Photo extraite du film Rock academy (School of Rock, 2003) de Richard Linklater, avec Jack Black et Joan Cusack (fiche allociné)
Dewey Finn (Jack Black), un chanteur, guitariste de hard rock se fait virer de son groupe par les autres membres à cause de son arrogance et son jeu de scène trop envahissant. Ayant besoin d’argent, il accepte de faire une suppléance comme prof de musique pour une classe de cinquième dans une prestigieuse école privée new-yorkaise, et va y développer une pédagogie musicale peu conventionnelle. Le diagramme avec lequel il expose les racines et influences du rock, et ses différents courants a fait l'objet d'une transcription fidèle sur le site franksreelreviews.
Compositeur belge de musique contemporaine, Henri Pousseur travailla aux studios électroniques de Cologne en 1954, de Milan en 1957, et fonda en 1958 celui de Bruxelles. Pionnier de la musique électro-acoustique, il fut en étroit contact avec Pierre Boulez, Karlheinz Stockhausen et Luciano Berio. En collaboration avec l'écrivain Michel Butor, il composa, notamment Votre Faust (1960-1968), Répons (1960-1965), Le procès du jeune chien (1974-1978), La rose des voix (1982), Déclarations d'orages (1989), Les leçons d'enfer (1991), Le Sablier du Phénix (1993). Il enseigna à Darmstadt en 1957, puis à Cologne, à Bâle et à l'Université de l'Etat de New-York à Buffalo, avant de revenir en Belgique en 1970, comme professeur de composition puis directeur du Conservatoire royal de Liège et fonda, avec Pierre Bartholomée, le Centre de recherches et de formation musicales de Wallonie. Dans les années 1980, Maurice Fleuret (alors directeur de la musique et de la danse au ministère de la Culture) lui demanda de mettre en place l'Institut de pédagogie musicale de Paris, dépendant de l'IRCAM (Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique). Henri Pousseur est l'auteur de nombreux textes théoriques, notamment Musique, sémantique, société (1972). (bibliographie sur le site)
Discographie en ligne : Eight Parabolic Studies (sub rosa, 2002) >deezer Mixed music 1966-1970 (sub rosa, 2007) >deezer Electronic experimental and microtonal 1953-1999 (sub rosa, 2008) [contient : Jeu de miroir de votre Faust]>deezer
Henri PousseurLa Chevauchée fantastique, pièce de Miroir de Votre Faust, pour piano et soprano ad libitum (1964-65)[Le plus court chemin de Mozart à Boulez, en passant par Schumann, Liszt, Wagner, Berg, Webern]
En 1967, l'année de Couleurs croisées, pour orchestre, Pousseur acheva une de ses œuvres maîtresses, la fantaisie variable genre opéra Votre Faust (1960-1967), pour soprano, alto, ténor, basse, 5 acteurs, 12 instruments et bande et résultant d'une collaboration avec Michel Butor (création le 15 janvier 1969 à la Piccola Scala de Milan). Cet ouvrage, où le public a la possibilité d'intervenir et d'orienter l'action dans tel ou tel sens, fait du procédé de la citation littéraire et musicale un usage vaste et subtil et donna naissance à plusieurs « œuvres satellites » comme Miroir de votre Faust (1964-65), Portail de votre Faust (1960-1966), Jeu de miroir de votre Faust (1967), Échos de votre Faust (1967), Ombres de votre Faust, Fresques de votre Faust. (Larousse)
Transposer des lettres de l'alphabet en notes de musique est un mode de composition ludique qui n'est pas récent, ce procédé a été utilisé bien avant les expérimentations formelles de la musique aléatoire de John Cage ou de l'ouvroir de littérature potentielle (OULIPO) de Raymond Queneau et de Georges Perec.
En effet, depuis la période baroque jusqu'à la période moderne, de nombreux compositeurs ont pratiqué l'exercice, souvent dans le but d'une dédicace, consistant à développer leurs pièces à partir de motifs musicaux dérivés de noms de personnes.
L'exemple le plus illustre est sans doute l'Art de la fugue, œuvre testamentaire de 1750, dans laquelle Johann Sebastian Bach utilise comme motif les quatre lettres de son nom BACH (Si bémol, La, Do, Si bécarre) pour construire un jeu savant de transpositions et de symétries propre au contrepoint à la fin de Die Kunst der Fuge (l'Art de la fugue, BWV 1080) .
En remontant plus loin dans l'histoire de la musique, on se souviendra aussi que l'on doit l'appellation ut, ré, mi, fa, sol... à l'un des grands théoriciens de la musique au Moyen-Age, Guy d'Arezzo (975– vers 1040) qui dans un but mnémotechnique, fixa la hauteur des sons et leur donna un nom en prenant la première syllabe des sept premiers vers d'un hymne de Paul Diacre à Saint Jean-Baptiste :
UTqueant laxis
REsonare fibris
MIra gestorum
FAmuli tuorum
SOLve polluti
LAbii reaturn
Sancte Iovannes.
