Sur un quai de Rotterdam, les winchs* pêchaient, hors des cales d'un cargo, des ballots pressés de vieux papiers; le vent les hérissait de banderilles multicolores, quand, tout à coup, l'un deux éclata comme une futaille dans la flamme.
Les dockers, en hâtifs coups de pelles, endiguèrent l'avalanche frémissante, mais une grande partie fut abandonnée à la joie des petits enfants juifs, qui glanent l'éternel automne des ports. Il y avait là de belles gravures Pearsons*, coupées en deux par ordre de douane, des liasses vertes et roses d'actions et d'obligations, derniers frissons de retentissantes banqueroutes; de pauvres livres dont les pages étaient restées jointes comme des mains désespérées, et ma canne fourrageait dans cet immense résidu de la pensée, où ne vivait plus ni honte ni espérance.
Mon cher ami, je vous envoie un petit ouvrage dont on ne pourrait pas dire, sans injustice, qu’il n’a ni queue ni tête, puisque tout, au contraire, y est à la fois tête et queue, alternativement et réciproquement. Considérez, je vous prie, quelles admirables commodités cette combinaison nous offre à tous, à vous, à moi et au lecteur. Nous pouvons couper où nous voulons, moi ma rêverie, vous le manuscrit, le lecteur sa lecture ; car je ne suspends pas la volonté rétive de celui-ci au fil interminable d’une intrigue superfine. Enlevez une vertèbre, et les deux morceaux de cette tortueuse fantaisie se rejoindront sans peine. Hachez-la en nombreux fragments, et vous verrez que chacun peut exister à part. Dans l’espérance que quelques-uns de ces tronçons seront assez vivants pour vous plaire et vous amuser, j’ose vous dédier le serpent tout entier.
Charles Baudelaire, Petits Poèmes en prose, À Arsène Houssaye
Ivica Percl
Artiste croate (1945-2007), chanteur-auteur-compositeur, poète, dessinateur et peintre. Chanteur contestataire, Ivica Percl avait pour idole Bob Dylan, il fut très populaire en Yougoslavie dans les années 60 et 70, et fit partie du groupe de rock de Zagreb, VIS Roboti (Les Robots) au sein duquel il jouait de la basse. Il interprétait aussi bien des chants patriotiques, des chants militaires que des chansons protestataires. En 1991, au début de la guerre civile en Yougoslavie, il se rendit sur le front des conflits et chanta pour les Forces armées de la république de Croatie. Ivica Percl fut membre de la Présidence de la Société croate des compositeurs (HDS).
Đorđe Balašević - Devojka sa čardaš nogama (La fille aux jambes Csárdás)
Đorđe Balašević (1953-2021) est un chanteur-auteur-compositeur-interprète serbe, mort du coronavirus le 21 février dernier, dans sa ville, à Novi Sad. Très populaire en Serbie, il y avait la stature d'un Brassens ou d'un Bob Dylan. Pendant les guerres de Yougoslavie, il adopte une position résolument pacifiste, dénonçant le conflit, et se montre très critique envers le régime de Slobodan Milošević. A son décès, le courrier des Balkans a titré "c'est toute la Yougoslavie qui pleure".
Mike Mainieri, vibraphone; Billy Cobham, batterie ; Eberhard Weber, basse ; Warren Bernhardt, claviers
album "Wanderlust", 1981.
