timbres différenciés par la hauteur, de faire naître des figures sonores que l'on nomme mélodies - successions de sons dont la cohérence même suscite l'effet d'une idée - alors il doit être possible, à partir de pures couleurs sonores - les timbres - de produire ainsi des successions de sons dont le rapport entre eux agit avec une logique en tout point équivalente à celle qui suffit à notre plaisir dans une simple mélodie de hauteurs. [...]
Mélodies de timbre ! Bien fins ceux qui peuvent discerner ici la mélodie du timbre !
Quel esprit hautement cultivé saura trouver plaisir à de telles subtilités !"
Arnold Schoenberg, Traité d'harmonie, trad. de Gérard Gubisch, J-C Lattès, 1983


Anton Webern composa Les Cinq pièces pour orchestre op. 10 en 1913, l'œuvre est contemporaine du Sacre du printemps d'Igor Stravinsky, et fut écrite juste un an après le Pierrot Lunaire d'Arnold Schoenberg.
Mais l'œuvre sera créée seulement 13 ans plus tard, au festival de festival de l'ISCM (International Society for Contemporary Music) de Winterthur (Suisse) en 1926.

L'orchestre de chambre choisi pour l'exécution de l'œuvre est constitué d'instruments provenant de différentes familles :
  • les cuivres : cor, trompette, trombone
  • les claviers : harmonium ou orgue, célesta
  • les cordes pincées : harpes, guitare, mandoline
  • les percussions : cymbale, triangle, cordes, glockenspiel, xylophone, cloche, cloche de vache, grosse caisse, caisse claire
  • les cordes : violon, alto, violoncelle, contrebasse


Anton Webern : Pièce pour orchestre III Opus 10


La pièce III est composée seulement de 11 mesures, pour durée d'exécution d'environ 1'30" . Elle met en jeu 12 instruments : Mandoline, guitare, célesta, harpe, violon, cor, clarinette, guitare, violoncelle, alto, harmonium, trombone.
Il s'agit donc d'une œuvre singulière par sa durée que l'on peut qualifiée d'aphoristique. Pierre Boulez compare d'ailleurs les œuvres de Webern à des haïku : vous avez à peine le temps d'entrer dans l’œuvre, que celle-ci est déjà terminée".
Anton Webern y utilise un langage atonal (10 notes), même s'il ne s'agit pas encore de la technique dodécaphonique mise au point dix ans plus tard par Schoenberg en 1923.

Ce qui constitue véritablement l'originalité des Pièces pour orchestre opus 10 se trouve dans le principe de leur composition : Anton Webern choisit le timbre comme l'élément, comme le sujet central de sa composition.
Ce mode de composition consistant à combiner des sonorités aux timbres variés est défini en allemand par le terme klangfarbenmelodie soit : "mélodie de couleurs sonores" ou "mélodie de timbres ou de couleurs". Der Klang (le son), Die Farben (les couleurs), Die Melodie (la mélodie).

Cette technique de composition a été initiée par Hector Berlioz au milieu du XIXe siècle, mais c'est Arnold Schoenberg avec Farben la 3ème de ses Cinq pièces pour orchestre opus 16 écrites en 1909 qui en radicalisera la pratique.

Anton Webern : Pièce pour orchestre III Opus 10, répétition commentée par Pierre Boulez avec l'ensemble InterContemporain (3 parties)




Sources :
  • Analyse de Cinq pièces Opus 10 (1913) d'Anton Webern par Thierry Alla, professeur au Lycée Max Linder. Libourne. Sur le site de l'Académie de Bordeaux(lien)

  • Webern : Une analyse des 5 pièces op 10, séquence réalisée par Jean-Luc Idray et P. Revol. Sur le site de l'Académie de Grenoble (lien)

18 avril 2008

Entrelacs musical : un programme moderne et contemporain à l'auditorium K. Riepp

L'Orchestre des Régions Européennes interprète Philippe Hersant & Claude Debussy à l'auditorium K. Riepp de Dole le lundi 28 avril à 20 H30