Traduction : « Afin que tes serviteurs puissent chanter à gorge déployée tes accomplissements merveilleux, ôte le pêché de leurs lèvres souillées, saint Jean. ».
Fin du préambule destiné à donner du crédit à notre propos en le plaçant dans un contexte culturel et musicologique.
P22 Music Text Composition Generator est une application en ligne permettant de transformer le texte de son choix en composition musicale.
Cette composition est alors disponible sous forme de partition (sheet music), elle est également générée sous la forme d'un fichier MIDI téléchargeable.
Le principe de P22 : chaque lettre de l'alphabet correspond à une note possédant une hauteur précise (do, ré, mi...) et une durée plus ou moins longue (ronde, blanche, noire, croche...)
Ainsi la séquence des lettres de l'alphabet : abcdefghijklmnopqrstuvwxyz génère la partition suivante :
ALPHABETA
et à l'écoute une composition, sinon dodécaphonique, du moins assurément sérielle :
P22 permet aussi de régler le tempo en BPM (battement par minute) et de choisir le timbre parmi une grande variété d'instruments : piano, clavecin, Xylophone, marimba, orgue d'église, orgue rock, violon, flute, clarinette, etc. (pour éviter les déceptions, rappelons quand même qu'il s'agit de sons MIDI :-))
Voici maintenant en guise de démonstration, et en création mondiale, la diffusion exclusive de la partition et l'enregistrement d'une pièce composée par nos soins - abrupte dans sa démarche et peut-être difficile d'approche car s'inscrivant dans une esthétique résolument contemporaine - intitulée :
à taaaaaaaaaaaableuuuuuuuuuuu ! : pièce pour piano, d'après un texte de @Sophiebib
Convaincu (ou non) par cette œuvre d'avant-garde, n'hésitez-pas à solliciter votre inspiration créatrice avec P22 ! :-))
En 1987, le philosophe Gilles Deleuze invite ses étudiants de l'Université de Vincennes à une réflexion à trois voix à la croisée de la musique et de la philosophie. Consacrant un cours à la pensée de Leibniz, Deleuze convie deux musiciens : la compositrice et musicologue Pascale [Criton] et le musicien électronique d'avant-garde Richard [Pinhas] à disserter sur l'histoire de la théorie musicale de la période Renaissance à la période classique. Les deux noms sont mis entre crochets, car nous pensons avoir identifié ces deux intervenants par recoupement. En praticien de la maïeutique, Gilles Deleuze interroge ces spécialistes en tentant de construire des passerelles entre les pensées philosophiques et musicales des 17e et 18e siècles. Il est ainsi question de l'harmonie par intervalle propre à la musique franco-flamande de la Renaissance, du contrepoint baroque, du passage de l'harmonie de résonance (polyphonie) à l'harmonie de consonance (basse continue), aboutissant à l'harmonie classique des accords, du rapport des voix entre elles, du rapport entre les voix et les instruments, de l’expressivité de la dissonance, du rapport des notes entre elles : tonique, dominante (quinte), octave, harmoniques, ou encore de la naissance de la musique instrumentale. Ultime question du philosophe : quel rapport entre la nouvelle harmonie des accords et l'accord des âmes entre elles et des âmes avec les corps dont parle Leibniz ?
On l'a compris, malgré un son assez médiocre on assiste à une passionnante leçon (sans doute par moment fumeuse) donnée sous la forme d'un dialogue, et d'une pensée qui se construit à mesure. Ces archives audiovisuelles (sous-titrées en italien, car diffusées par la RAI3) témoignent d'une époque déjà historique où régnait un joyeux boxon : une salle de cours surpeuplée, des étudiants partout, assis, edbout, entourant le professeur, le bruit de la porte grinçant continuellement en raison du flux incessant des entrants et des sortants, tout le monde fumant avec application, assis à la gauche de Deleuze, un homme imperturbable, chaussé de lunettes noires mange plein cadre d'abord un sandwich à la 33ème minute, puis quelque chose s'apparentant à une pâtisserie à la 43ème minute. Richard Pinhas, au tableau, traçe à la craie le schéma de l'harmoniseur, et Gilles Deleuze se prend littéralement la tête lorsque Pascale Criton, musicologue explique quelques principes de l'harmonie, avant de conclure par : "Ecoutez, moi, je souhaite que ça se termine comme ça… Je remercie très vivement ceux qui sont intervenus dans cette histoire de musique, dont j’aime bien qu’au besoin elle nous laisse des impressions confuses, mais je crois qu’en tout cas pour moi, elle me donne des points de départ de travail que je n’aurais pas eu sans cette séance."