Mike Mainieri, né en 1938, est le fondateur du groupe de jazz fusion Step Ahead
Groupe de rock expérimental allemand (kraut rock / space rock / prog rock) formé en 1967
Burghard Rausch (batterie), Jörg "Joshi" Schwenke (guitare), Lutz "Lüül" Ulbrich (guitare), Dietmar Burmeister (percussions), Michael "Fame" Günther (Basse), Michael "Höni" Hoenig (synthétiseurs)
Compositeur : Fausto Romitelli (1963-2004) : "On lui doit une saisissante mise en contact de l'écriture spectrale (harmonies-timbres, logique de la métamorphose, développement par vagues [...]) avec l'expression hallucinée et violente du rock psychédélique. Le brio de son écriture pour guitare électrique, son instrument fétiche – écriture de connaisseur, idiomatique, sinueuse, véritablement « électrique » – est comme la signature et l'essence de son style." (wikipédia)
Il y a quelques jours, étant de passage à Nantes, au retour d'une excursion à Belle-Île, j'ai lu, dans un journal de Paris, que j'allais publier un livre formé de plusieurs nouvelles dont une, la dernière, était intitulée « Rldasedlrad les dlcmhypbgf ». En province française, je lis volontiers les journaux de Paris. Il me semble toujours que je vais y trouver des nouvelles de mes amis, de mon quartier, de ma maison. Un fait divers qui s'est passé dans mon arrondissement m'intéresse comme si je connaissais les gens qui y ont joué un rôle ; et s'il y avait à Paris, comme à Londres, des journaux de quartiers, j'achèterais, en même temps que le Journal, le Temps et l'Intransigeant, le quotidien du Cinquième arrondissement qui s'appellerait, par exemple, la Lanterne du Panthéon ou peut-être l'Âme latine.
Voilà pourquoi, pendant tout mon séjour à Nantes, je n'ai pas manqué d'acheter les journaux de Paris. J'avoue qu'ils ne m'ont donné aucune nouvelle de mon quartier. Ils n'ont même pas su me dire où en étaient les travaux de repavement des Boulevards et de la rue Soufflot. Mais, en compensation, ils m'ont appris qu'on allait publier un certain nombre d'ouvrages de mes amis, et un d'entre eux m'a même donné des nouvelles de moi-même, nouvelles qui m'ont un peu surpris, puisque, si je me souviens bien d'avoir écrit trois des ouvrages qu'il annonçait sous mon nom, je suis très assuré de n'avoir jamais écrit «Rldasedlrad, etc.»
Et pourtant ce journal l'affirmait sans hésitation aucune. Un certain nombre de personnes que je croisais dans les rues de Nantes l'avaient lu comme moi, et ceux qui s'en souvenaient encore devaient en être persuadés. Si un ami, de passage à Nantes, m'avait aperçu dans la foule, rue Crébillon, et m'avait appelé par mon nom, il aurait pu se trouver un passant qui aurait songé : Tiens, voilà justement l'auteur de cette chose qui a un titre imprononçable. Ainsi je me trouvais, dans une certaine mesure, responsable de «Rldasedlrad les dlcmhypbgf».
Je sais bien que c'était un mensonge et que c'était la machine à imprimer qui l'avait fait. Mais je suis trop le lecteur d'Erewhon pour ne pas croire à l'intelligence des machines et pour ne pas voir une intention dans leurs erreurs. Quand je dictais, justement, ma traduction d'Erewhon à une jeune dactylographe distraite et dépourvue d'orthographe («Attention, Mademoiselle, vous allez encore écrire «chute» avec deux t», c'était fait), j'ai pu constater que la machine à écrire donnait quelques signes non douteux d'intelligence. [...] Valery Larbaud, Rldasedlrad les dlcmhypbgf (1923)
Kad budem mrtav i beo
Kad budem mrtav i beo [Quand je serai mort et livide](1967) est un film serbo-croate de Živojin Pavlović, avec Dragan Nikolić (Dzimi Barka) représentatif de la nouvelle vague yougoslave. Article Larousse
Andrew WeatherallFeathers
Andrew Weatherall est un DJ et producteur anglais de musique électronique né en 1963. En 1996, il forme avec Keith Tenniswood, Two Lone Swordsmen dont les disques sont édités chez Warp Records.
Article Wikipédia
CachaoAhora si
Israël "Cachao" López (1918-2008) était un compositeur et un contrebassiste cubain. Dans les années 30, il inventa un nouveau rythme le danzon, qui deviendra le mambo.
Article Wikipédia en français, en espagnol, en anglais