Création mondiale d'une oeuvre pour orchestre à cordes composée spécialement par Philippe Hersant

au programme :

Philippe Hersant (*1948)
Musical Humors, pour alto et orchestre à cordes
Trois nocturnes, pour flûte, alto et harpe
Bamyan, pour harpe
Hopi, pour basson
Patmos, pour orchestre à cordes, création mondiale

Claude Debussy (1862-1918)
Syrinx, pour flûte seule
free music

Danses sacrée et profane, pour harpe et orchestre à cordes

Solistes :
Delphine Benhamou (harpe), Hélène Clément (alto),
Mathieu Romano (flûte), Jean-Stanislas Godfrin (basson)
Orchestre des régions européennes
Direction : Konrad von Abel

Auditorium K. Riepp, 3, Avenue Aristide Briand, 39100 Dole
Réservations au CRD de Dole et vente sur place sous réserve de disponibilité

24 mars 2008

Claude Debussy : "Des pas sur la neige"

Préludes, Livre I, n° 6 "Des pas sur la neige" (1909-1910) de Claude Debussy par Sviatoslav Richter

15 mars 2008

Erik Satie "Parfait entourage" : la 10ème symphonie de Beethoven

"Il aimait le système décimal. «J'ai dix doigts», expliquait-il."


"Vivre nu au centre d'oeuvres glorieuses de l'Art est une des plus grandes joies qui puissent se ressentir. Parmi les précieux monuments de la pensée humaine que la modestie de ma fortune m'a fait choisir pour partager ma vie, je parlerai d'un magnifique faux Rembrandt profond et large d'exécution, si bon à presser du bout des yeux, comme un fruit gras, trop vert.
Vous pourriez voir aussi, dans mon cabinet de travail, une toile d'une beauté incontestable, objet d'admiration unique : le délicieux Portrait attrribué à un inconnu.
Vous ai-je parlé de mon Téniers simulé ? C'est une adorable et douce chose, pièce rare entre toutes.
Pourtant ce qui surpasse ces oeuvres magistrales, ce qui les écrase du poids formidable d'une géniale majesté, ce qui les fait pâlir par son éblouissante lumière ? Un faux manuscrit de Beethoven - sublime symphonie apocryphe du maître - acheté pieusement par moi il y a dix ans, je crois.
Des oeuvres du grandiose musicien, cette 10e symphonie, encore ignorée, est des plus somptueuses. Les proportions en sont vastes comme un palais ; les idées en sont nombreuses et fraîches ; les développements en sont précis et justes.
Il fallait que cette symphonie existât : le nombre 9 ne saurait être beethovénien. Il aimait le système décimal. "J'ai dix doigts", expliquait-il.
Venus pour absorber filialement ce chef-d'oeuvre de leurs oreilles méditatives et receuillies, quelques-uns, sans raison, crurent à une conception inférieur de Beethoven, et le dirent. Ils allèrent plus loin même.
Beethoven ne peut être inférieur à lui-même, dans aucun cas. Sa technique et sa forme restent augurales. Il ne s'intimide pas du contrefait imputé à sa personne artistique.
Croyez-vous qu'un athlète, longuement célébré, dont la force et l'adresse furent reconnues par les triomphes publics, s'infériorise du fait de porter aisément un simple bouquet de tulipes et de jasmins assemblés ? Est-ce moindre si l'aide d'un enfant s'y ajoute ?
Vous n'y encontrerez pas. "
Erik Satie (1866-1925), "Parfait entourage", in Mémoires d'un amnésique

Erik Satie : Trois morceaux en forme de poire : Manière de commencement
Psychodrame en chambre entre nounours et marionnettes autour d'une bibliothèque (film d'animation de Rémy Demichelis)


source : http://demichelis.over-blog.com/archive-02-2007.html